La couverture d’une bande dessinée est bien souvent une promesse : celle de trouver dans ses planches un ton, une ambiance, des émotions que cette première image tente de convoquer. L’illustration du premier tome de l’Ether fait immédiatement penser aux univers des réalisateurs japonais Mamoru Hosoda et Makoto Shinkai*. La promesse est donc celle d’un univers fantastique riche en drames personnels et en enjeux captivants.
© L’Éther tome 1 – Papayou – Morgen, 2026
Ulla, Agell et Grulter forment un trio inséparable, comme des frères. Les deux premiers sont orphelins alors que le dernier vit seul avec son père. Tous trois rêvent d’aventures, au-delà de leur petit village, vers la Tour de leur royaume. Quatre siècles auparavant, une famille tenta de s’emparer du pouvoir de l’Éther, obligeant les trois royaumes d’Eldoria à s’unir et trois tours furent érigées pour contrôler cette magie. Alors, les trois adolescents rêvent de devenir des éthériens, capables de maîtriser la mystérieuse substance via des glyphes qu’ils dessinent dans les airs. Mais la présence d’une créature près de leur village va venir décimer leurs désirs et leur trio.
© L’Éther tome 1 – Papayou – Morgen, 2026
« L’important, c’est qu’ils soient vivants… »
Le début de l’intrigue a des allures de shonen, ce que la suite ne viendra pas démentir. L’avancée de l’histoire suit relativement les rails de ce genre de mangas et les personnages en tiennent également les rôles bien établis : le jeune garçon sensible et fragile aux capacités insoupçonnées et démentielles, la prodige à qui tout semble promis, le mentor énigmatique, les adultes protecteurs souvent à côté de la plaque, les dirigeants impitoyables… L’univers d’Eldoria est également dans les standards habituels du shonen : un monde qu’une guerre a ravagé mais qui s’est reconstruit autour de petites communautés protégées, notamment de créatures monstrueuses et dangereuses, par une organisation magique représentée par un symbole fort : ici, une tour sans fin.
© L’Éther tome 1 – Papayou – Morgen, 2026
Classique, donc, mais d’une efficacité indéniable. En quelques planches seulement, Papayou parvient à poser un univers cohérent et intriguant, empli de vies brisées et d’espoirs incertains, de dangers immenses mais d’une sécurité promise. L’avantage d’un contexte classique est qu’il permet justement d’entraîner le lecteur immédiatement dans ses enjeux. Impossible de ne pas s’attacher au trio principal, de ne pas suivre avec une grande empathie leurs aventures et mésaventures dans leur marche vers la tour, et plus encore une fois là-bas. Comme dans tout bon shonen, rien ne leur sera épargné, ni la séparation, ni la mort.
© L’Éther tome 1 – Papayou – Morgen, 2026
« … et qu’ils avancent, pour le moment »
Visuellement, l’Éther est assez proche, également, du style manga shonen, notamment les personnages. Traits assez minimalistes, grands yeux, coiffures en grandes mèches, fasciès hyper expressifs et charisme indéniable sont en effet au menu du dessin de Papayou. Les couleurs des chevelures d’Agell et Ulla soufflent également le chaud et le froid, avec ce contraste rouge/blanc en adéquation avec leur tempérament. Des partis pris graphiques qui collent donc parfaitement à la fois à l’univers et à son style d’écriture, avec un costume unique par protagoniste tout au long du périple. Là où l’Éther s’éloigne particulièrement d’un manga, c’est par son encrage et, bien sûr, ses couleurs.
© L’Éther tome 1 – Papayou – Morgen, 2026
Les décors proposés par Papayou sont tour à tour, sans jeu de mot, majestueux ou d’une simplicité rassurante. D’un côté les paysages naturels somptueux, avec toute la poésie de cette immense tour lointaine, ou la grande cité pleine de détails, de l’autre les villages qui donnent envie d’y vivre un moment, pour se reposer l’âme et le corps. Chaque planche est totalement immersive et regorge soit de détails que le lecteur adorera parcourir, soit d’une ambiance tellement sereine qu’il devient difficile d’en détacher ses yeux. D’autant que les couleurs sont à la fois douces et lumineuses, pleines de poésie avec un encrage très soft, évitant généralement le noir pour lui préférer des teintes reprises sur ce qu’elles détourent.
© L’Éther tome 1 – Papayou – Morgen, 2026
L’amateur de shonen ne sera que rarement surpris par l’intrigue de ce premier tome de l’Éther, pas plus que par son univers ou ses personnages. Le plaisir de lecture est pourtant bien au rendez-vous car Papayou maîtrise à la perfection les codes du manga d’aventures magiques. Son atout principal : la beauté de ses planches, avec des décors majestueux, des protagonistes expressifs et surtout un travail de colorisation brillant.
Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard
* Mamoru Hosoda (né en 1967) est un réalisateur d’animés japonais dont les plus célèbres films sont La Traversée du Temps, le Garçon et la Bête ou encore Les Enfants Loups. De son côté, Makoto Shinkai (né en 1973) a réalisé, entre autres Your Name, les Enfants du Temps ou la Tour au-delà des Nuages.
© L’Éther tome 1 – Papayou – Morgen, 2026
Informations sur l’album :
- Scénario : Papayou
- Dessin : Papayou
- Couleurs : Papayou
- Éditeur : Morgen
- Date de sortie : 30/09/2026
- Pagination : 176 pages en couleurs
© L’Éther tome 1 – Papayou – Morgen, 2026
Nous avons fait le choix d’être gratuit et sans publicité, néanmoins nous avons quand même des frais qui nous obligent à débourser de l’argent, vous pouvez donc nous soutenir en adhérant à l’association des Amis de la bande dessinée et/ou en achetant un T-shirt avec notre logo. L’ensemble de l’équipe vous remercie d’avance pour votre aide.
Consultez la liste de nos librairies partenaires pour vous procurer l’album L’Éther tome 1

