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Kid Francis

Le scénariste Marius Rivière et le dessinateur Grégory Mardon racontent la vie tragique du plus grand boxeur français de l’entre-deux-guerres : Kid Francis.

©Casterman – Kid Francis – Grégory Mardon et Marius Rivière

Né le 11 octobre 1906 dans le quartier Saint-Jean, sur la rive nord du Vieux-Port de Marseille, Francesco Buonagurio s’intéresse très tôt à la boxe. Il entre au club de l’entraîneur Lisanti et, sous le nom de Kid Francis, remporte ses premiers combats. Son oncle, François Spirito, surnommé le « Capone français » voit une opportunité de gagner beaucoup d’argent grâce à son neveu.

©Casterman – Kid Francis – Grégory Mardon et Marius Rivière

Une fresque « Scorsesienne »

Dans le dossier de presse de l’album, le journaliste et scénariste Marius Rivière explique qu’il a entendu parler la première fois de Kid Francis alors qu’il travaillait sur un dossier pour le journal La Marseillaise consacré à la rafle du Vieux-Port. Intrigué, Rivière se renseigne et découvre l’ascension de ce cireur de chaussures devenu le boxeur le plus talentueux de sa génération.

« Ce qui m’a d’abord séduit chez Kid, c’était sa capacité à se trouver toujours au bon endroit au bon moment pour suivre cette période charnière qui s’étend des Années folles à la Seconde Guerre mondiale. Il a connu les bas-fonds de Marseille, a vu la constitution du milieu marseillais, a côtoyé Marcel Pagnol et Maurice Chevalier, a fait la fête à Hollywood avec Charlie Chaplin et Joséphine Baker, a vécu la défaite de juin 1940 puis l’Occupation »…

Un sujet pareil est un véritable cadeau pour un scénariste car il permet de tisser une fresque digne de Martin Scorsese. En effet, l’album ressemble à un « rise and fall » (ascension puis chute). Un genre que le réalisateur américain a souvent revisité dans ses films comme Raging Bull, les Affranchis ou Gangs of New York.

©Casterman – Kid Francis – Grégory Mardon et Marius Rivière

Cependant Scorsese n’est pas la seule référence revendiquée par Rivière : il parle aussi des Incorruptibles de De Palma, Babylon de Damien Chazelle mais aussi les Sentiers de la perdition de Sam Mendes en passant par Tintin et Corto Maltese et par les écrits de Marcel Aymé (Uranus) et de Joseph Kessel (l’Armée des ombres).

Un foisonnement de références qui nourrissent un roman graphique qui se lit et se ressent comme une grande fresque des années 30. Un livre qui passe du quartier Saint-Jean et ses bordels aux endroits chics de New York puis aux soirées folles d’Hollywood, de l’ambiance de la rue à celle survoltée du ring de boxe, de l’intimité d’un modeste appartement à la foule d’un bar, de l’insouciance de la jeunesse à la perte de l’innocence, de la paix à la guerre.

L’album se permet aussi de revenir sur un événement oublié de la Seconde Guerre mondiale : la rafle du Vieux-Port en janvier 1943. Deux quartiers sont visés : celui de l’Opéra et celui de Saint-Jean dans lequel se trouvait, pour son malheur, Kid Francis. Non seulement, les habitants seront déplacés, certains arrêtés et 1642 déportés mais en plus, les Allemands raseront entièrement le quartier à la dynamite.

©Casterman – Kid Francis – Grégory Mardon et Marius Rivière

Un style semi-réaliste

Le dessinateur français Grégory Mardon ne manque pas non plus de références pour la partie graphique de Kid Francis : « Mes inspirations sont toujours nombreuses à travers l’histoire de l’art. Ici, le cinéma muet des années 1920, l’art déco sous toutes ses formes (mode, architecture, peinture, affiche, music-hall…), Pagnol, Alex Toth, Torpedo, José Munoz »…  

Le style semi-réaliste des dessins aurait pu être un frein à l’immersion du lecteur dans cette histoire vraie mais c’est l’exact inverse qui se produit : le liseur est dans l’histoire, il la vit avec Kid.

À quoi est-ce dû ? Les couleurs ? Elles sont non seulement fonctionnelles mais aussi créatrices d’ambiances jouant sur le clair/obscur. Le découpage ? Souvent assez classique mais lisible. Les séquences de boxe sont assez représentatives : elles sont découpées dans un « gaufrier » que n’aurait pas renié Morris mais le dessin, les couleurs et le narratif les rendent réalistes pour le spectateur.

C’est donc bien un tout qui rend cet aspect à la fois touchant et tragique à cette histoire vraie.

©Casterman – Kid Francis – Grégory Mardon et Marius Rivière

Un récit hors norme

Kid Francis mélange plusieurs genres en un seul roman graphique : biographie, polar, histoire de boxe, rise and fall, récit de guerre, etc…

Il y avait de quoi craindre un trop plein, une trop grande ambition de la part des auteurs mais le pari est remporté haut la main tant le récit et le dessin fonctionnent. En fait, il fallait cette ambition pour raconter ce destin hors norme.

Kid Francis et la rafle du Vieux-Port sortent de l’ombre des oubliés de l’Histoire pour reprendre leurs places : dans la lumière d’une salle de boxe pleine à craquer.

Une chronique écrite par : Frédéric P.

Informations sur l’album :

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