Après Wanted : portrait de sang en 2023 et Skinwalker en 2025, le dessinateur Steven Dhondt revient dans son far-West fantastique et horrifique avec Silent Rose, six notes sous terre, pour lequel il retrouve le scénariste de Wanted, David Boriau. Une couverture qui suscite plein d’interrogations dans un esprit qui semble plus léger que les deux premiers titres mais promet son lot de violence avec ce flingue et ce poing américain bien en évidence. Et le retour d’un des personnages emblématiques de Wanted : la tireuse d’élite impitoyable Silent Rose.
© Silent Rose, six notes sous terre – Boriau/Dhondt – Drakoo, 2026
Après leur confrontation avec les hors-la-loi dirigés par « l’Homme aux sourcils brûlés », le photographe ambulant, son protégé cheyenne Dull, aux pouvoirs étranges, la tireuse d’élite Silent Rose et son colossal frère sourd et muet, gravement blessé, Bass, ont repris la route. À l’approche de la ville de Flagstone, les adieux sont proches. Silent Rose y a une amie doctoresse qui pourra les soigner, Bass et elle. Mais à l’arrivée dans la bourgade, ils ne trouvent que des cadavres. Les habitants semblent s’être entre-tués. Le quatuor se dirige alors vers Tuco, où Oscar et Dull laissent le frère et la sœur. Ceux-ci font peu après la rencontre du marshal Somerton, ex confédéré, et du pianiste ambulant afro-américain Wiggins. Ce dernier parle alors à Rose d’une malédiction, à l’origine du carnage de Flagstone, et conseille à la jeune femme de quitter au plus vite la ville.
© Silent Rose, six notes sous terre – Boriau/Dhondt – Drakoo, 2026
« J’ai retenu la leçon. »
Bien qu’étant sa suite, il n’est pas indispensable d’avoir lu Wanted avant d’attaquer Silent Rose. Le premier étant très qualitatif, nous ne saurions que vous le conseiller tout de même. David Boriau raconte suffisamment sur le passé des personnages, et le fait que deux soient blessés est loin d’être surprenant dans l’Ouest sauvage, pour que le lecteur ne soit jamais perdu. Toutefois, certaines allusions sont plus explicites pour qui connaît déjà le premier épisode. L’album s’ouvre donc sur un feu de camp, figure obligée du western itinérant, et moment où les langues se délient. L’essentiel est ici posé pour la suite : les adieux à venir, la surdité de Bass et sa cause, les blessures de Rose et son frère et la destination pour les soigner. Un lieu que les protagonistes ne tardent pas à atteindre et l’intrigue démarre alors réellement. Pas encore dans le fantastique, même si le doute plane, mais déjà dans un mystère. Que s’est-il passé à Flagstone ?
© Silent Rose, six notes sous terre – Boriau/Dhondt – Drakoo, 2026
Si la réponse peut être multiple pour le lecteur qui découvre la saga de Steven Dhondt – attaque de bandits, règlements de compte entre deux clans – pour celui qui a déjà lu Wanted et Skinwalker, il n’y a pas de doute : le carnage est d’origine surnaturelle et va entraîner les personnage vers la terreur. L’une des grandes forces des récits de la trilogie, c’est de proposer une magie à la fois classique et ancestrale mais aussi relativement originale. Après les « portraits vaudous » du premier récit et les créatures légendaires en version survitaminées du second, c’est une nouvelle forme de surnaturel qui fait irruption dans les planches de Silent Rose. La musique adoucit les mœurs parait-il. David Boriau n’est pas de cet avis et son scénario va alors mélanger les genres, entre western, action débridée, tension horrifique mais aussi une petite dose de drame, de politique et de romance mignonne. Le tout dans un ensemble totalement cohérent où chaque scène s’articule parfaitement à la précédente.
© Silent Rose, six notes sous terre – Boriau/Dhondt – Drakoo, 2026
« Notre couleur nous transforme en défouloir. »
Avec un tel mélange des genres et un jusqu’auboutisme totalement assumé, Steven Dhondt prend un plaisir évident à mettre en scène cette intrigue débridée. Les coups de poing de Bass font autant de ravages dans les tronches de ses adversaires que dans les lois de la physique et de l’anatomie, la violence graphique fait de nombreuses apparitions jouissives et riches en litres d’hémoglobine versés ou projetées. Cette mise en scène ultra visuelle sans concession apporte même un humour indéniable, et un peu coupable, à l’intrigue très sombre de Silent Rose. Une certaine forme de légèreté beaucoup plus présente que dans les deux premières aventures et qui n’est pas sans rappeler les films de Quentin Tarantino ou Robert Rodriguez, Une Nuit en Enfer, entre autres. C’est également le cas via quelques punchlines assez savoureuses mais qui ne viennent jamais dédramatiser les enjeux.
© Silent Rose, six notes sous terre – Boriau/Dhondt – Drakoo, 2026
Très habituel dans la saga, en revanche, les protagonistes et antagonistes ont de vraies bonnes gueules qui rendent un bel hommage à leur construction narrative. Bien que relativement caricaturale celle-ci se révèle diablement efficace, se permettant même quelques moments ou le manichéisme s’efface un peu. Le charismes de certains personnages est encore mis en évidence par le choix de certains plans, souvent cinématographiques, parfois même iconiques, notamment ceux montrant l’ampleur du colosse Bass et la puissance de ses coups. Les décors sont riches en détails, notamment les rues, totalement immersives. Steven Dhondt assure lui-même les couleurs de l’album avec comme un filtre chaud qui accentue le coté cinématographique des planches.
© Silent Rose, six notes sous terre – Boriau/Dhondt – Drakoo, 2026
Si la série télé les Mystères de l’Ouest passait sous la moulinette du réalisateur Sam Raimi, cela pourrait donner Silent Rose. Violence graphique jouissive et parfois presque absurde, concept magique déjanté mais ravageur, personnages charismatiques et plein de gouaille, dialogues ciselés et action débridée, ce nouvel épisode de ce que Drakoo appelle Shadows of the West* est une réussite qui ne cherche jamais à prétendre n’être plus qu’un pur divertissement. Mission accomplie, en espérant une nouvelle aventure des frangins Bass et Rose.
Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard
* du nom du coffret regroupant Wanted et Skinwalker paru le même jour que Silent Rose.
© Silent Rose, six notes sous terre – Boriau/Dhondt – Drakoo, 2026
Informations sur l’album :
- Scénario : David Boriau
- Dessin : Steven Dhondt
- Couleurs : Steven Dhondt
- Éditeur : Drakoo
- Date de sortie : 30/09/2026
- Pagination : 92 pages en couleurs
© Silent Rose, six notes sous terre – Boriau/Dhondt – Drakoo, 2026
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