Qui aurait pu imaginer qu’un livre écrit pour raconter sa propre histoire aurait un impact sur la vie d’inconnus ? Lors d’une séance de dédicaces, l’auteur Jung rencontre une jeune lectrice sud-coréenne. Celle-ci va le bouleverser, au point qu’il décide de raconter son histoire, qui ressemble à celle de tant d’autres femmes du « Pays du matin calme ».
© Éditions Delcourt, 2025 — Marty, Jung
Depuis son dernier voyage pour affaires en Corée du Sud, Jung, originaire de ce pays, est hanté par la silhouette de Joy, qu’il dessine inlassablement à de (trop) nombreuses reprises. La jeune femme l’avait abordé alors qu’il dédicaçait son premier livre. Elle lui avait expliqué être en plein dilemme : elle était enceinte alors qu’elle était célibataire et étudiante, et tout dans ce pays, des paroles de sa mère au regard des voisins, lui disait d’emmener le bébé en agence d’adoption dès sa naissance. La demoiselle hésitait déjà à abandonner son enfant, mais la lecture de Couleur de Peau : Miel, tout premier livre de Jung, l’en avait complètement dissuadée. Avoir le ressenti d’une personne abandonnée et adoptée l’avait fait réfléchir à l’avenir de son propre enfant, au détriment des avis de son entourage. Mais la rencontre entre l’auteur et la lectrice était de trop courte durée, et Jung vit depuis dans l’ignorance de ce qui est arrivé à l’enfant de Joy.
© Éditions Delcourt, 2025 — Marty, Jung
Comme un rayon de soleil au milieu de paysages gris
Le dessin en quasi-monochrome laisse voir chaque coup de pinceau et chaque coup de plume pour laisser ressortir les différentes techniques qui entrent dans la conception des vignettes. Les dessins de Jung sont reconnaissables : comme dans ses autres ouvrages, ses dessins à l’encre chinoise et à l’aquarelle sont très détaillés et très dépaysants, tant ils décrivent à eux tout seul les villes de Corée du Sud. En-dehors des variations de gris, l’ocre permet de créer un contraste pour valoriser les éléments importants à l’histoire, comme les personnages de Jung et de Joy. Des scènes sont aussi représentées en ombre chinoise sur un fond qui met en valeur la couleur qui est si chère à l’auteur : une teinte dorée qui rappelle le miel, sa couleur de peau, comme expliqué dans son premier livre.
© Éditions Delcourt, 2025 — Marty, Jung
Quand un livre va à l’encontre des mœurs d’un pays
Une nouvelle fois, Jung, avec l’aide de Laëtitia Marty, parle de son sujet favori : l’adoption en Corée. Le récit met en avant un problème majeur de la société sud-coréenne : la difficulté pour une femme seule d’élever un enfant, que ce soit à cause du regard des autres, de la culture de ce pays pourtant très avancé, où le statut social repose sur un modèle très strict et dans lequel la société rejette les mères célibataires, ou encore les aides quasi-inexistantes pour accompagner ces jeunes mamans. Même les orphelinats encouragent à l’abandon, que ce soit en vendant du rêve quant à l’avenir des enfants, ou la mise en place des « boîtes à bébés » pour laisser ses enfants plus facilement et de manière anonyme. Tout est fait pour les pousser à abandonner leur progéniture. Sous la plume de Jung, le lecteur découvre la situation du point de vue de l’auteur, de Joy, mais aussi l’impact de Couleur de Peau : Miel, autobiographie de l’auteur, sur les jeunes femmes sud-coréennes, qui commencent alors se battre pour garder leurs enfants.
© Éditions Delcourt, 2025 — Marty, Jung
Encore et toujours, Jung, accompagné de sa femme Laëtitia Marty, raconte l’adoption en Corée. Mais il a beau déjà avoir offert plusieurs récits sur ce sujet, il n’y a pas de redite. Au contraire, il sait maintenir le lecteur en haleine, en proposant à chaque fois des récits plus ou moins fictifs ou romancés.
© Éditions Delcourt, 2025 — Marty, Jung
Chronique écrite par Séréna MORCIANO
Informations sur l’album :
- Scénario : Laetitia Marty et Jung
- Dessin : Jung
- Couleur : Laetitia Marty
- Éditeur : Delcourt
- Date de sortie : Le 26 mars 2025
- Pagination : 144 pages
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