Le roi sans couronne
Toni Carbos, dessinateur et illustrateur catalan, adapte en bande dessinée le roman de Javier Cosnava autour d’une partie d’échecs mythique, un combat entre l’URSS et l’Occident.

© Le roi sans couronne – Toni Carbos – Sarbacane – 2025
17 juillet 1978, dans la ville de Baguio, aux Philippines. Le championnat du monde d’échecs est sur le point de commencer. Deux russes s’affrontent : Viktor Kortchnoï, le prétendant au titre, joue contre Anatoli Karpov, l’actuel champion. Kortchnoï est considéré comme un « traître » aux yeux de l’URSS. Il se présente comme n’étant plus soviétique et joue sous le drapeau suisse. Au travers de ce tournoi, c’est la guerre froide qui est en marche.
En parallèle, dans une vieille prison de la ville, le sous-lieutenant Benjamin Faure-Rojo est incarcéré depuis 1945 pour triple homicide. Sa vie se résume à jouer aux échecs dans sa cellule et à reconstituer dans sa tête les événements survenus 33 ans plus tôt, lui qui clame son innocence. Ses retrouvailles avec un ancien co-détenu, impliqué dans le tournoi d’échecs, vont lui offrir la possibilité de mener sa propre enquête…

© Le roi sans couronne – Toni Carbos – Sarbacane – 2025
Une double intrigue
« Le roi sans couronne » met en scène deux histoires et deux ambiances. D’un côté, le duel Karpov / Kortchnoï, histoire authentique, se déroule dans le centre de congrès philippin, flambant neuf. Les spectateurs assistent, pendant 3 mois, à cette bataille au sommet où toutes les manœuvres sont permises afin de déstabiliser l’adversaire et où les tractations vont bon train. De l’autre, le voyage dans lequel Benjamin Faure-Rojo se lance, dans la moiteur philippine, pour prouver son innocence et enfin trouver la paix.
Les dialogues travaillés et efficaces permettent au lecteur de se plonger facilement dans cette intrigue couplée. Ce « double scénario », que l’on retrouve sur la couverture de l’album, apporte de l’action et du rythme. Néanmoins, le lien entre ces deux histoires est assez ténu et ne repose que sur l’un des personnages. Le tournoi d’échecs, hautement symbolique et politique, aurait peut-être mérité qu’un album entier lui soit consacré.

© Le roi sans couronne – Toni Carbos – Sarbacane – 2025
Dans un monde extrêmement tendu
La tension est omniprésente dans cet album et est très bien rendue. Au-delà d’un championnat du monde d’échecs, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent. Cette opposition se retrouve aussi dans la composition des délégations qui accompagnent les champions : l’équipe soviétique est constituée de 14 hommes alors que celle de Kortchnoï est de 4 personnes et dirigée par une femme. Tout est question de pouvoirs et de manœuvres pour faire flancher le camp adverse. « Ce qui se joue est au-delà d’une partie d’échecs, c’est l’affrontement de deux mondes qui se regardent et la question est de savoir lequel des deux l’emportera. C’est d’histoire dont il s’agit.». L’enquête policière de Benjamin Faure-Rojo est, elle aussi, pleine de stress et de pressions car c’est le combat d’un homme pour faire éclater la vérité et redorer son nom.

© Le roi sans couronne – Toni Carbos – Sarbacane – 2025
Le dessin de Toni Carbos s’inspire de la ligne claire. Il fait la part belle aux visages des protagonistes, souvent crispés, pour refléter le climat lourd et tendu. L’utilisation des couleurs est judicieuse avec deux tendances : des tons bleu-gris-vert d’un côté et de l’autre une couleur rouge intense qui rappelle le monde soviétique.
Passionnant et sans temps mort, « Le roi sans couronne » révèle un monde où tous les coups sont permis. Un album où la petite et la grande Histoire se rencontrent !

© Le roi sans couronne – Toni Carbos – Sarbacane – 2025
Une chronique écrite par : Claire
Informations sur l’album :
- Scénario : Toni Carbos, d’après le roman de Javier Cosnava
- Dessin : Toni Carbos
- Couleurs : Toni Carbos
- Éditeur : Sarbacane
- Date de sortie : Le 03 septembre 2025
- Pagination : 120 pages en couleurs
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