Le fond noir est assez peu utilisé en bande dessinée. Portraits de Persil rebat les cartes en lui redonnant une place de choix. La sublime couverture en fait un usage particulièrement réussi. Le noir fait ressortir, aussi bien visuellement que par le jeu des textures, le titre rouge et le vert de cette main feuillue qui caresse le visage de la jeune peintre. Jean-Christophe Deveney et Saïd Sassine nous entraînent dans un voyage fascinant, à la croisée de la nature et de la création artistique.
© Portraits de Persil – Jean-Christophe Deveney et Saïd Sassine – Glénat – 2026
Lina Degarel, artiste peintre, quitte Lutecia pour rejoindre le domaine que lui prête son amie, Miss Winicott. Elle abandonne la grande ville pour s’installer au milieu de la nature, à la recherche d’inspiration. Sa rencontre avec les esprits de la forêt et surtout Persil, un arbre centaure, ainsi que l’arrivée de la guerre qui menace de saccager cet écrin naturel vont bouleverser sa vie…
« Je ne laisse à personne le droit de décider où est ma place »
Cette phrase résume à elle seule ce qui fait la force du personnage de Lina. Libre et intrépide, elle cherche à reprendre le contrôle de sa vie. Son passé se dévoile progressivement et l’on comprend les raisons qui l’ont poussée à quitter Lutécia, notamment une relation conjugale difficile. L’une des grandes forces de l’album réside dans la manière dont il entremêle avec une grande fluidité le passé de Lina, marqué par sa vie maritale, et son présent rythmé par ses rencontres avec les êtres de la forêt qu’elle cherche à saisir sur la toile. Ce va-et-vient entre une réalité très concrète, notamment sur la question de la place des femmes dans la société, et un univers fantastique rend l’album particulièrement impactant et marquant.
Portraits de Persil pose la question de la création artistique face à la fugacité de l’instant. Comment représenter sur une toile ce que l’on ne parvient pas à saisir ? Comment fixer le vivant, le vif ?
© Portraits de Persil – Jean-Christophe Deveney et Saïd Sassine – Glénat – 2026
L’absence de bulles sur certaines planches donne au lecteur une respiration. Elle lui permet de prendre le temps de profiter du voyage, à l’image de Lina qui a, elle aussi, besoin de cette respiration pour entretenir sa créativité. Les lettres échangées entre Lina, son amie et sa famille – matérialisées par des cartouches sur les planches – viennent modifier le rythme de lecture et apporter du dynamisme à l’ensemble.
C’est un album qui nous porte sans que l’on sache toujours précisément où il nous emmène. Mais peu importe car le voyage vaut le détour. Portraits de Persil est truffé de références et d’allégories qui laissent au lecteur toute liberté pour interpréter et prolonger le récit.
© Portraits de Persil – Jean-Christophe Deveney et Saïd Sassine – Glénat – 2026
Un visuel indélébile
Impossible de rester insensible à l’univers graphique proposé par Saïd Sassine. Dans le dessin des personnages, on retrouve une esthétique proche de l’animé japonais, une influence qui apporte à l’ensemble une douceur et une forme de pureté enfantine. Elle fonctionne vraiment bien car elle permet au lecteur de retrouver une part d’enfance rassurante tout en découvrant un univers particulier et singulier. Quant aux êtres fantastiques qui apparaissent et se révèlent sous nos yeux, leur présence est à la fois étrange et merveilleuse. Le travail sur les couleurs est remarquable. L’album alterne des ensembles de pages construits autour d’une même unité chromatique. Les tonalités beiges évoquent le passé de Lina et sa relation avec son mari, tandis que les couleurs plus éclatantes appartiennent à son présent, au cœur de la forêt de Miss Winicott.
© Portraits de Persil – Jean-Christophe Deveney et Saïd Sassine – Glénat – 2026
Mais surtout il y a le noir. Ces planches sur fond noir sont probablement l’une des plus grandes réussites graphiques de l’album. Le noir fait exploser les couleurs, donne aux personnages et aux décors une profondeur et intensité incroyables et gomme les limites des cases. Visuellement, Portraits de Persil nous fait ressentir, presque physiquement, cette difficulté à saisir le vivant qui est justement le coeur du récit.
Jean-Christophe Deveney et Saïd Sassine nous embarquent dans un voyage magnifique et mystérieux. Ode à la nature et à la liberté, cet album nous rappelle la difficulté de saisir l’instant et de fixer la beauté avant qu’ils ne disparaissent. Une œuvre d’une rare intensité visuelle et poétique qui ne laissera personne indifférent. Portraits de Persil fera grand bruit et c’est amplement mérité.
Une chronique écrite par : Claire
Informations sur l’album :
- Scénario : Jean-Christophe Deveney d’après une idée originale de Saïd Sassine
- Dessin : Saïd Sassine
- Couleurs : Saïd Sassine
- Éditeur : Glénat
- Date de sortie : 16/09/2026
- Pagination : 216 pages en couleurs
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