La longue marche de Lucky Luke

Et de trois pour Matthieu Bonhomme ! Après le formidable Homme qui tua Lucky Luke et le moins abouti Wanted Lucky Luke, le Français remet le couvert avec un nouvel hommage au héros créé par Morris.

La longue marche de Lucky Luke Lucky Comics (Dargaud) couverture
©Lucky Comics (Dargaud) – La longue marche de Lucky Luke – Matthieu Bonhomme

Lucky Luke est engagé par un riche homme d’affaires, Ronald Cramp, pour retrouver son neveu enlevé par la tribu Amérindienne des Pieds-Bleus. Notre héros comprend rapidement qu’il a été floué par son employeur et se retrouve traqué. Lucky Luke et Nuage Rouge, nom donné par les Amérindiens au jeune Cramp, devront utiliser toutes leurs connaissances pour cohabiter mais aussi survivre.

La longue marche de Lucky Luke Lucky Comics (Dargaud) p7
©Lucky Comics (Dargaud) – La longue marche de Lucky Luke – Matthieu Bonhomme

Le prisonnier de la neige

Si Matthieu Bonhomme aime Lucky Luke, il n’aurait jamais accepté de reprendre un autre personnage, il adore également le genre auquel la série appartient : le western. C’était un aspect des plus réussis de l’Homme qui tua Lucky Luke, le livre n’était pas seulement un hommage à Morris, il était une déclaration d’amour à tout un genre. Par exemple, le titre de l’album se référait au magnifique Homme qui tua Liberty Valance (1962) signé John Ford.

Dans la Longue Marche de Lucky Luke, Bonhomme s’appuie de nouveau sur des références cinématographiques célèbres : un personnage secondaire répond au nom de Jeremiah Johnson, incarné à l’écran en 1972 par Robert Redford dans le film éponyme de Sydney Pollack. La principale intrigue du scénario, retrouver un jeune blanc enlevé et élevé par une tribu Amérindienne, est aussi un ressort classique du western aussi bien au cinéma que dans la littérature ou même la bande dessinée (le splendide Western de Rosinski et Van Hamme).

La longue marche de Lucky Luke Lucky Comics (Dargaud) p11
©Lucky Comics (Dargaud) – La longue marche de Lucky Luke – Matthieu Bonhomme

En plus de cela, l’auteur se permet d’évoquer notre époque contemporaine avec le second grand thème du livre : l’écologie. En effet, la Cramp Company, société capitaliste toute puissante grâce à son argent, surexploite les forêts et les champs de pétrole, menaçant l’environnement de la tribu des Pieds-Bleus. Ronald Cramp, qui est plus suggéré que montré, n’est pas sans rappeler un certain « entrepreneur » qui s’est lancé en politique. Le lecteur appréciera le fait que Bonhomme ait laissé ce personnage dans l’ombre plutôt que de participer à sa surmédiatisation.

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©Lucky Comics (Dargaud) – La longue marche de Lucky Luke – Matthieu Bonhomme

Il est temps de parler de l’éléphant dans la pièce : les Dalton ! Autant l’auteur a fait preuve d’une retenue bienvenue avec Cramp, autant la présence de l’inénarrable quatuor tombe comme un cheveu dans la soupe. Depuis la disparition de Goscinny puis de Morris, les Dalton sont devenus un piège dans lequel presque tous les nouveaux auteurs sont tombés. Parce que les Dalton sont, certes, des personnages mythiques de la série, l’équivalent du Joker pour le Batman mais surtout des antagonistes surexploités. Lorsque le lecteur les voit, il sait qu’il va avoir droit aux répliques cultes comme : « Du calme, Joe ! » voire « Quand est-ce qu’on mange ? » sans parler du « Averell, tais-toi ! » Le problème c’est que ces blagues sont attendues et ne font plus ni rire ni même sourire. Bonhomme tombe dans cet écueil en plus de ne pas avoir réinventer le design des personnages. Alors oui c’est un hommage au maître et sans doute la tentation était trop forte pour l’immense fan qu’est le Parisien de mettre en scène les quatre frères mais n’aurait-il pas été plus original de faire une référence de plus aux westerns ? Quitte à vouloir saluer l’œuvre de Morris, pourquoi ne pas reprendre le chasseur de prime inspiré par l’acteur Lee Van Cleef ?

Une originalité tout de même : ce sont les Dalton qui pourchassent Lucky Luke et non l’inverse comme il est de tradition dans la série officielle.

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©Lucky Comics (Dargaud) – La longue marche de Lucky Luke – Matthieu Bonhomme

La poursuite fantastique

Après deux opus qui se déroulaient dans des décors habituels du genre, Bonhomme a choisi de situer cette nouvelle histoire au Nord et en hiver. Il n’y a donc pas de décors désertiques noyés par le feu impitoyable de l’astre solaire mais bien l’épais manteau blanc de la neige et la morsure du froid qui l’accompagne. Il ne s’agit pas d’une nouveauté, plusieurs westerns se déroulent dans des décors enneigés mais l’effort est appréciable car elle permet une nouvelle proposition dans l’univers graphique de Bonhomme. Car, de nouveau, le dessin et les couleurs sont très aboutis mais aussi la marque d’une compréhension fine du travail de Morris. La bichromie, véritable empreinte visuelle de Lucky Luke, est bien présente et bien utilisée. Les décors enneigés du Nord des États-Unis aussi bien les grandes plaines que les hautes forêts sont magnifiquement rendus par le trait de Bonhomme. Le lecteur ressent le froid, le poids de la neige sur les pattes des chevaux, l’eau glaciale des rivières, le vent qui chante dans les branches des arbres, la grandeur des paysages.

Sans parler du découpage des planches qui est rend la lecture aussi fluide que lisible.

La longue marche de Lucky Luke Lucky Comics (Dargaud) p5
©Lucky Comics (Dargaud) – La longue marche de Lucky Luke – Matthieu Bonhomme

La longue marche de Matthieu Bonhomme

Dans ce nouvel hommage à Lucky Luke par Bonhomme, il y a plusieurs bonnes choses : un décor peu exploité jusqu’ici, des clins d’œil au western avec des références bien placées, un témoignage respectueux des auteurs originaux, de magnifiques dessins, un découpage aéré et vecteur d’émotions, une maîtrise de la gamme chromatique, une histoire cohérente avec des thèmes forts et actuels (l’écologie et la paternité), etc…

Le seul gros bémol à cette fantastique symphonie, c’est la présence des frères Dalton. Ils n’étaient pas indispensables à cette histoire et même s’il faut saluer l’effort de les placer dans le rôle des chasseurs et non plus des proies, leur traitement n’apporte rien de nouveau. Ces personnages sont ceux déjà vus dans la série, Bonhomme a eu trop de respect pour l’œuvre original et n’a pas osé y toucher. Dommage mais tout cela reste finalement anecdotique par rapport au reste du livre qui est donc d’une très grande qualité.

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©Lucky Comics (Dargaud) – La longue marche de Lucky Luke – Matthieu Bonhomme

Une chronique écrite par : Frédéric P.

Informations sur l’album :

  • Scénario : Matthieu Bonhomme
  • Dessins : Matthieu Bonhomme
  • Couleurs : Matthieu Bonhomme
  • Éditeur : Lucky Comics (Dargaud)
  • Date de sortie : 17/04/2026
  • Pagination : 80 pages en couleurs 

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