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Son of a gun !

Avec son nom rappelant une célèbre insulte anglophone* et sa couverture aux allures de vieille affiche de cinéma avec des personnages aux bonnes tronches caricaturales, Son of a Gun ! annonce la couleur d’une comédie western déjantée. Les fines gâchettes Philippe Pelaez et Sébastien Corbet dégainent leurs crayons pour un one shot qui sent bon la poudre et les grands espaces.

Après un braquage couronné de succès à la fin duquel il a abattu le shérif, Kentucky T. McBride décide de trahir ses camarades et de devenir le nouveau représentant de la loi de la petite ville. Passant pour un héros une fois deux des trois voleurs attrapés et tués, et malgré la « fuite » du troisième avec le magot, il empoche la prime et décide d’aller voir si le sable est plus jaune ailleurs. C’était sans compter sur une desperado avec son chien des plus agressifs, et un binoclard nain traînant une chèvre, seule capable de retrouver le trésor qu’il a enfoui dans une mine labyrinthique.

© Son of a gun ! – Pelaez, Corbet – 2026

« J’peux pas blairer les animaux ! »

Son of a Gun ! commence de la façon la plus agaçante qu’il soit : un personnage dans une situation des plus inconfortables dont l’album consistera à montrer au lecteur les événements qui ont mené à elle. Un procédé usité, mais qui, ici, fonctionne à la perfection puisqu’en plus d’être drôle, il permet à Philippe Pelaez de poser les enjeux de son récit, et même d’en « spoiler » un, tellement absurde qu’il donne furieusement envie au lecteur de découvrir pourquoi cette chèvre sur le point de faire une chute mortelle est si importante. Cette introduction présente également un trait de caractère du protagoniste, et son « amour » des animaux.

Scénariste aussi prolifique que talentueux, Philippe Pelaez s’était déjà récemment frotté au western avec l’excellente série Six, mais de façon beaucoup plus sérieuse qu’avec Son of a Gun ! Ici, l’auteur s’amuse avec les codes du western en les détournant avec respect. Le lecteur retrouvera ainsi braquage de banque, duels au colt, ou chevauchées dans les vastes étendues désertiques du Mexique. Certes, malgré le grand nombre de morts, on ne s’inquiètera jamais vraiment de la vie des anti-héros, mais le propos n’est pas là. Loin d’être réaliste, l’intrigue est un moment de détente où la plupart des gags fait mouche.

© Son of a gun ! – Pelaez, Corbet – 2026

« Bêêêêêêêêêê ! »

Si la couverture de Son of a Gun ! donne le ton comique du récit, elle est également un peu trompeuse. En effet, l’ensemble est plutôt agréable mais les personnages, notamment Dolorès, ne sont pas particulièrement réussis, et risquent d’inciter plusieurs lecteurs potentiels à passer leur chemin sans ouvrir l’album. Et pourtant que les planches sont belles ! Les tronches des protagonistes donnent lieu à des expressions exagérées du plus bel effet ou, au contraire, à des moments de froideur presque iconiques de charisme. La tenue vestimentaire de Kentucky très « luckylukienne », pour un personnage à l’opposé de celui de Morris, ajoute à l’ironie du braqueur-shérif-aventurier.

L’humour, dans Son of a Gun !,ne naît pas seulement de l’enchaînement de scènes comiques, mais également dans le dessin de Sébastien Corbet. Surtout connu pour ses albums historiques, l’illustrateur lâche la bride de sa créativité et semble prendre un plaisir fou à malmener ses personnages avec une mise en scène dynamique dans des gaufriers généralement assez classiques pour un résultat très cinématographique particulièrement réussi. Les décors, simples, généralement esquissés, mettent en valeur les personnages et l’action, tout comme les couleurs, assurées par Sébastien Corbet, vives et chaleureuses.

© Son of a gun ! – Pelaez, Corbet – 2026

Le western est revenu en force dans le neuvième art ces dernières années et il devient difficile pour les auteurs de se démarquer. Son of a Gun !n’en est pas la première version comique récente mais parvient tout de même à apporter sa pierre à l’édifice en reprenant les codes du genre et en les détournant, le tout dans un récit aux enjeux réels. Hommage à la Trilogie du Dollar de Sergio Leone, de son affiche à son intrigue, mais aussi au plus célèbre cowboy de la BD franco-belge, le one shot de Philippe Pelaez et Sébastien Corbet se lit avec un plaisir indéniable, grâce à un humour efficace et des planches très réussies.Et une chèvre.

Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

* l’expression « Son of a gun », beaucoup moins connue en France, existe également, euphémisme de « Son of a bitch », souvent utilisée de façon plus positive pour marquer son étonnement.

© Son of a gun ! – Pelaez, Corbet – 2026

Informations sur l’album :

© Son of a gun ! – Pelaez, Corbet – 2026

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