Site icon Les Amis de la BD

La pertinence de la vie idéale

Avec La pertinence de la vie idéale, publié chez Mécanique générale, Domaine Alary signe une première œuvre autofictionnelle empreinte d’une volonté de laisser une trace durable, un ouvrage dédié à ses enfants pour que ne s’efface pas l’image de ce qu’il a été à un moment charnière de son existence. 

La pertinence de la vie idéale©Éditions Mécanique générale – Domaine Alary

Joël, un père dans la mi-cinquantaine, quitte son emploi et se retrouve à la croisée des chemins. Entre l’espoir et la désillusion, il jongle avec l’éducation de son fils Lucien, le déclin de son propre père vieillissant, Claude, en perte d’autonomie depuis un AVC, et la naissance inattendue d’un nouvel amour. Au milieu de ce tumulte, il cherche un sens à sa vie.
 

L’identité par la culture

Cet album touche à l’intime avec une justesse évidente. L’auteur, dont le vrai nom est Martin Alary, expose son identité en distillant au fil des pages les éléments qui composent son quotidien et ses souvenirs : références cinématographiques où Robert De Niro devient une figure paternelle, allusions musicales ou œuvres d’art, jusqu’aux bandes dessinées nichées dans sa bibliothèque qui agissent comme un miroir de ses propres goûts. Ce procédé transforme la lecture en un véritable jeu de piste culturel, dont toutes les références sont répertoriées en fin d’ouvrage. Au-delà de la dimension ludique, cette démarche semble d’autant plus nécessaire que le père de l’auteur s’efface progressivement suite à un AVC, une perte d’autonomie qui pousse l’auteur à vouloir, en réaction, fixer sa propre trace par le biais de ce livre.

Une vie en livres©La pertinence de la vie idéale – Éditions Mécanique générale – Domaine Alary

Un père nommé Claude (alias De Niro)©La pertinence de la vie idéale – Éditions Mécanique générale – Domaine Alary

L’ouvrage est porté par un bagage culturel important, où les références de l’auteur semblent être son langage naturel pour dire le monde. Cette omniprésence de la culture n’enlève rien à la sincérité du propos ; elle définit simplement l’identité de celui qui se raconte. Le récit s’extrait toutefois de ce cadre réflexif dès que Domaine Alary introduit le personnage de Rémi Jacques, un individu qu’il est facile de détester. Bien qu’il puisse paraître caricatural, il incarne tout ce que le protagoniste cherche à balayer de son existence. Véritable anti-héros, matérialiste et imbu de lui-même, il a tendance à écraser les autres par son discours et adore s’écouter parler. Sa présence offre un contraste saisissant avec la quête de sens de Joël et apporte une dynamique plus concrète au récit. Ces échanges permettent de donner un peu plus de mordant à sa personnalité, venant bousculer son tempérament stoïque et sa nature posée.

Rémi Jacques : le choc des caractères©La pertinence de la vie idéale – Éditions Mécanique générale – Domaine Alary

Un œil photographique

Sur le plan visuel, la volonté de coller au réel se traduit par un trait fortement inspiré par la photographie. Les aplats de couleurs vifs et contrastés participent à une ambiance moderne et lumineuse. La mise en page est efficace et les dialogues, bien dosés, installent une respiration fluide à l’intérieur des planches. 

Beauté fixe©La pertinence de la vie idéale – Éditions Mécanique générale – Domaine Alary

Cette approche photographique a cependant ses revers. L’esthétique choisie entraîne une certaine rigidité des personnages dont le mouvement paraît parfois suspendu ou figé. Cette fixité n’empêche pourtant pas le récit d’être empreint d’une grande justesse ; simplement, l’émotion ne naît pas d’une expressivité graphique traditionnelle. Elle se loge plutôt dans les silences et les détails du décor, où les choix musicaux et les références cinématographiques agissent comme des vecteurs émotionnels détournés. 
 


 

Les références culturelles©La pertinence de la vie idéale – Éditions Mécanique générale – Domaine Alary

Domaine Alary livre ici un premier album réussi, où la culture devient le plus court chemin pour dire l’intime avec pudeur. Malgré une certaine retenue dans le trait, la profondeur de cette transmission intergénérationnelle rend la lecture particulièrement gratifiante, laissant une trace aussi discrète que durable.

Chronique écrite par : Charlotte Claeys

Informations sur l’album :

Vous pouvez discuter de l’album La pertinence de la vie idéale sur notre groupe Facebook des Amis de la bande dessinée.

Nous avons fait le choix d’être gratuit et sans publicité, néanmoins nous avons quand même des frais qui nous obligent à débourser de l’argent, vous pouvez donc nous soutenir en adhérant à l’association des Amis de la bande dessinée et/ou en achetant un T-shirt avec notre logo. L’ensemble de l’équipe vous remercie d’avance pour votre aide.

Consultez la liste de nos librairies partenaires pour vous procurer l’album La pertinence de la vie idéale

Quitter la version mobile