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De bonne foi

Dans ce one shot inspiré d’un fait divers, Marguerite Boutrolle construit un polar envoûtant se déroulant au cœur du Finistère de 1979, entre tourments intérieurs et réflexion d’ordre politique.

©Dargaud – De bonne foi – Marguerite Boutrolle

Cherchant à se concentrer sur ses études de droit, Judith Chevalier se rend en Bretagne dans le manoir familial, isolé au milieu de nulle part. Dès le début de son séjour, à la télévision comme à la radio, elle entend parler d’un braquage sanguinolant ayant eu lieu dans la région. Les criminels y sont d’ailleurs vivement recherchés ! Rapidement, la jeune étudiante ressent un léger malaise dans la maison et fait des cauchemars à propos d’un garçon ensanglanté… De façon inimaginable, un certain Raymond Treillas, l’un des hommes recherchés, débarque chez elle et lui demande son aide, non sans quelque insistance…

©Dargaud – De bonne foi – Marguerite Boutrolle

Un manoir isolé et des crimes régionaux

Marguerite Boutrolle développe son récit de manière à faire monter l’angoisse. Judith, fille de bonne famille, a choisi sans le savoir le lieu parfait pour vivre un cauchemar sans pouvoir compter sur personne pour la sauver. Dès le début de l’album, la scénariste pose le cadre angoissant qu’elle va utiliser jusqu’à la dernière page : alors que le quotidien de Judith semble rythmé par ses tentatives d’étudier, l’absence de dialogue permet de ressentir avec acuité ses moments de troubles.

©Dargaud – De bonne foi – Marguerite Boutrolle

Lorsque Raymond pénètre dans l’habitation et la force à cohabiter avec lui alors qu’il cherche une solution pour échapper à ses poursuivants, débarquent toute une série d’émotions dérangeantes chez Judith. De page en page, elle oscille entre la peur d’être agressée, la colère face à cette intrusion et même la culpabilité lorsqu’il révèle un passé commun. Dans ce huis clos à l’ambiance oppressante, l’autrice parvient à évoquer avec finesse les années 70 et, dans un tout autre registre, des questionnements importants. Des sujets comme les inégalités sociales ont ainsi toute leur importance au niveau de l’intrigue, Raymond Treillas revenant plusieurs fois sur le côté bourgeois de Judith, ainsi que celui de la peine de mort, encore utilisée en France à cette époque.

©Dargaud – De bonne foi – Marguerite Boutrolle

Une angoisse très graphique

Au dessin, l’autrice opte pour un style minimaliste, avec de légères distorsions des formes, qui accentuent l’aspect inquiétant de l’histoire. En seulement quelques cases par planches, Marguerite Boutrolle parvient à brosser un cadre inquiétant, alternant entre des vues de l’intérieur du manoir et des vues de la baie qui renforcent le sentiment d’isolement des personnages.

©Dargaud – De bonne foi – Marguerite Boutrolle

La sélection de couleurs, limitée, est de l’ordre du rouge et de l’orangé sur fond noir, donnant un effet années 70, en plus de participer au cadre étouffant. Marguerite Boutrolle fait ressentir le temps qui s’égrène lentement en proposant de nombreux plans rapprochés sur de petits éléments et actions quotidiennes montrant Judith apeurée ou dans le désarroi, face à elle-même. L’autrice n’hésite pas à intercaler des planches entièrement recouvertes de couleur noire, pour retranscrire symboliquement les moments les plus critiques ! Le tout a un rendu graphique qui donne beaucoup de style à l’ensemble de l’album. L’intrusion de Raymond dans la maison de famille de la jeune étudiante est à couper le souffle au niveau de la mise en images et garantit le maximum de frissons !

©Dargaud – De bonne foi – Marguerite Boutrolle

Ce huis clos dans un manoir breton entre une jeune femme sans histoire et un criminel recherché lui imposant sa présence a tout pour plaire aux amateurs de polars. De plus, Marguerite Boutrolle marque ce one shot d’une patte graphique originale qui sort clairement du lot, plongeant littéralement le lecteur dans un malaise grandissant, autant que dans d’intéressants questionnements…

©Dargaud – De bonne foi – Marguerite Boutrolle

Une chronique écrite par : Aurélie Dorchy

Informations sur l’album :

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