Une couverture somptueuse des plus énigmatiques, une édition luxueuse, Neige de Sang a vraiment de quoi attirer le regard de n’importe quel amateur de bande dessinée et/ou du Japon. Une première approche en forme de promesse d’un récit hors du temps avec ce mystérieux samouraï surplombant un petit port nippon du XXe siècle.

Neige de sang Ankama couverture

© Neige de Sang – Corbeyran/Sallé/Jef – Ankama, 2026

C’est l’été dans le village isolé de Shikomi, au nord de Kyoto. En cette année 1970, le petit bourg est de plus en plus déserté. Fait étrange, la météo est loin d’être estivale, les températures chutent alors que des nuages menaçants envahissent le ciel. Un matin, le jour ne se lève pas et la neige tombe. La population du village se réfugie dans l’auberge de la vieille Makiko et le soir même, un villageois est trouvé mort dans la rue, avec de grandes entailles sur le corps. Alors que la peur et la paranoïa s’installent, un samouraï fantomatique entre dans l’auberge. Le jeune Takashi et sa petite amie Sayori décident alors de sortir, malgré le danger, pour tenter de comprendre ce qui se passe.

Neige de sang Ankama planche

© Neige de Sang – Corbeyran/Sallé/Jef – Ankama, 2026

De comptine à conte horrifique

On ne présente plus Éric Corbeyran, dont la riche bibliographie regorge de pépites, comme la célèbre série le Chant des Stryges, mais aussi Uchronie(s), Elfes, SideShow, ou encore Château Bordeaux. Il fait équipe avec l’artiste Rurik Sallé, également acteur, musicien, chroniqueur, présentateur, qui a vécu des années au Japon. Les deux hommes avaient déjà collaboré sur l’album Seule l’ombre (Komiks initiative, 2023) et deux histoires pour Métal Hurlant. Pour Neige de Sang, Rurik Sallé s’est inspiré de la comptine Komori Uta, « la chanson de la nourrice », présente dans l’album, qui raconte la traversée d’un village par des samouraïs.

Le duo d’auteurs invente autour du chant une légende qui vient hanter un petit village imaginaire mais totalement réaliste, victime de l’exode rural et replié sur lui-même, théâtre idéal pour une histoire pleine de dangers et de mystères. En plaçant leur histoire en 1970, Corbeyran et Sallé évitent l’intrusion de la technologie, pouvant parasiter les enjeux : les villageois sont livrés à eux-mêmes. Le scénario se déroule de façon logique et chaque élément narratif arrive au bon moment, même si la raison de l’éveil des samouraïs peut paraître un peu sortie du chapeau, un choix surtout poétique de la part des auteurs. Le mystère s’intensifie et le lecteur ne peut que se sentir impliqué dans ce récit très cinématographique à l’ambiance oppressante.

Neige de sang Ankama planche

© Neige de Sang – Corbeyran/Sallé/Jef – Ankama, 2026

« C’était… comme la nuit qui me regardait… »

Cette crédibilité et cette tangibilité se retrouvent également dans les personnages et leurs réactions. Le casting n’est certes pas très original mais cela permet de placer le lecteur en terrain connu, sans avoir à prendre du temps pour présenter chaque protagoniste. On trouve ainsi le couple de héros, jeunes et beaux, la doyenne, tributaire de la mémoire collective du village et de ses coutumes, l’alcoolique que personne ne prend au sérieux, ou encore les figurants servant à illustrer les émotions de la foule. Chaque acteur tient parfaitement son rôle et il est indéniable que l’efficacité de l’intrigue est renforcée par cette simplicité de casting.

Le graphisme des personnages suit la même logique de poncifs connus et confortables au service du récit. Aux pinceaux, Jef, alias Jean-François Martinez, propose un trait tranché semi-réaliste avec quelques touches de manga. Le résultat est original et colle parfaitement au mélange de réalisme et de fantasmagorique du récit. La mise en scène épouse les tons du récit, tantôt contemplative, tantôt oppressante. Les ambiances sont parfaites, de la chaleur, presque rassurante, de l’auberge, à la superbe tempête de neige de cette nuit sans fin qui crée une tension supplémentaire.

Neige de sang Ankama planche

© Neige de Sang – Corbeyran/Sallé/Jef – Ankama, 2026

Dans un Japon à la fois fantasmé, par son côté fantastique, et réaliste, le trio Corbeyran-Sallé-Jeff propose avec Neige de Sang une plongée dans un folklore inquiétant, épique, et tragique. Le récit est captivant et les planches offrent une ambiance oppressante que le manque d’originalité des personnages et le déclenchement un peu facile des événements ne viennent jamais gâcher.

Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

Neige de sang Ankama planche

© Neige de Sang – Corbeyran/Sallé/Jef – Ankama, 2026

Informations sur l’album :

  • Scénario : Corbeyran & Rurik Sallé
  • Dessin : Jef
  • Couleurs : Jef
  • Éditeur : Ankama
  • Date de sortie : 16/01/2026
  • Pagination : 80 pages

Vous pouvez discuter de l’album Neige de sang sur notre groupe Facebook des Amis de la bande dessinée.

Nous avons fait le choix d’être gratuit et sans publicité, néanmoins nous avons quand même des frais qui nous obligent à débourser de l’argent, vous pouvez donc nous soutenir en adhérant à l’association des Amis de la bande dessinée et/ou en achetant un T-shirt avec notre logo. L’ensemble de l’équipe vous remercie d’avance pour votre aide.

Consultez la liste de nos librairies partenaires pour vous procurer l’album Neige de sang