L’autobiographie est un genre assez peu représenté dans l’univers de la bande dessinée. Florence Dupré la Tour s’en est pourtant fait une spécialité avec les albums Cruelle, Pucelle et Jumelle, tous publiés chez Dargaud depuis 2016. Avec Jeune et fauchée en 2026, Florence Dupré la Tour raconte, toujours avec humour et mordant, son passage d’une enfance privilégiée à une vie d’adulte précaire.

Dargaud, Jeune et fauchée, couverture

© Jeune et fauchée – Florence Dupré la Tour – Dargaud – 2026

Enfant, Florence ne connaît aucun problème d’argent et vit dans une magnifique propriété . Elle résume sa situation en racontant que « La question de l’argent m’était étrangère, et j’avais acquis la certitude que nous, Les DUPRÉ LA TOUR, étions en haut … et que les autres, « les pauvres » étaient en bas. » À partir de 17 ans, les questions financières commencent à pointer le bout de leur nez : avec Bénédicte, sa sœur jumelle, Florence veut profiter de la vie mais ses parents ne leur donnent aucun argent de poche et toute dépense doit être ardemment négociée. C’est le début d’une « descente aux enfers » pour Florence où l’argent devient la préoccupation centrale de son existence

Dargaud, Jeune et fauchée, planche 5

© Jeune et fauchée – Florence Dupré la Tour – Dargaud – 2026

De la bourgeoisie à la survie

Pendant sa jeunesse, Florence n’a manqué de rien, en tous cas au niveau matériel. Son père, bien que présent physiquement, se montre indifférent à ses besoins et se comporte comme un étranger. Sa mère ressemble à une marâtre que rien ne semble émouvoir. La jeune fille acquiert la certitude qu’elle ne mérite pas que l’on s’intéresse à elle et qu’elle n’est pas digne d’être aimée. Alors, une fois adulte, elle se promet de ne plus rien devoir à ses parents et de se débrouiller seule. Avec deux enfants, des boulots précaires et mal payés – elle qui voit le travail comme une déchéance sociale -, un compagnon pas à la hauteur, un appartement décrépi sans chauffage, Florence sombre mais reste droite : « Je me contenais dans des efforts constants afin de ne pas montrer que j’étais pauvre. Je voulais rester noble. Je voulais rester digne ». Au fond d’elle, elle se sent humiliée, sa confiance en elle est écrasée et ses parents restent aveugles à sa situation. Elle fait face à une solitude immense qu’elle cache, tant qu’elle le peut, pour protéger ses enfants.

Dargaud, Jeune et fauchée, planche 11

© Jeune et fauchée – Florence Dupré la Tour – Dargaud – 2026

Le dessin a toujours occupé une part importante de la vie de Florence. En dessinant, elle exprime son mal-être et ses non-dits. Mais, au démarrage, son statut d’autrice de bande dessinée ne lui permet pas de vivre décemment. Elle exprime avec honnêteté et rage la précarité des auteurs de bande dessinée, et en particulier celle des autrices avec une rémunération inférieure à celle de leurs collègues masculins. Comme un cri, l’album milite pour un véritable statut et une continuité des revenus pour les artistes et les auteurs.

Dargaud, Jeune et fauchée, planche 13

© Jeune et fauchée – Florence Dupré la Tour – Dargaud – 2026

Un hommage à tous les « laissés-pour-compte »

Florence Dupré la Tour connaît, depuis plusieurs années, des jours meilleurs mais n’oublie pas d’où elle vient et ce qu’elle a traversé. Jeune et fauchée est l’album d’une libération mais aussi un vibrant hommage à ceux qui connaissent le manque d’argent et la honte qui en découle. Des chaussures trouées au cauchemar quotidien pour le paiement du loyer, l’autrice montre dans cet album la réalité de la pauvreté aujourd’hui et la vitesse à laquelle les choses peuvent s’accélérer. Sans fard et sans artifice, l’autrice réussit pourtant à décrire sa situation avec humour et légèreté, comme lorsqu’elle déclare, cynique, « Désormais seule avec deux petits, sans pension alimentaire et pas une thune d’avance, les choses allaient commencer à devenir intéressantes. ».

Dargaud, Jeune et fauchée, planche 15

© Jeune et fauchée – Florence Dupré la Tour – Dargaud – 2026

Le style graphique de Florence Dupré la Tour est reconnaissable entre tous. Avec des dessins très lisibles, stylisés, presque exagérés et des couleurs pleines de pep’s, l’autrice transmet au lecteur une véritable énergie et un message d’espoir qui touchent en plein cœur.

Florence Dupré la Tour, en racontant son histoire personnelle, met en lumière ceux que la société invisibilise. Un témoignage intense et indispensable qui rappelle que tout peut un jour basculer !

Dargaud, Jeune et fauchée, planche 10

© Jeune et fauchée – Florence Dupré la Tour – Dargaud – 2026

Une chronique écrite par : Claire

Informations sur l’album :

  • Scénario : Florence Dupré la Tour
  • Dessin : Florence Dupré la Tour
  • Couleurs : Florence Dupré la Tour
  • Éditeur : Dargaud (Charivari)
  • Date de sortie : 09/01/2026
  • Pagination : 212 pages

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