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Légère comme une enclume

« Légère comme une enclume » : difficile de trouver une entrée en matière plus paradoxale ! Derrière cette accroche se révèle toute la saveur de cette bande dessinée : elle évoque les blessures invisibles, les préjugés, la quête de légitimité avec un humour et une tendresse qui permettent d’en alléger le poids. Zelba nous livre un récit autobiographique dont la légèreté du regard sert majestueusement la profondeur des sujets.

© Légère comme une enclume – Zelba – Futuropolis – 2026

Au travers de trente-cinq histoires de une à quinze pages chacune, Zelba se met en scène et nous partage ses réflexions sur la société, la sexualité et la place des femmes.

© Légère comme une enclume – Zelba – Futuropolis – 2026

Une autrice qui s’assume !

À 53 ans et un sixième livre autobiographique, Zelba pourrait se féliciter du chemin parcouru. Mais c’est tout l’inverse, elle qui se dit toujours animée par une « folle envie de raconter des histoires avec des dessins et des mots ». Dans cet album, elle évoque sans détour ce sentiment d’illégitimité qui la poursuit dans son parcours d’autrice de bande dessinée. Elle expose ses doutes, avec une sincérité désarmante, et cela crée immédiatement une proximité et un attachement pour le lecteur.

Cet album est certainement celui de la liberté : celle de prendre sa place, de ne plus demander la permission et de dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas. L’autrice y parle du désir, de la sexualité, du corps qui vieillit, de l’homosexualité ou encore de la maladie. Aucun sujet n’est tabou et son ton est libre, drôle, mordant et toujours humain. Cette audace rend la lecture jubilatoire. Sous couvert de légèreté, Zelba adresse aussi quelques messages bien sentis aux hautes sphères de la société, aux normes et aux injonctions qui pèsent sur les individus et notamment sur les femmes. Elle le fait sans discours pesant, avec une intelligence du quotidien et une auto-dérision qui touchent juste. Elle n’épargne pas le milieu de la bande dessinée en interrogeant, avec humour et lucidité, les mécanismes du secteur, les attentes, les postures et les difficultés du métier. Cette capacité à se remettre en question, à observer le monde et à s’observer elle-même avec la même exigence, constitue clairement l’une des grandes richesses de l’album.

© Légère comme une enclume – Zelba – Futuropolis – 2026

Légère comme une enclume se savoure lentement, comme un bonbon que l’on ne veut pas finir. Derrière ses apparences, cet album cache une fine réflexion sur notre époque. C’est le genre d’ouvrage qui donne envie d’écrire à son tour et de raconter ses propres fragilités et contradictions. En livrant ses états d’âme avec authenticité, Zelba se met à nu, au sens propre et au sens figuré, et malmène les apparences et les clichés. Ce récit autobiographique dépasse largement le vécu personnel. Dans les doutes, les questionnements et les colères, chacun pourra y reconnaître une part de lui-même. L’autrice réussit ainsi le défi fou de transformer l’intime en expérience universelle.

© Légère comme une enclume – Zelba – Futuropolis – 2026

Un album qui assure et qui rassure !

Au fil des pages, l’impression du lecteur est celle d’ouvrir le journal intime de l’autrice avec la discrétion d’une petite souris. Chaque page réserve une surprise, une émotion, une confidence, une anecdote ou une réflexion nouvelle. Certaines de ces scènes ont d’ailleurs préalablement été publiées sur les réseaux sociaux, ce qui explique sans doute cette sensation de proximité immédiate ressentie lors de la lecture. Les dessins, à dominante gris-bleuté, sont ponctués de quelques touches de couleur soigneusement choisies qui attirent le regard et soulignent l’idée ou l’émotion du moment. Le trait souple, expressif et chaleureux, accompagne parfaitement le propos sans recherche d’effet spectaculaire, mettant la sincérité à l’honneur. Zelba se représente souvent nue, sans provocation. Elle se croque avec naturel et tendresse, sans filtres. Cette représentation assumée fait un bien fou et procure un véritable sentiment de liberté. Et habillée, elle se met en scène avec un haut à rayures, comme une signature visuelle qui apporte un charme et une identité à l’album.

© Légère comme une enclume – Zelba – Futuropolis – 2026

Avec son petit format et sa couverture souple, ce récit pourrait presque passer inaperçu parmi les formats classiques des albums de bande dessinée. Pourtant, avec ce choix, Zelba frappe un grand coup nous invitant, encore une fois, à ne pas nous fier aux apparences.

Comme elle le dit elle-même, certains lecteurs seront peut-être surpris de trouver cette compilation d’histoires courtes et personnelles au catalogue de Futuropolis. Et pourtant, c’est cela qui la rend précieuse. Cet album déplace les lignes, ose emprunter des chemins inattendus et nous rappelle que la bande dessinée est une formidable terrain de liberté et de réflexion, sans forme imposée.

Légère comme une enclumeest de ces livres que l’on ouvre avec curiosité et que l’on referme avec le sentiment d’avoir partagé quelque chose d’essentiel. Drôle, touchant, intelligent et profondément libre, il nous fait rire, réfléchir et parfois même respirer un peu mieux.

© Légère comme une enclume – Zelba – Futuropolis – 2026

Une chronique écrite par : Claire

Informations sur l’album :

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