Épouvantail
Avec une intrigante superbe couverture et un titre faisant la part belle à l’imaginaire collectif, Épouvantail ne peut qu’attirer le lecteur vers son univers gothique et onirique.

© Épouvantail – Pelaez / Sénégas – Dargaud, 2025
Lily vit à la campagne avec son père et sa belle-mère, toujours dans l’attente du retour de sa maman, parce que « les mamans reviennent toujours ». Son papa n’a jamais eu la force de dire à Lily que sa maman était morte. La fillette ne se connaît qu’un ami silencieux, un épouvantail à qui elle raconte sa vie et ses pensées. Un confident qui, un jour, est lassé des complaintes de sa petite visiteuse et se met à lui répondre, mais de façon peu aimable, ni polie. Alors que la police enquête sur les circonstances d’un accident mortel ayant eu lieu récemment juste en bas de la colline où se tient l’épouvantail, celui-ci et Lily vont peu à peu apprendre à se comprendre et se rapprocher.

© Épouvantail – Pelaez / Sénégas – Dargaud, 2025
Mon ami de paille
Si Philippe Pelaez est un scénariste prolifique aux univers très variés, deux thèmes se retrouvent dans nombre de ses œuvres : les grands espaces et la quête de soi. L’auteur aime placer ses récits dans la campagne ou les villages reculés où tout le monde se connaît, créant un isolement qui les coupe de l’effervescence des grandes villes. Un contexte qui est propice à mettre ses personnages face à eux-mêmes, à devoir de dépasser, se connaître, affronter leurs démons.

© Épouvantail – Pelaez / Sénégas – Dargaud, 2025
Épouvantail, plus qu’un conte fantastique ou une enquête policière, est avant tout l’histoire d’une petite fille pleine d’espoir et de colère qui va trouver un ami (imaginaire ?) afin de l’aider à gérer ses émotions, à trouver un rôle, une mission, à grandir et peut-être accepter que sa maman ne reviendra pas. L’enquête offre un contexte qui servira surtout à ne pas rendre le récit trop onirique, mais plutôt à lui donner un côté terre à terre assez dramatique, rendant l’intrigue profondément humaine.

© Épouvantail – Pelaez / Sénégas – Dargaud, 2025
Dans le même ordre d’idée, on trouve le père de Lily, coincé entre passé et présent. D’un côté il refuse d’avouer à sa fille le décès de sa maman et la fait espérer un retour qui ne se fera jamais. D’un autre il essaie de reconstruire sa vie avec une nouvelle femme qu’il nomme « ta mère » quand il parle d’elle à Lily. Comme tous les personnages secondaires importants du récit, le père n’a pas de nom, il est « le fermier », « le témoin », « papa ». Le capitaine de police est réduit à son grade, l’accidenté à sa mésaventure… Seule Lily (et ses animaux adorés) a un prénom dès le début du récit. On apprendra celui de sa mère et la fillette finira par en donner un à l’épouvantail.

© Épouvantail – Pelaez / Sénégas – Dargaud, 2025
Lily in Tideland
Surtout connu pour ses œuvres jeunesses colorées, notamment la fabuleuse série Anuki (11 tomes chez La Gouttière), Stéphane Sénégas renoue, dans Épouvantail, avec le noir et blanc de son one shot Lucien (Delcourt) et le style tranchant et épuré de son album Le Pêcheur et le Cormoran (Kaléidoscope). Un travail graphique qui colle parfaitement au scénario de Philippe Pelaez, accentuant notamment l’aspect étrange du récit.

© Épouvantail – Pelaez / Sénégas – Dargaud, 2025
Le lecteur est régulièrement mis devant la question de savoir si les scènes fantastiques sont réelles ou fruit de l’imagination de Lily. Il faut dire que la fillette est aussi attachante visuellement que narrativement. Ne cherchant jamais à la rendre « adorable », Stéphane Sénégas montre les émotions, souvent fortes, de sa protagoniste avec un trait agressif et épuré des plus expressifs. Mais c’est bien sûr l’épouvantail qui est le plus marquant dans l’album.

© Épouvantail – Pelaez / Sénégas – Dargaud, 2025
Tout droit sorti d’une version horrifique du Magicien d’Oz, son regard en boutons est plus humain que celui de la plupart des personnages « vivants », tantôt effrayant, tantôt pathétique. Si on pense, évidemment, à du Tim Burton pour l’ambiance du livre, on peut surtout y retrouver une atmosphère proche de celle du film Tideland de Terry Gilliam ou certaines bandes dessinées de Tony Sandoval, le tout avec un noir et blanc tout simplement envoûtant.

© Épouvantail – Pelaez / Sénégas – Dargaud, 2025
Entre conte fantastique, drame familial, enquête policière et quête initiatique, Épouvantail prouve une fois encore tout le talent de conteur de Philippe Pelaez pour ce qui est des histoires à la fois simples et riches, mais surtout profondément humaines. Servi par un dessin à la fois gothique et naïf parfaitement maîtrisé, ce somptueux one shot est un régal intelligent, captivant et vraiment émouvant.
Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© Épouvantail – Pelaez / Sénégas – Dargaud, 2025
Informations sur l’album Épouvantail :
- Scénario : Philippe Pelaez
- Dessin : Stéphane Sénégas
- Éditeur : Dargaud
- Date de sortie : Le 16 mai 2025
- Pagination : 168 pages en noir et blanc
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