Le second cycle de la série XIII entamé en 2011 se poursuit avec ce nouvel album toujours réalisé par Yves Sente et Iouri Jigounov qui lorgne vers la série House of Cards.
La puce dans son cerveau ayant été désactivée, Jason MacLane alias XIII n’est plus sous le joug de la Fondation Mayflower. Il s’agit maintenant d’empêcher cette organisation ultraconservatrice de se maintenir au pouvoir lors des prochaines élections. Entre la Fondation et le président Allerton qui a bien compris que XIII était un rival à éliminer, ce dernier va avoir fort à faire pour sauver la démocratie américaine.
Vous avez dit House of Cards ?
Alors qu’au début de ce nouveau cycle des aventures de l’amnésique le plus célèbre de la BD franco-belge, le scénariste Yves Sente se dirigeait plutôt vers des intrigues ésotériques qui n’étaient pas sans rappeler les romans de Dan Brown (Da Vinci Code), cet album ferait plus penser à un épisode de la série House of Cards produite par Netflix. Dans cette série, le spectateur suivait un député américain, Frank Underwood, et son ascension vers le pouvoir après s’être vu refusé un poste de ministre pourtant promis. Frank utilisait tous les trucs aussi bien légaux que non pour arriver à ses fins.
Cette parenté avec l’univers du thriller politique américain de la série trouve son prolongement dans les manœuvres de la Fondation Mayflower. Le but de la Fondation est de mettre Jason MacLane au pouvoir et de le contrôler via sa puce neuronale sauf que la Fondation doit revoir ses plans car le président Allerton multiplie les gaffes et erreurs qui le rendent impopulaire. Une occasion de pousser MacLane à la vice-présidence se présente et la Fondation entend bien la saisir. La comparaison s’arrête là car si la série produite par David Fincher s’intéressait surtout aux intrigues politiques, XIII reste une série d’aventure et d’espionnage.
Pour autant, ce nouvel opus se ressent comme un épisode de transition. D’ailleurs, il se termine sur l’annotation de bas de page : « Suite et fin de ce diptyque dans le tome 31, Trois Présidents en trente minutes ». Cet album fait office de prélude, installant les pièces d’un puzzle qui ne trouvera sa résolution que dans le volume suivant. Il y a bien quelques scènes d’action, plutôt lisibles et bien mises en scène, mais elles restent très classiques, sans surprises.
Ceci dit, le lecteur n’est jamais perdu dans l’intrigue car l’album rappelle régulièrement les enjeux, ce que les fans de la première heure regretteront : XIII était raconté du point de vue de son protagoniste, les plans des antagonistes étaient découverts au fur et à mesure par les héros or ici ils sont expliqués par ces mêmes antagonistes. Le livre y gagne en clarté mais y perd en subtilité.
Le chroniqueur d’un album de XIII doit aussi reconnaître, tout comme pour la série Seuls, qu’il est toujours difficile de juger un album qui s’inscrit comme une petite partie de l’énorme fresque que constitue la série. Si le premier cycle est si réussi c’est parce que le spectateur le juge dans son ensemble, pas une petite partie après l’autre. La question n’est donc pas de savoir si ce 30e album est bon ou pas mais plutôt de juger quelle sera sa place dans l’ensemble. Et pour ça, il faudra attendre que ce second cycle se termine.
Vous avez dit Alpha ?
Iouri Jigounov s’est fait connaître avec la série Alpha à la fin des années 90. Alpha était une série d’aventures et d’espionnage qui suivait un agent de la CIA en mission. Déjà à l’époque, les liseurs pouvaient constater que le dessin de Jigounov avait quelques similitudes avec le trait de William Vance. C’est d’ailleurs le dessinateur belge lui-même qui avait avancé le nom du russe pour reprendre la série.
Jigounov est donc un dessinateur réaliste, précis dans son trait et lisible dans son découpage. Cet album ne déroge pas à la règle, comme signalé dans le paragraphe précédent, les quelques scènes d’action sont bien gérées permettant aux lecteurs de suivre les événements de manière claire et sans migraine.
Le dessinateur s’est aussi occupé des couleurs avec le coloriste attitré de l’univers XIII : Bruno Tatti. Rien de particulier à signaler : les couleurs collent à la réalité des situations et des décors.
De nouveau, Jigounov démontre sa maîtrise et ses qualités de dessinateur d’une série qui se veut réaliste.
La fresque continue de prendre forme
Ce 30e volume des aventures de Jason MacLane alias XIII est une étape de plus dans la construction de ce second cycle. Il n’est pas avare en informations qui servent à mettre en place les différents acteurs qui joueront leurs rôles dans le tome suivant.
Si le public peut être déçu de n’avoir pas grand-chose à se mettre sous la dent scénaristiquement parlant, il se consolera avec la maîtrise toujours impressionnante de Jigounov et aussi le fait que, de nouveau, le lectorat ne pourra vraiment juger ce second cycle qu’une fois que les artistes auront fini leurs travaux.
Une chronique écrite par : Frédéric P.
Informations sur l’album :
- Scénario : Yves Sente
- Dessins : Iouri Jigounov
- Couleurs : Bruno Tatti et Iouri Jigounov
- Éditeur : Dargaud
- Date de sortie : 27/03/2026
- Pagination : 48 pages en couleurs
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