Neuvième étape au cœur des Terres d’Ogon, l’album Sundiaka réunit le scénariste Jean-Luc Istin, le dessinateur Marco Itri et le coloriste Olivier Héban sous la bannière des Éditions Soleil. Si cet ouvrage interpelle, c’est autant par sa fidélité à l’ambiance de la série que par sa construction. En rompant avec le format habituel des one-shots, cette histoire en deux tomes permet d’approfondir le récit sous toutes ses coutures, donnant à l’intrigue une belle générosité… et encore plus de matière à savourer !
Ce tome met en lumière le parcours de Sundiaka, fils d’un roi nain Nwa’nta, présenté comme un jeune intimidateur. Après s’être attaqué à un estropié de son âge, Ota, la confrontation tourne au drame et se termine par la mort de ce dernier lors d’un duel qui dégénère. À la suite de cet événement, le prince se retrouve frappé d’une malédiction qui le rend aveugle. Considérés comme maudits et porteurs de malheur au sein des clans Nwa’nta, les aveugles subissent le rejet, ce qui conduit le roi à bannir son propre fils de la tribu. Ce bannissement pousse Sundiaka à l’errance, loin du territoire sur lequel il aurait dû régner, emportant avec lui ses démons et les traumatismes d’une faute irréparable.
Une immersion portée par une grande richesse mythologique
Pour dépeindre cette intériorité tourmentée, le scénariste Jean-Luc Istin fait le choix d’un registre de langue parlé, cru voire familier, reflétant la spontanéité et la rudesse de ce contexte tribal. Ce niveau de langue ne concerne que certains protagonistes, à commencer par le personnage principal, Sundiaka. Ce ton correspond ainsi parfaitement à sa personnalité tout en lui insufflant une vraie rugosité, apportant du réalisme aux échanges ainsi qu’à la voix narrative. Cette incarnation brute s’inscrit dans un univers tout aussi singulier. La construction du récit combine les figures traditionnelles de la fantasy, comme les nains, les orcs ou le bestiaire fantastique, avec des motifs d’inspiration africaine et précolombienne. Cet univers met en scène des sociétés régies par des structures hiérarchiques strictes, où chaque individu est amené à tenir son rang, bien que certains marginaux s’en affranchissent, à l’image de Yaa, le maître guerrier solitaire qui va recueillir Sundiaka. La dimension mystique y occupe aussi une place prépondérante : la frontière entre le royaume des vivants, la magie et les superstitions demeure particulièrement ténue.
Grâce à ce cadre recherché et à un vocabulaire spécifique au fil des pages – complété par un glossaire en fin d’ouvrage – l’immersion s’avère particulièrement réussie. Cette expérience de lecture est d’autant plus appréciable que la découverte des tomes peut se faire de manière indépendante tout en enrichissant une fresque globale, offrant ainsi l’opportunité de changer régulièrement d’ambiance et de ton d’un album à l’autre.
Cependant, le revers de cette richesse et de cette liberté réside dans le rythme de parution élevé de la série. La profusion des sorties à une cadence aussi soutenue montre une dynamique impressionnante, mais elle impose un suivi exigeant. Vouloir se procurer l’intégralité des titres des Mondes d’Aquilon demande non seulement un investissement financier conséquent, mais aussi de la place pour stocker cette imposante fresque.
La force du dessin et de la couleur
Sur le plan plastique, Marco Itri livre une mise en scène audacieuse. Sur certaines planches clés, une grande illustration en fond de page sert d’ancrage général sous des vignettes superposées, créant un effet de profondeur très particulier. Cette superposition modernise la structure de la planche et donne l’impression d’une continuité spatiale ou temporelle, où les cases posées en surimpression isolent des moments précis, des réactions ou des détails du mouvement. Certains bandeaux ou cases resserrent le champ sur un élément, par exemple un regard, une prise ou un détail de mouvement, tout en donnant le sentiment de flotter librement. Ce découpage enrichit la trajectoire de lecture car les vignettes s’intègrent au décor avec naturel, guidant l’œil de manière fluide entre l’ambiance générale et les détails ciblés.
Du côté des couleurs, le travail d’Olivier Héban dépasse la simple différenciation des décors pour s’inscrire dans un rapport très fort aux éléments. On y retrouve une dimension minérale et végétale permanente : la matière est palpable, qu’il s’agisse de la poussière et des reliefs arides à travers les ocres, de l’eau marécageuse ou torrentielle portée par des bleus et turquoises intenses, ou de la rigueur de la neige, dont la froideur vient trancher avec les teintes chaudes du personnage. Cet ancrage très terrien est sublimé par un jeu de contrastes marqués et des jeux de lumière qui apportent de la brillance aux peaux, aux ornements et aux surfaces, ce qui donne une belle présence visuelle à l’ensemble.
Ce récit habilement mené ravira les amateurs d’action et de fantasy grâce à une succession de combats qui illustrent la variété des peuples en présence. La progression dramatique, construite en crescendo, culmine dans un final saisissant qui rebat toutes les cartes. L’appel du second volet se fait déjà sentir : un « à suivre » particulièrement prometteur !
Chronique écrite par : Charlotte Claeys
Informations sur l’album :
- Scénario : Jean-Luc Istin
- Dessin : Marco Itri
- Couleur : Olivier Héban
- Éditeur : Éditions Soleil
- Date de sortie (Québec) : 07/08/2026
- Pagination : 47 pages en couleurs
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