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Vaillantes

La mise en place des congés payés en 1936 a révolutionné la vie de nombreux travailleurs. C’est cette période qu’ont choisi Émilie Chazerand et Cécile Becq pour donner vie à l’histoire de Suzanne et Mabel, deux femmes que tout oppose. Avec Vaillantes, elles nous entraînent dans une aventure lumineuse et subtile, ancrée dans un moment fort de l’histoire sociale française.

© Vaillantes – Émilie Chazerand et Cécile Becq – Rue de Sèvres – 2026

Mabel, une élégante américaine, mène une vie aisée après un mariage de raison avec un homme riche. Elle veut s’amuser et profiter de la vie. De son côté, Suzanne travaille dur pour gérer sa ferme et s’est choisi un mari parmi des blessés de guerre. Elles ne semblent rien avoir en commun et l’on se demande même comment elles pourraient se rencontrer. Pourtant, le poids d’un secret va leur permettre de nouer une solide amitié…

© Vaillantes – Émilie Chazerand et Cécile Becq – Rue de Sèvres – 2026

Des vacances pour tous

Au cœur de l’histoire se trouve une relation improbable entre deux personnalités  issues de milieux sociaux et de nationalités différentes. Malgré cela, elles se découvrent des points communs autour de la maternité, du mariage et des contraintes imposées aux femmes de cette époque. Cette rencontre entre deux destins éloignés constitue l’un des grands moteurs émotionnels de l’album. À travers ces parcours croisés, les autrices explorent de nombreux thèmes autour des inégalités sociales, de la condition féminine, de l’amitié, de la liberté et de l’émancipation. L’instauration des congés payés sert de toile de fond à ce récit qui se révèle plus profond qu’il n’y parait au premier abord en montrant les contrastes d’une société en pleine mutation. Ils sont une avancée majeure en matière de justice sociale mais tout le monde ne semble pas apprécier l’idée de partager la plage ou les lieux de villégiature avec les classes populaires qui partent en vacances pour la première fois. Cette tension sociale, discrète mais bien présente, enrichit la lecture et l’album montre bien que l’accès à la liberté reste inégal. Derrière l’image de la France en fête, les blessures de la guerre, les différences sociales et les attentes pesant sur les femmes demeurent bien présentes. 

© Vaillantes – Émilie Chazerand et Cécile Becq – Rue de Sèvres – 2026

Si le récit est centré sur Mabel et Suzanne, elles sont entourées d’une galerie de personnages particulièrement fournie. Ce foisonnement peut dérouter un peu au début de la lecture – car il n’est pas toujours évident de comprendre les liens qui unissent les différents protagonistes – mais cela se clarifie rapidement et le dessin de Cécile Becq permet de bien différencier les personnages les uns des autres.

Les couleurs de la liberté

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une succession d’univers visuels très différents. On passe avec délice d’une séance farniente au bord de la mer, à l’atmosphère feutrée du château de Mabel pour ensuite retrouver Suzanne dans sa ferme au milieu des pommiers pour finir par une ambiance festive au cabaret ou autour d’un feu d’artifice. Chaque décor possède son identité graphique et sa palette de couleurs associées. Ce qui frappe dans cet album, c’est la richesse visuelle remarquable avec des tonalités spécifiques à chaque environnement sur plusieurs pages consécutives, créant une atmosphère forte tout en conservant une grande cohérence d’ensemble. Le trait de Cécile Becq se révèle très expressif. Avec des visages particulièrement vivants, les émotions transparaissent dans les regards, les postures ou les mouvements des corps. Cette expressivité contribue à humaniser les personnages et à renforcer l’attachement du lecteur envers eux.

© Vaillantes – Émilie Chazerand et Cécile Becq – Rue de Sèvres – 2026

Tout comme les couleurs, la mise en page accompagne parfaitement le parcours de liberté et d’émancipation des personnages. La structure des vignettes est très libre, s’adaptant aux émotions et aux situations plutôt qu’à un découpage rigide. Cette souplesse renforce le dynamisme du récit et immerge le lecteur dans les univers traversés. Les costumes et les décors retranscrivent bien l’époque des années 1930 mais le dessin conserve une douceur et une modernité qui rendent très accessibles les personnages pour les lecteurs d’aujourd’hui.

Sous ces couleurs éclatantes et son apparente légèreté, Vaillantes mêle habilement petite et grande Histoire. À travers Mabel et Suzanne, les autrices montrent que les congés payés ont, certes, changé les habitudes de loisirs mais ont surtout favorisé les rencontres et le mélange des milieux sociaux. Les vacances prennent ainsi une dimension à la fois politique et profondément humaine. À l’approche de l’été, cette lecture rappelle avec justesse que derrière ce qui nous paraît évident aujourd’hui se cache une histoire de luttes et de transformations sociales. Un album lumineux qui nous incite à porter un regard différent sur nos propres départs en vacances et sur ce qu’ils continuent de représenter collectivement !

© Vaillantes – Émilie Chazerand et Cécile Becq – Rue de Sèvres – 2026

Une chronique écrite par : Claire

Informations sur l’album :

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