Philippe Pelaez et Bernard Khattou se sont lancés un pari fou, celui de faire un album sur la famille Kennedy. Tout le monde connaît John Fitzgerald Kennedy (JFK), assassiné à Dallas en 1963 mais que sait-on de ses 8 frères et sœurs, de leurs parents, grands-parents et arrière-grands-parents ? Car il est impossible de comprendre le mythe Kennedy sans retracer l’histoire de cette famille d’Irlandais qui débarque aux États-Unis dans la deuxième moitié du XIXème siècle. « Kennedy(s) », publié chez Glénat, nous embarque dans un voyage passionnant et mémorable de plus de 500 pages !
© Kennedy(s) – Philippe Pelaez et Bernard Khattou – Glénat – 2025
Tout a commencé par un champignon ! La famille Kennedy fuit l’Irlande dans les années 1850 à cause du « Phytophtora Infestans », le champignon responsable de la grande famine. Sur les 3 millions d’Irlandais, 1 million, farouchement accroché à la vie, s’entasse dans des « coffin ships », des cercueils flottants, pour rallier les États-Unis. C’est le cas de Patrick Kennedy, grand-père de Joseph P. Kennedy et arrière-grand-père de John. A partir de là, les Kennedy qui se succéderont n’auront de cesse de faire oublier leurs origines irlandaises. Ils vont commencer par créer un réseau politique autour de la communauté irlandaise de Boston puis, petit à petit, gravir les échelons jusqu’à la Présidence américaine.
© Kennedy(s) – Philippe Pelaez et Bernard Khattou – Glénat – 2025
Les Kennedy, un clan, un mythe
Le 22 novembre 1963, l’impensable se produit : le Président américain John Fitzgerald Kennedy est assassiné à Dallas et cet événement marque le monde moderne. Plus de 60 ans après et malgré de nombreuses enquêtes et commissions, il est toujours impossible de savoir ce qu’il s’est exactement passé ce jour-là. Une certitude pourtant, cet assassinat forge le mythe Kennedy. Pour le décrypter, les auteurs remontent aux sources du clan et appréhendent chacun des Kennedy qui, par sa personnalité ou ses actions, a contribué à cette destinée hors du commun. La force des Kennedy est évidemment à rechercher dans leurs origines modestes. Joseph P. Kennedy veut un nom et une réputation à léguer à ses enfants. Il a un objectif pour sa famille : ne plus être considéré « comme des péquenauds d’Irlandais mais comme des Américains à part entière ». Il l’annonce haut et fort « Les Kennedy sont destinés à de grandes choses. Rien ni personne ne doit nous empêcher d’arriver au somment ». Quant à John, avant qu’il ne devienne Président des États-Unis, ses actions militaires sont utilisées par les médias pour créer un authentique héros américain.
© Kennedy(s) – Philippe Pelaez et Bernard Khattou – Glénat – 2025
Mais un mythe est aussi fondé sur des zones d’ombres et sur des drames intimes et, à ce titre, le clan Kennedy a été durement touché au cours du XXème siècle. Les malheurs qui les frappent sont « spectaculaires » : Joe Junior meurt au combat, Kathleen Kennedy périt dans un accident d’avion, Rosemary Kennedy est lobotomisée… « Teddy en personne dit que sa famille est maudite… ». Les Kennedy flirtent avec la mort depuis toujours. John a quand même reçu l’extrême onction quatre fois dans sa vie. Mais ils font face car « Un Kennedy ne pleure pas. Un Kennedy ne pleure jamais. »
Un album documentaire qui se lit comme une saga
Plus de 40 000 ouvrages ont été dédiés à John Fitzgerald Kennedy depuis sa disparition. Autant dire que le travail de recherches documentaires pour la réalisation de cet ouvrage a été colossal. Philippe Pelaez y a consacré presque 4 ans de sa vie. Et pourtant, l’assassinat de JFK ne concerne qu’une centaine de pages de cet album. Il est remarquable d’avoir collecté autant de données et d’avoir réussi à en faire un album passionnant et instructif. Malgré la connaissance du dénouement, le lecteur est happé par cette destinée exceptionnelle. Les auteurs ont « mis en scène » cette histoire en la faisant raconter par différents protagonistes. Par exemple, une discussion entre Franklin Delano Roosevelt et son proche conseiller, Louis Howe, en 1932 est l’occasion de décortiquer la personnalité ambivalente de Joseph P. Kennedy – Joe – qui veut apporter son soutien politique à Roosevelt face au candidat Hoover. De la même manière, les circonstances, extrêmement controversées, de l’assassinat de JFK sont abordées par le biais d’une discussion plusieurs années après entre un journaliste et l’un des membres d’une commission d’enquête. Cela donne un véritable rythme à cet ouvrage et permet de « faire vivre » une histoire qui aurait pu être trop linéaire et chronologique. Ce « décalage » par rapport aux événements donne une liberté de ton permettant d’évoquer les zones d’ombres sans prendre parti. Cet album, loin de prétendre détenir la vérité, apporte des éclairages précieux et passionnants. Malgré le nombre important de personnages et leurs surnoms différents de leurs prénoms, le lecteur s’y retrouve facilement grâce à la présence d’un arbre généalogique sur les intérieurs de couverture.
© Kennedy(s) – Philippe Pelaez et Bernard Khattou – Glénat – 2025
Graphiquement, c’est un bijou en noir et blanc. Loin de donner un côté « austère » à l’album, l’absence de couleurs et le graphisme épuré, concentré sur l’essentiel, renforcent le propos. Le choix du noir et blanc révèle une vision artistique et rappelle les photos de l’époque. Les dessins font la part belle aux personnages et à leurs expressions. Tout comme l’album « La bombe » de D. Alcante, L-F Bollée et D. Rodier, aussi publié dans la collection 1000 Feuilles chez Glénat, le choix du noir et blanc est tellement à propos qu’il semble difficile d’imaginer cet album autrement.
© Kennedy(s) – Philippe Pelaez et Bernard Khattou – Glénat – 2025
Philippe Pelaez et Bernard Khattou se sont attelés à un travail titanesque et le résultat est à la hauteur de la folie du challenge. Le travail de fourmi réalisé est sublimé par une narration intelligente, des visuels faisant « revivre » l’Histoire et un ouvrage aux dimensions appropriées. « Kennedy(s) » est un album brillant, puissant et lumineux !
Une chronique écrite par : Claire
Informations sur l’album :
- Scénario : Philippe Pelaez
- Dessin : Bernard Khattou
- Couleurs : Bernard Khattou
- Éditeur : Glénat, collection 1 000 Feuilles
- Date de sortie : Le 15 octobre 2025
- Pagination : 538 pages en noir et blanc
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