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Je reviens dans six mois

En 1949, Raymond Maufrais s’engage dans un pari complètement fou, celui de traverser la forêt amazonienne pour relier la Guyane au Brésil, seul et à pied sur plus de 700 kms ! De ce voyage qui s’avérera sans retour, il ne reste qu’un carnet de voyage retrouvé sur place. Lucas Landais retrace cette expédition insensée dans l’album Je reviens dans six mois. Bienvenue dans la jungle amazonienne !

© Je reviens dans six mois – Lucas Landais – Albin Michel BD – 2026

16 juin 1949 en gare de Toulon, le jeune Raymond, 23 ans, quitte ses parents, direction Le Havre puis Cayenne, point de départ de son périple. Sur le quai, son père lui annonce « Si tu n’es pas revenu dans six mois, je viens te chercher ». 

Une expédition folle consignée dans des carnets

Quand Raymond Maufrais fait part de son projet, le monde entier lui rit au nez. Il faut dire que sans ressources et sans appui, celui-ci semble bien mal embarqué. Mais Raymond est jeune, idéaliste et a surtout une immense soif de reconnaissance. Lui qui a connu la Seconde Guerre mondiale – dans des circonstances particulières qu’il ne faudrait pas divulgâcher – veut se mettre à l’épreuve et prouver à tous qu’il a l’étoffe d’un aventurier.

© Je reviens dans six mois – Lucas Landais – Albin Michel BD – 2026

Cette histoire est d’autant plus dingue qu’elle est réelle. Lucas Landais la met en scène avec brio, alternant entre des dialogues romancés et des extraits du journal de bord de Raymond Maufrais retrouvé par un Amérindien en 1950. La puissance narrative saisit le lecteur dès le départ et l’invite à faire le voyage aux côtés de Raymond. L’explorateur fait preuve d’un optimisme à toute épreuve mais il faut bien avouer qu’il va cumuler les déboires. Malgré tout, dans ses carnets, Raymond ne manque pas d’humour et d’auto-dérision et Lucas Landais réussit à prolonger ce ton et cette atmosphère dans les dialogues qu’il crée et les rencontres du jeune aventurier. Le personnage de Raymond est rocambolesque mais aussi dévoré par des angoisses et des hallucinations qui sont remarquablement rendues dans l’album. L’authenticité de ce témoignage, qui a été écrit avec une plume un peu cynique mais toujours sincère, touche particulièrement le lecteur qui ne peut s’empêcher d’être admiratif de ce voyage tout en étant désolé de la tournure que prend celui-ci. D’un exploit sur le papier au départ, ce périple se transforme en désarroi puis en cauchemar absolu.

© Je reviens dans six mois – Lucas Landais – Albin Michel BD – 2026

L’Amazonie dans toute sa splendeur

Lucas Landais rend ici un très bel hommage à Raymond Maufrais et à son challenge par la transcription graphique qu’il en fait. Il impulse un véritable rythme à l’album, enchaînant les rencontres, les déboires et les souvenirs de Raymond à une vitesse folle tout en prenant le temps de s’appesantir sur la beauté de la faune et de la flore rencontrées. De là naît une immersion totale pour le lecteur qui oscille, avec bonheur, entre une vie à cent à l’heure avec les jours du journal de bord qui défilent et un temps qui s’arrête autour d’un oiseau ou d’un papillon. Certaines planches autour de la jungle sont mémorables. L’auteur plonge le lecteur au cœur de la forêt amazonienne, soulignant par son dessin les changements de météo et le passage d’une nature fascinante à un environnement hostile. Grâce aux carnets de voyage, Lucas Landais raconte et dessine non seulement ce que Raymond Maufrais vit mais aussi ce qu’il ressent au plus profond de son être, autour notamment de ses souvenirs et de ses angoisses liées à la Seconde Guerre mondiale. Le jeu des couleurs d’Elisa Cellier fait mouche notamment avec une utilisation de différentes nuances de rouge pour les réminiscences de Raymond. Elisa Cellier a aussi utilisé la technique des cartes à gratter – consistant à gratter une feuille blanche recouverte d’un enduit noir – , renforçant la puissance de certains visuels, les apparentant à des gravures. Une postface de Geoffroi Crunelle, Président de l’Association des Amis d’Edgar et Raymond Maufrais, boucle cet ouvrage avec des photos en noir et blanc de l’explorateur accentuant encore l’intensité de l’album.

© Je reviens dans six mois – Lucas Landais – Albin Michel BD – 2026

Le destin de Raymond Maufrais illustre parfaitement la citation « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » attribuée à Mark Twain. Le journal de bord de l’aventurier a été publié en 1952 sous le titre « Aventures en Guyane » et est régulièrement réédité, témoignant de l’intérêt toujours présent pour ces récits d’aventure qui captivent et fascinent. Je reviens dans six mois offre une très belle mise en lumière à ce personnage atypique tout en révélant tout le talent de Lucas Landais qui impressionne par la maturité de son regard et la richesse de sa narration. 

© Je reviens dans six mois – Lucas Landais – Albin Michel BD – 2026

Une chronique écrite par : Claire

Informations sur l’album :

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