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Les Quatre de Baker Street tome 11 : Le mystère de Southwark

Dix-sept ans après leur premier tome, Les Quatre de Baker Street débarquent pour un onzième épisode. Un succès qui est devenu rare en bande dessinée aujourd’hui, fruit d’un renouvellement dans la continuité pour la série de Jean-Blaise Djian, Olivier Legrand et David Etien. L’aura de Sherlock Holmes, jamais démentie, fait le reste.

© Les Quatre de Baker Street – Djian/Legrand/Etien – Vents d’Ouest, 2026

Ça fait maintenant plus de sept ans que Billy, Charlie et leur chat Watson travaillent en sous-marin pour Sherlock Holmes. L’impétueux Tom, le quatrième « franc-tireur » a récemment été renvoyé par le détective et le jeune homme refuse tout rapprochement avec lui. Avec Charlie qui s’épanouit dans ses prestations scéniques, seul Billy reste fidèle au poste. Mais lorsque Wiggins, ancien chef des Francs-tireurs, celui qui avait recruté Tom et les autres, se rend au 221B Baker Street pour mourir dans les bras de Watson, victime d’un coup de couteau à la précision chirurgicale, le trio retrouve ses réflexes et fait front.

© Les Quatre de Baker Street – Djian/Legrand/Etien – Vents d’Ouest, 2026

Le Signe des Quatre

Les gamins des rues qui aident Sherlock Holmes apparaissent dès le premier roman du canon holmesien, Une Étude en Rouge (1887). Appelés les « Irregulars » (irréguliers), beaucoup de traductions officielles ont choisi de l’adapter sous le nom des « Francs-Tireurs ». Sir Arthur Conan Doyle les utilisait comme un groupe d’anonymes, un tout indivisible, en dehors de leur chef, Wiggins. Jean-Blaise Djian et Olivier Legrand ont gardé le nom de « Francs-Tireurs » mais en inventant de toute pièces trois gamins : le malin Billy, Charlie, la fille qui se déguise en garçon et Tom, l’électron libre bagarreur.

Le quatrième membre est le chat Watson. Un choix à première vue assez faible scénaristiquement, mais le félin a souvent fait taire ses détracteurs en tenant un rôle important dans certaines intrigues. C’est une nouvelle fois le cas dans ce onzième tome. Plus qu’une mascotte, mais sans jamais être envahissant, car les scénarios sont vraiment centrés sur les trois gosses, devenus des ados. Billy, Charlie et Tom ont, en effet, grandi, et surtout mûri. Les caractères s’affirment, de même que les réactions et les paroles. Cette évolution, au fil des tomes, est l’un des principaux atouts de la série. En tous cas, elle lui permet de se renouveler malgré des enquêtes parfois assez proches.

© Les Quatre de Baker Street – Djian/Legrand/Etien – Vents d’Ouest, 2026

L’aventure de la bande mouchetée

Devant une même situation, les trois enfants du premier tome n’auraient pas réagi comme le font les adolescents de cet onzième épisode. Pourtant ils suscitent le même attachement. Le lecteur les a vu évoluer, gagner en assurance, en caractère et en indépendance. Le trio donne des signes de dislocation ; Tom qui veut quitter Londres, Charlie qui se détourne de plus en plus de son rôle de Franc-Tireur pour s’épanouir dans celui de chanteuse de cabaret, assumant à la fois sa féminité et même des sentiments amoureux.

Alors, il faut un électrochoc pour redonner vie et consistance au trio. Les scénaristes tuent donc le seul « irregular » de Doyle : Wiggins. Celui par qui tout a commencé. Un sacrifice très judicieux et amené de façon très émouvante par Djian et Legrand dans une scène tragique magnifique et très cinématographique. L’alchimie renouvelée des Franc-Tireurs est totalement logique et d’une grande intensité narrative, sans perdre toutefois de vue sa fragilité due aux événements des tomes précédents. Une intensité qui se retrouve alors dans l’avancée de l’intrigue, avec pertes et fracas pour un membre du trio notamment.

L’intrigue, justement, est liée à deux événements : la mort de Wiggins et la disparition d’un jeune homme, au grand désespoir de sa sœur qui avait justement sollicité Wiggins pour le retrouver. Une nouvelle occasion pour les Francs-Tireurs de plonger dans les bas-fonds londoniens dans une enquête qui n’a rien de révolutionnaire mais fonctionne très bien grâce à l’attachement du lecteur pour Billy, Charlie et Tom. Une nouvelle fois, Sherlock Holmes est poussé vers la sortie, devenant une question récurrente de la série : comment le détective va-t-il s’effacer ? Ici, une mission d’espionnage à Berlin, absente des écrits de Doyle mais qui se retrouve dans Les Dossiers Secrets de Sherlock Holmes, pastiches allemands de 1907.

© Les Quatre de Baker Street – Djian/Legrand/Etien – Vents d’Ouest, 2026

Le marchand de couleurs

Personnages attachants, intrigue efficace, encore faut-il emballer tout ça dans un bel écrin. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que David Etien est un joaillier de grand talent, avec une bibliographie des plus prestigieuses : la Quête de l’Oiseau du Temps, Thorgal Saga, Champignac… Et les onze tomes des Quatre de Baker Street où sa maîtrise des personnages et des décors fait merveille, notamment dans le vieillissement de ceux-ci. Aligner les couvertures de la série, c’est illustrer la perfection de l’évolution graphique de protagonistes entre l’enfance et la fin de l’adolescence. Tout comme leur caractères, les traits physiques du trio s’affirment tout au long de la saga, en particulier avec des regards qui se durcissent.

Pour Holmes et Watson, David Etien s’inspire du duo d’acteurs Jeremy Brett (1933-1995) et David Burke (19934-2026), qui ont donné vie au détective et au docteur dans la mythique sérié de la Granada Television dans les années 1980 et 1990. Un choix qui ravira les fans du programme et fait un pont parfait entre les générations de lecteurs des Quatre de Baker Street. Les décors londoniens sont superbes mais ne prennent jamais trop de place : ici la City n’est pas un personnage envahissant mais bel et bien le théâtre des aventures de protagonistes profondément humains.

© Les Quatre de Baker Street – Djian/Legrand/Etien – Vents d’Ouest, 2026

L’impression d’une fin imminente pour les Quatre de Baker Street depuis le tome précédent, au moins, semble de plus en plus se confirmer. Les enfants grandissent, leurs priorités évoluent, tout comme leur quotidien. Si c’est bel et bien le cas, il est indéniable de dire que Jean-Blaise Djian et Olivier Legrand soignent tout particulièrement bien la sortie de leurs protagonistes. Avec un récit plus sombre qui mûrit avec ses personnages, ce onzième épisode est vraiment réussi et attise la curiosité pour le prochain. Peut-être le chant du cygne des Francs-Tireurs ?

Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© Les Quatre de Baker Street – Djian/Legrand/Etien – Vents d’Ouest, 2026

Informations sur l’album :

© Les Quatre de Baker Street – Djian/Legrand/Etien – Vents d’Ouest, 2026

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