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La canne de Balzac

Certains récits oubliés offrent un terrain de jeu formidable pour la bande dessinée. Guillaume Plassans, alias PoPésie, et Léna Walrus s’emparent ainsi du roman La canne de M. de Balzac, publié en 1836 par Delphine de Girardin, pour livrer une adaptation rocambolesque et virevoltante, à mettre entre toutes les mains.

© La canne de Balzac – PoPésie et Léna Walrus d’après Delphine de Girardin – Dargaud – 2026

Paris 1836 : Tancrède Dorimont cherche désespérément un emploi. Mais un obstacle pour le moins inattendu se dresse sur sa route : sa beauté éclatante ! Dans une société où les apparences dictent les convenances, aucun employeur ne veut prendre le risque de l’embaucher et de susciter les commérages de la bonne société. Lors d’une soirée à l’Opéra, Tancrède se retrouve fasciné par la canne d’Honoré de Balzac. L’objet, qu’il trouve gros et laid, lui paraît si singulier qu’il en est suspect. Et si cette canne avait un pouvoir inattendu capable de bouleverser son existence ?

© La canne de Balzac – PoPésie et Léna Walrus d’après Delphine de Girardin – Dargaud – 2026

Un récit oublié, une adaptation jubilatoire

PoPésie excelle dans cette adaptation libre du roman de Delphine de Girardin. Une bonne adaptation donne envie de lire l’œuvre initiale tout en lui offrant une nouvelle vie. La canne de Balzac réussit brillamment ce double pari. L’auteur prend des libertés avec le récit original, choix qu’il détaille dans un excellent carnet proposé à la fin de l’album. Les personnages, truculents et hauts en couleurs, ne se limitent jamais au seul Tancrède Dorimont. Chaque protagoniste bénéficie d’un véritable travail d’écriture et d’une personnalité marquée : des femmes déterminées qui ne se laissent pas marcher sur les pieds, un valet séduisant et malicieux, un méchant ridicule et jaloux….   Tous les ingrédients convergent vers un résultat franchement savoureux. Les dialogues pétillent d’une verve qui fait mouche. L’album s’amuse également avec le monde littéraire de l’époque, pour le plus grand plaisir des amateurs de littérature. Les références, nombreuses et bien senties, surgissent toujours avec une grande justesse sans jamais alourdir le propos. La canne, quant à elle, introduit une touche de magie qui enveloppe l’ensemble d’une atmosphère délicieusement décalée. Derrière son apparente légèreté, l’album distille un propos universel sur la beauté, le regard des autres et le poids des apparences.

© La canne de Balzac – PoPésie et Léna Walrus d’après Delphine de Girardin – Dargaud – 2026

Un visuel qui pétille

Pour son premier album de bande dessinée, Léna Walrus déploie un travail graphique superbe, moderne et particulièrement inventif, tout en préservant l’esprit du XIXe siècle. Son goût pour la caricature transparaît avec bonheur dans ses planches. Cet art exige de saisir, en quelques traits, une émotion ou un travers. Léna Walrus en maîtrise de main de maître les codes sans jamais tomber dans la surenchère. En quelques coups de crayon, elle fait surgir la malice et l’audace du majordome, ou révèle toute la mesquinerie du méchant de l’histoire, jaloux de Tancrède. Son trait, libre et débridé, apporte une énergie particulière au récit. La dessinatrice s’affranchit du gaufrier traditionnel pour mieux insuffler du mouvement à ses planches. Dans cet album, tout circule, tout danse. Le dessin accompagne le rythme du récit en lui apportant une douce musicalité. Chaque page fourmille de détails. Léna Walrus glisse des dessins et des clins d’œil jusque dans les bulles de dialogues, joue avec les lettres, la typographie et les couleurs. Les bulles prolongent véritablement le dessin et deviennent une composante graphique à part entière. Une approche intéressante et saisissante que l’on aimerait retrouver dans d’autres albums. Cette profusion visuelle invite à ralentir la lecture. Chaque case recèle un détail, un petit jeu graphique que l’on ne voudrait pas manquer.

© La canne de Balzac – PoPésie et Léna Walrus d’après Delphine de Girardin – Dargaud – 2026

La canne de Balzac procure un immense plaisir de lecture tout en contribuant à remettre sur le devant de la scène une autrice oubliée. Un duo qui fonctionne à merveille et pour lequel on ne peut qu’espérer une nouvelle collaboration. Une chose est sûre, PoPésie et Léna Walrus sont incontestablement deux artistes à suivre !

© La canne de Balzac – PoPésie et Léna Walrus d’après Delphine de Girardin – Dargaud – 2026

Une chronique écrite par : Claire

Informations sur l’album :

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