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Rue de la Grande Truanderie tome 2 : La mort de l’utopie

Clap de fin pour le diptyque Rue de la Grande Truanderie de JD Morvan, Romain Rousseaux Perin et Hiroyuki Ooshima, avec un second tome qui vient conclure l’histoire de Glannes et de son projet utopiste de familistère du crime. Happy end ou tragédie, un tel rêve de fraternité peut-il survivre ou est-il voué à sombrer dans le chaos ? Le titre de ce deuxième opus pourrait être un indice.

© Rue de la Grande Truanderie 2 – Morvan, Rousseaux Perin, Ooshima – Grand Angle, Bamboo, 2026

Lorsque le riche industriel Jean-Baptiste Godin a recueilli la jeune indigente Glannes au sein de son familistère, il était loin de se douter que vingt ans plus tard, elle suivrait son exemple sans pour autant renier ses origines. Au sein de la Cour des Miracles, rue de la Grande Truanderie, elle a créé son propre familistère utopiste, regroupant prostituées, bandits, brutes, et anarchistes afin de mutualiser les recettes et bâtir un lieu sûr, basé sur la fraternité et le partage. Mais le fils de Godin, Émile, jaloux de Glannes depuis l’enfance, n’entend pas laisser ce lieu de débauche organisée salir l’œuvre de ce père qu’il admire tant.

© Rue de la Grande Truanderie 2 – Morvan, Rousseaux Perin, Ooshima – Grand Angle, Bamboo, 2026

Un pour tous, tous pourris ?

Le premier tome de Rue de la Grande Truanderie témoignait largement de l’amour infini de Jean David Morvan pour l’histoire dans l’Histoire, quitte à rendre le récit trop complexe dans son contexte en donnant de très nombreux éléments historiques au risque de noyer l’intrigue et de ne laisser que peu de place à l’aventure humaine. Si l’intrigue peinait alors à se rendre totalement captivante, le scénariste y plantait des graines qui allaient se révéler passionnantes dans le second album. Malin, l’auteur a su prendre son temps pour construire des personnages profonds et les lier, dans l’attachement ou la rancœur, afin de leur offrir un dénouement des plus intenses.

Ainsi, le récit de la Mort de l’Utopie est beaucoup plus fluide que le précédent. L’album s’articule en deux temps : le présent, suite directe du premier tome, mais aussi un très long flash-back qui montre la création et l’évolution du familistère de Glannes, raconté par la jeune femme elle-même. Bien que construit en suite d’épisodes, ce passage dans le passé est passionnant et très bien raconté, créant aussi un lien logique entre la Glannes enfant et la Glannes adulte. L’histoire sera déterminante pour la conclusion de l’album, une fin relativement inattendue et maline, bien que très abrupte. Les événements menant au dénouement seront à peine évoqués, avec l’avantage de laisser au lecteur la possibilité d’imaginer comment les menaces d’un personnage seront appliquées…

© Rue de la Grande Truanderie 2 – Morvan, Rousseaux Perin, Ooshima – Grand Angle, Bamboo, 2026

Vertige et décadence

Pour sa première bande dessinée, Romain Rousseaux Perin démontre un talent impressionnant pour les décors urbains, fruit de ses études en architecture. Que ce soient ses vues en plongées, à la verticale, sur la Cour des Miracles ou l’intérieur majestueux du familistère de Godin, en passant par les salons luxueux ou les zones délabrées, aucun environnement ne semble poser de problème à l’illustrateur. Les personnages sont toutefois moins maîtrisés. Si les gros plans sont très réussis, notamment dans les expressions, pleines de charisme, les traits de certaines cases, très minimalistes manquent de définition, comme si la couleur prenait le pas sur l’encrage.

Là où Romain Rousseaux Perin excelle également, c’est dans la mise en scène et la construction des planches. Alternant gaufriers classiques et pages plus audacieuses, l’album est d’une grande richesse visuelle, notamment dans le flash-back, mais aussi dans certaines scènes de dialogue que le choix des plans rend vivantes malgré les longs dialogues. Bien qu’ayant un aspect parfois trop artificiel, la colorisation de Hiroyuki Ooshima aide à la lisibilité des planches très détaillées de Romain Rousseaux Perin. Les souvenirs de Glannes, là aussi, bénéficient d’un soin particulier, plus terne, avec un aspect vieilli qui colle parfaitement à la temporalité.

© Rue de la Grande Truanderie 2 – Morvan, Rousseaux Perin, Ooshima – Grand Angle, Bamboo, 2026

Après un premier tome instructif et intéressant à défaut d’être captivant, Jean David Morvan offre à son histoire d’utopie sociale une poignante conclusion, bien que très abrupte. Toujours servi par les magnifiques décors et les personnages charismatiques de Romain Rousseaux Perin, le diptyque, édité par Grand Angle, est un joli voyage dans le passé, autour d’un épisode finalement peu connu du grand public, le concept de familistère ayant réellement été expérimenté.

Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© Rue de la Grande Truanderie 2 – Morvan, Rousseaux Perin, Ooshima – Grand Angle, Bamboo, 2026

Informations sur l’album :

© Rue de la Grande Truanderie 2 – Morvan, Rousseaux Perin, Ooshima – Grand Angle, Bamboo, 2026

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