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Lili toujours debout jusqu’au bout – De Ravensbrück à Bergen-Belsen

Lili Keller-Rosenberg est l’une des dernières survivantes des camps de concentration nazis. Elle a consacré sa vie à témoigner auprès du grand public et plus particulièrement auprès des jeunes pour combattre la haine, la discrimination, le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Boris Golzio s’empare de ce témoignage exceptionnel et livre un album d’une grande intensité qui marque durablement et remue au plus profond de chacun de nous.

© Lili toujours debout jusqu’au bout – Boris Golzio et Lilli Keller-Rosenberg – Glénat – 2026

Roubaix, octobre 1943 : Charlotte Keller et Joseph Rosenberg, ainsi que leurs trois enfants Lili (11 ans), Robert (10 ans) et André (3 ans), sont arrêtés. Déportés en Allemagne, ils sont séparés. Joseph, le père, est envoyé au camp de Buchenwald où il sera assassiné. Charlotte, Lili, Robert et André passent une année au camp de Ravensbrück puis sont transférés à celui de Bergen-Belsen. Aucun mot n’est assez fort pour décrire l’horreur de ces camps et de ce qu’ils ont vécu.

© Lili toujours debout jusqu’au bout – Boris Golzio et Lilli Keller-Rosenberg – Glénat – 2026

Le devoir de mémoire

Charlotte et ses enfants survivent, malgré les maladies, les violences et la famine auxquelles ils doivent faire face. Le témoignage de Lili, relatant une violence inouïe dont seuls les bourreaux sont responsables, serre la gorge et prend aux tripes. Au fil de la lecture, il semble inimaginable que des enfants aient pu rester en vie face aux atrocités vécues. Lili Keller-Rosenberg tente une explication « Maman était exigeante. Le fait de ne pas se laisser aller, d’être toujours dignes, impeccables, y est certainement pour beaucoup dans le fait que nous ayons survécu, nous, les enfants. Sans elle… ». Au milieu de toute cette horreur et cette déshumanisation, les mots « solidarité », « dignité » et « amitié » entre les prisonnières de ces camps prennent une résonance singulière, comme une lueur infime qui persiste au plus profond de la nuit.

© Lili toujours debout jusqu’au bout – Boris Golzio et Lilli Keller-Rosenberg – Glénat – 2026

À leur retour des camps de la mort, impossible de reprendre une vie normale ni même de raconter ce qu’ils ont vécu : Pour Lili Keller-Rosenberg, « Personne ne peut saisir la gravité, l’atrocité, l’innommable de ce que nous avons subi ». Pourtant, suite à des propos négationnistes qu’elle entend en 1980, Lili Keller-Rosenberg décide de témoigner sans relâche auprès des jeunes : « La seule bonne réponse face à ces allégations nauséabondes et mensongères est l’éducation des jeunes. Eux, je peux les informer. Je dois les éclairer. Je dois transmettre la mémoire de cette réalité abominable que j’ai vécue, que des millions d’humains ont vécue ». Depuis lors, elle poursuit inlassablement son témoignage encore aujourd’hui à 93 ans.

L’album retrace essentiellement la vie dans les camps de concentration mais aussi les conférences données par Lili pour « passer la mémoire » et informer sur cette tragédie. Le travail de Boris Golzio se distingue par une grande justesse et une profonde sensibilité. Il donne corps au témoignage de Lili Keller-Rosenberg sans jamais en trahir la gravité.

© Lili toujours debout jusqu’au bout – Boris Golzio et Lilli Keller-Rosenberg – Glénat – 2026

La puissance du roman graphique

Lili Keller-Rosenberg a aussi contribué à la transmission de son histoire par des livres et des films. Pourtant, avant sa rencontre avec Boris Golzio, elle n’envisageait pas le média de la bande dessinée comme un vecteur de transmission de mémoire : « Je suis d’une génération qui a longtemps considéré la BD tout spécialement destinée aux petits enfants, qui raconte des histoires amusantes. Pas adaptée à la transmission de nos récits de déportation.». Et pourtant, Lili toujours debout jusqu’au bout démontre, si besoin en était, que la bande dessinée est un écrin parfait pour les témoignages des survivants et un outil adapté pour sensibiliser les jeunes. Le travail colossal réalisé pour cet album a duré quatre ans et les auteurs ont fait un travail de recherches documentaires phénoménal, matérialisé par des notes de bas de page et une biographie importante. Lili Keller Rosenberg avait exigé, dès le départ, que le travail soit irréprochable avec des recherches historiques et des croisements de sources pour compléter son témoignage. Le travail sur la structure des camps et leur évolution année après année impressionne par la précision des détails, à la fois minutieusement dessinés et clairement expliqués.  

Cette rigueur explique sans doute la puissance avec laquelle l’album s’impose. Face à l’inconcevable, l’approche scientifique minutieuse rend la réalité perceptible et glace le sang.

© Lili toujours debout jusqu’au bout – Boris Golzio et Lilli Keller-Rosenberg – Glénat – 2026

Le graphisme de Boris Golzio est saisissant de réalisme. L’atrocité des conditions de détention est soulignée par le fond noir de certaines planches. Les dessins, en nuances de gris, sont parfaitement adaptés à la noirceur des situations vécues. Des touches de couleurs parsèment les planches et mettent l’accent sur certains éléments, comme l’étoile jaune ou un livre, ou recouvrent le regard de certains prisonniers, comme pour les protéger de certaines visions. La couverture de cet album illustre parfaitement ce soin apporté aux couleurs. Charlotte, Lili, Robert et André émergent, unis et en couleurs, au milieu de prisonnières en bleu gris. Les étoiles jaunes, douloureusement éclatantes, soulignent qu’ils comptent parmi les infimes survivants de ces camps de la mort.

Par la puissance conjuguée de ses auteurs, Lili toujours debout jusqu’au bout concourt à réveiller les consciences et réussit à nous faire entrevoir presque physiquement, une horreur que l’on ne peut qu’imaginer.

À travers la bande dessinée, de nombreux témoignages de survivants des camps de concentration continuent de vivre. Elle se positionne comme un relais essentiel et nécessaire pour que cette mémoire atteigne les jeunes générations et ne disparaisse pas avec ceux qui l’ont incarnée. Boris Golzio fait de Lili toujours debout jusqu’au bout un puissant vecteur de transmission où l’exigence documentaire se conjugue avec une véritable force visuelle et narrative.

© Lili toujours debout jusqu’au bout – Boris Golzio et Lilli Keller-Rosenberg – Glénat – 2026

Une chronique écrite par : Claire

Informations sur l’album :

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