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Les Mille Verbes

Un premier livre est toujours un évènement important, tant pour son auteur plein de doutes sur le résultat de son travail, que pour le lecteur curieux qui accepte de plonger dans l’inconnu. Pour son entrée dans le 9e art, Alexandre Decrauze, grand connaisseur du XVIIIe siècle, propose une histoire singulière dans un style graphique qui l’est tout autant.

© Les Mille Verbes – Alexandre Decrauze – ActuSF, collection Ithaque

Claude et Jacques de Horville sont des vauriens. Voleurs, joueurs, menteurs, beaux parleurs, assassins,… C’est dans le mensonge et le sang qu’ils se sont construits. Mais quand on commet des crimes, ils finissent souvent par nous rattraper et les deux frères n’échappent pas à cette règle. Ils ont eu le tort de s’attaquer à une jeune bohémienne qu’ils ont rendu orpheline. Pour assouvir sa vengeance, elle leur lance alors une malédiction mortelle : il ne leur reste plus que 1000 mots à vivre !!!

© Les Mille Verbes – Alexandre Decrauze – ActuSF, collection Ithaque

Un récit théâtral

Dès le préambule, il est évident que Les Mille Verbes est une BD originale. Une page blanche avec quelques mots définissant le mot « verbe ». S’en suit, trois pages muettes relatant l’agression d’une jeune fille et de ses parents pour le vol d’un objet précieux dissimulé dans un ourson en peluche avec des boutons de chemise en guise d’yeux, que l’on devine importants pour la suite de l’histoire. Enfin, deux pages sur lesquelles la situation et les dialogues semblent raconter la fin d’un récit. L’on y voit trois moines manger une couronne des rois et célébrer Claude, personnage muet, qui est tombé sur la fève et, qui d’un coup, meurt en expirant dans un dernier souffle le mot « pardon ». Au centre de ces deux dernières pages est juxtaposée une case verticale, dont le graphisme et les couleurs diffèrent totalement des autres, avec ce texte très mystérieux « Je t’ai laissé mille mots à prononcer avant que tu ne rendes ton dernier souffle. J’ai hâte d’entendre ta réplique finale. » Voici deux phrases introductives qui éveillent de nombreuses interrogations et qui vont tenir le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page pour y trouver toutes les réponses.

© Les Mille Verbes – Alexandre Decrauze – ActuSF, collection Ithaque

Après ce prologue, s’enchaînent les chapitres sous l’apparence de quatre actes dont les séquences se succèdent telles des scènes. Car oui, ce qui se joue au fil des pages se déroule comme une pièce de théâtre de Molière. Les personnages sont des gredins à qui la victime va jouer un mauvais tour pour leur donner une bonne leçon tout en assouvissant sa vengeance. Dans le même temps, le décompte des mots restant à vivre, rythme le récit et, au fur à mesure qu’il s’amenuise, finit par susciter au spectateur de la pitié pour les scélérats.

© Les Mille Verbes – Alexandre Decrauze – ActuSF, collection Ithaque

Une réalisation riche et originale

Outre cette présentation de l’histoire comme une pièce de théâtre avec des flashbacks à différents moments de la Révolution française, le dessin joue lui aussi un rôle par la multiplicité de ses formes. Le trait tantôt précis et d’autre fois très approximatif permet une interprétation très personnelle des personnages et des évènements. La composition des pages sans cadrage est très diversifiée avec des dessins tantôt en double page, tantôt en gaufrier ou en moult petites images au point d’avoir l’impression qu’elles se touchent voire se confondent. L’auteur s’aventure de la même manière avec les couleurs parfois douces, chaudes et pastel et tout à coup froides et sanguinolentes. Les bulles ne sont pas en reste car, bien que le noir des textes soit le seul élément constant de l’album, elles sont tour à tour carrées, rondes, fermées, ouvertes, en ligne ou encore sans contour et avec des remplissages aux couleurs très variées, lisibles ou non car volontairement floues. Enfin, à l’instar de tous ces éléments, le trait offre lui aussi une large palette, du crayonné à un dessin plus abouti en passant par le style gros nez par exemple pour le côté burlesque.

© Les Mille Verbes – Alexandre Decrauze – ActuSF, collection Ithaque

Les Mille Verbes, d’Alexandre Decrauze, ne peut pas laisser indifférent. La BD déroute et donne parfois, au témoin de cette mise en scène, l’impression d’être perdu dans son histoire au point de devoir revenir en arrière pour en retrouver le fil. Ce qui est certain, c’est qu’une seule lecture de cette bande dessinée ne suffira pas pour  apprécier toutes les richesses et l’originalité de l’énorme travail créatif de l’auteur.

© Les Mille Verbes – Alexandre Decrauze – ActuSF, collection Ithaque

Une chronique écrite par : Xavier

Informations sur l’album :

© Les Mille Verbes – Alexandre Decrauze – ActuSF, collection Ithaque

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