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Blacksad Stories – Weekly

Le nom, imprononçable, de Dustin Kalisnowszczyzna n’évoque sans doute pas grand-chose au fan du Neuvième Art. Par contre, quand ce personnage est amené à devenir l’amusant trublion Weekly de l’immense série Blacksad, alors plus d’un sourcil est en train de se lever. La saga anthropomorphique de Juan Díaz Canales et Juano Guarnido a le droit à son premier spin-off, centré sur l’attachante fouine photographe, un personnage devenu très important au fil des tomes, basé sur le célèbre photojournaliste Arthur Fellig, alias Weegee, spécialisé dans le scoop de faits divers du New York des années 1930 à 1950. Si Canales est toujours à l’écriture, c’est l’Italien Giovanni Rigano qui se charge du dessin de ce one shot qui en appelle d’autres.

© Blacksad Stories, Weekly – Canales/Rigano – Dargaud, 2025

Dustin est un ado passionné de photo et de sous-culture horrifique en quête d’une place dans la société. Viré de son lycée, il tente de trouver des petits boulots liés à ses passions, au grand dam de sa grand-mère, immigrée ayant fui sa terre bien aimée en Europe de l’Est. Elle qui héberge le petit Dustin, décide alors de le faire rencontrer la pasteure Lubansky, en mission inquisitrice contre les comics qui pervertissent la jeunesse. Celle-ci fera entrer Dustin au service de son mari dans son entreprise de pompes funèbres. Mais les apparences sont souvent trompeuses, et la jeune fouine sera vite mêlée à une affaire trop grande pour lui.

© Blacksad Stories, Weekly – Canales/Rigano – Dargaud, 2025

Un fouineur sachant (bientôt) fouiner

Choisir Weekly pour un premier tome d’histoire dérivée de Blacksad résonne comme une évidence. La petite fouine, apparue dès le second tome, en est l’un des personnages les plus attachants. Maladroit mais malin, parfois ridicule mais toujours au bon endroit au bon moment, il fut créé par Juan Díaz Canales comme contrepoint humoristique à son détective félin. Un duo, classique dans le cinéma hollywoodien, de personnages opposés mais devant collaborer est alors né. Weekly, toujours en retrait par rapport à John Blacksad, s’est vu ajouter, à chaque apparition, des petites touches narratives afin de le développer.

Dans son aventure solo, c’est à la fin de son adolescence et à la naissance de son rôle futur que le scénariste s’intéresse. Pour cela, Canales parvient à éviter le piège de nombreux préquels basés sur un personnage secondaire, à savoir, apporter des réponses à toutes ses caractéristiques dans un temps très restreint. On peut citer, par exemple le film Solo, a Star Wars story, dans lequel Han Solo, en quelques semaines trouvait son surnom, rencontrait son camarade Chewbacca, acquérait le Faucon Millénium et même ses célèbres dés porte-bonheur. Niveau construction crédible de personnage, c’est loin d’être la panacée.

© Blacksad Stories, Weekly – Canales/Rigano – Dargaud, 2025

Dans Weekly, la petite fouine est déjà un photographe amateur passionné et assez irrévérencieux et son évolution vers le protagoniste de Blacksad n’est pas au centre de l’intrigue, mais sera déterminante pour devenir l’adulte de la saga originelle. L’album se concentre en effet sur une histoire familiale, si touchante qu’elle aurait mérité un plus grand développement, et, bien sûr l’enquête. Celle-ci est réellement captivante et baigne dans l’Histoire culturelle américaine.

L’album évoque, en effet, le Comics Code Authority, créé en 1954, interdisant dans les bandes dessinées toute violence ou image jugée perverse par la bien-pensance afin de « protéger la jeunesse ». Un thème résolument moderne au vu de la censure de plus en plus présente dans l’Amérique de Trump. Canales propose toute une galerie de rôles passionnants, de l’exubérante grand-mère de Weekly, déjà évoquée dans Blacksad, à la pasteure plus trouble qu’il n’y paraît. Grâce à ces personnages très caractérisés et plein de vie, le scénariste impose un rythme soutenu mais toujours maîtrisé à son intrigue pleine de rebondissements.

© Blacksad Stories, Weekly – Canales/Rigano – Dargaud, 2025

Réinterpréter l’imaginaire

Giovanni Rigano n’est pas Juanjo Guarnido et, heureusement, il ne cherche pas à l’être. Au lieu de singer le créateur de Blacksad, l’Italien apporte à Weekly son trait plus léger, plus rond, qui colle parfaitement à la jeunesse et la genèse du personnage. S’il est surtout connu pour ses œuvres jeunesse mettant en scènes des enfants, comme dans Tête de Pioche ou Terreurs des Mers, ou des récits plus engagés comme Migrant et Climat, le prolifique illustrateur a, déjà en 2025, pu s’exprimer dans le domaine anthropomorphique avec le troisième tome de la série Au Chant des Grenouilles. Quittant la candeur des enfants de la forêt et leurs petites aventures, que l’on retrouve, comme un clin d’œil dans la première case de Weekly, Giovanni Rigano semble tout aussi à l’aise dans l’oppressant New York fantasmé de Blacksad.

© Blacksad Stories, Weekly – Canales/Rigano – Dargaud, 2025

Les détails fourmillant dans les cases, notamment dans des arrières-plans riches de personnages et des décors précis, sont une des grandes marques de fabrique de Blacksad. Giovanni Rigano, là encore, n’imite pas mais garde sa patte avec des fonds plus doux, généralement sans encrage sur lesquels les personnages ressortent parfaitement. Il garde toutefois, dans les plans large, l’esprit de Guarnido en proposant des petites saynètes anodines par des figurants qui ne participent pas à l’intrigue mais rendent plus palpable l’univers de la série. L’illustrateur italien est passé par l’académie Disney et cela se sent parfois tant certaines cases pourraient être des captures d’un film réussi de chez Mickey & Cie. Ce constat se retrouve également dans le travail de couleurs, assuré par Rigano, avec une palette sobre et un soin tout particulier sur les ombres et lumières.

© Blacksad Stories, Weekly – Canales/Rigano – Dargaud, 2025

En ne cherchant pas à prolonger l’expérience Blacksad en la singeant, mais plutôt à proposer un récit au ton très différent, plus proche du personnage de Weekly, Juan Díaz Canales a peut-être trouvé la bonne formule pour un préquel/spin-off pertinent. Ce premier Blacksad Stories peut se lire sans connaître la série mère et propose un moment agréable de lecture, notamment, aussi, grâce aux superbes planches de Giovanni Rigano qui ne cherche pas à imiterJuanjoGuarnido, tout en gardant, parfois, quelques spécificités de Blacksad, comme les arrières plans où la vie grouille. L’univers de Blacksad a encore de beaux jours devant lui avec un huitième tome prévu pour 2027 et des Stories envisagés sur Alma ou Smirnov.

Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© Blacksad Stories, Weekly – Canales/Rigano – Dargaud, 2025

Informations sur l’album : 

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