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La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1/2 : Baby Boxer Banker

Aucun doute là-dessus, le dessinateur Fabrice Meddour a un don pour les couvertures aussi sublimes qu’intrigantes. D’Après l’enfer à San Francisco 1906, en passant par La Fille du quai, chaque illustration est une invitation à plonger dans des planches tout aussi belles. C’est une nouvelle fois le cas avec La Vie extraordinaire d’Arizona Joe, sa première collaboration avec le scénariste Stéphane Piatzszek.

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

Newland Arrow, 13 ans, vient de perdre sa mère et vit désormais seul avec son père, riche banquier new-yorkais brisé par le décès de sa femme. Errant dans les rues du Wall Street de 1876, il est pris à partie par une bande de jeunes voyous et est obligé de prendre la fuite à bord d’un wagon de marchandises. Il y fait la rencontre d’Arizona Joe, un « hobo » avec qui il partagera le quotidien pendant quelques semaines de vagabondages. Quelques années plus tard, entré à son tour dans la finance par la porte de la banque familiale, le fantôme d’Arizona Joe hante encore sa vie, entre confort et désir d’aventures et d’émotions fortes.

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

« Les hommes ne valent pas un clou, Kid… »

Arizona Joe, plus qu’un nom, est une philosophie qui parcourt tout l’album, tout d’abord attribué au vagabond qui fera découvrir à Newland un monde qu’il ne soupçonnait pas, celui des « hobos ». Ce terme, dont l’origine fait la part belle aux spéculations*, désignait, à la fin du XIXe siècle, les travailleurs migrants qui parcouraient les États-Unis au gré des chantiers et autres travaux manuels. Il s’est étendu, plus largement ensuite, aux vagabonds qui ont grandement participé à la richesse culturelle américaine**.

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

Dans La Vie Extraordinaire d’Arizona Joe, la poésie de la vie sur la route se mêle à ses dangers, la figure du hobo n’est pas idéalisée. Certes, le scénario de Stéphane Piatzszek met en avant les idées de liberté et d’entraide, notamment via le mode de communication par pictogrammes, des hobos mais Joe et les autres vagabonds sont souvent mutilés et ont parfois perdu une partie de leur sens moral pour survivre. Cette première partie de l’intrigue, couvrant la moitié de l’album, montre l’intérêt du scénariste pour les « marginaux », les « mis-de-coté » de l’histoire comme dans ses précédentes séries courtes, notamment La Promesse de la Tortue et La Cour des Miracles.

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

Le lecteur accompagne alors Newland, seule touche de couleurs avec sa chevelure orange, dans un sépia ambiant d’une grande classe, découvrant avec lui cette culture vagabonde, ses codes, son quotidien ambivalent et mouvementé. Arrive alors l’ellipse. Sept ans plus tard, Newland a grandi et sa chevelure orange est moins repérable parmi toutes les couleurs qui ont fait leur apparition. Ce changement graphique est accompagné d’un changement de ton mais aussi de sens de lecture.

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

« … mais sur la route, la beauté est partout »

Si, justement, dans la jeunesse de Newland, le lecteur se servait de sa rousseur comme point d’ancrage dans le récit, le passage à l’âge adulte marque aussi une certaine distanciation entre le lecteur et le protagoniste. Newland n’est plus un simple spectateur, au même titre que le lecteur, il devient l’acteur principal de sa vie et le lecteur est laissé comme seul spectateur. Par son affirmation de soi, le jeune homme devient également moins « universel » et sa personnalité pleine de contrastes l’isole un peu plus du lecteur. Stéphane Piatzszek prouve une fois de plus son talent pour construire et faire évoluer des personnages à la fois attachants et repoussants.

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

Fabrice Meddour est le complice parfait pour le scénariste dans cette aventure sur deux temporalités. Sa colorisation est donc partie prenante du ton du récit, dépassant le pur choix esthétique. Une conception chromatique qui est une des marques de fabrique du dessinateur. Mais si ce travail d’encre et d’aquarelle est ce qui frappe en premier dans les planches des différentes œuvres de Fabrice Meddour, il serait dommage de réduire son travail à cela. L’illustrateur a, en effet, plusieurs cordes bien tendues à son arc, à commencer par des personnages charismatiques et expressifs

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

La Vie Extraordinaire d’Arizona Joe ne fait pas exception avec sa galerie de gueules cassées d’un côté et de riches personnages majestueux de l’autre. Entre les deux, le père de Newland parvient, malgré sa froideur, à être particulièrement touchant dans son deuil et sa fragilité. Les décors de l’album sont également particulièrement réussis. Si New York n’est pas encore la grandiose cité toute en hauteur, ses rues sont parfaitement immersives, tout comme les paysages ruraux que parcourent les vagabonds. Les intérieurs fourmillent de détails, rendant les cases d’une grande richesse, une impression renforcée par la générosité du dessinateur en ce qui concerne les figurants. La vie grouille, la ville bouge.

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

Le premier tome de La Vie Extraordinaire d’Arizona Joe se découpe en deux parties clairement définie par leur époque, leur ton et leur colorimétrie. Si la transition pourrait paraître quelque peu abrupte, elle semble un choix totalement assumé par les auteurs et il est difficile de ne pas en reconnaître l’efficacité narrative. Comme souvent chez Grand Angle, l’album se conclut sur un cahier historique, court mais passionnant, donnant une furieuse envie de creuser son sujet. L’attente ne sera pas longue avant le second tome, annoncé trois mois seulement après la sortie du premier, avec un titre très intrigant : Le Clochard de Wall Street.

Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

 * On parle ainsi d’abréviation possible de « homeward bound » (retour à la maison) ou « homeless boy » (garçon sans domicile fixe), ou encore une contraction de « Ho boy ! », un moyen d’appel à l’embauche journalière ou pour les cheminots de dégager les vagabonds marchant sur les voies ferrées.

** Citons par exemple le roman en partie autobiographique The Road de Jack London (1907), le film Emperor of the North de Robert Aldrich (1973) mais aussi du chef d’œuvre de John Steinbeck, Des Souris et des Hommes (1937, même si son contexte historique, la Grande Dépression, et les motivations de ses protagonistes, acheter une ferme, diffèrent quelque peu de la figure traditionnelle du hobo. Dans la chanson, Bob Dylan, Woody Guthrie, Johnny Lee Hooker ou encore Jimmie Rodgers se sont emparés du thème.

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

Informations sur l’album : 

© La vie extraordinaire d’Arizona Joe 1 – Piatzszek/Meddour – Grand Angle, Bamboo, 2026

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