Parfois, un événement bouleverse le cours de notre existence, sans que l’on s’y attende. Le procès des viols de Mazan s’est immiscé, un peu par hasard, dans la vie de Julie Émile Fabre et a télescopé son projet d’écriture en cours. Il en ressort un récit graphique intense, mi-autobiographique et mi-judiciaire, sur les violences faites aux femmes.
© Le procès – Julie Émile Fabre – Morgen – 2026
Julie Émile Fabre n’est ni journaliste, ni avocate, ni passionnée par les audiences judiciaires. Pourtant, quand elle se rend au Tribunal d’Avignon ce matin du 30 septembre 2024 pour le procès Pelicot, elle est happée par cette affaire qui va devenir son quotidien pendant plusieurs mois. Pour rappel, une cinquantaine d’hommes sont accusés de viols sur Gisèle Pelicot, droguée à son insu par son mari Dominique Pelicot. Le huis-clos ayant été levé par la victime, elle assiste à cette première matinée dans la salle de retransmission télévisée. Elle, qui cherche des réponses à ses angoisses et son mal-être, ressent le besoin vital d’être au plus près des accusés et de la victime. En obtenant l’accréditation comme dessinatrice dans ce procès, elle va rejoindre la salle d’audience et assister directement aux débats.
© Le procès – Julie Émile Fabre – Morgen – 2026
Des violences faites aux femmes
Dans ce récit, l’autrice tisse un lien étroit entre les audiences du procès Pelicot et les violences intrafamiliales qu’elle a vécues. L’ouvrage est divisé en chapitres dans lesquels Julie Émile Fabre alterne entre la retranscription de ce qu’elle voit, entend et perçoit dans la salle du Tribunal d’Avignon et ce qu’elle a subi dans sa vie. La première page de Le procès donne le ton « Je n’ai pas été violée mais le viol me concerne ». L’autrice, en acceptant de livrer son histoire, démontre que les violences peuvent prendre de multiples formes. L’idée n’est pas de hiérarchiser ces actes mais bien de comprendre les différents types de violences comme outils de domination et de soumission.
© Le procès – Julie Émile Fabre – Morgen – 2026
Avec des extraits « chocs » des auditions des accusés, elle livre une vision absolument abjecte de notre société, pour laquelle il est pourtant nécessaire d’analyser les mécanismes en jeu. Car l’autrice le rappelle haut et fort : les crimes commis et jugés pendant le procès Pelicot ne sont pas le fait de monstres mais d’individus auteurs de violences sexistes et sexuelles dans un système qui peine à les dénoncer. En analysant son propre vécu, l’autrice explore dans ses souvenirs familiaux, professionnels et amicaux tous les prémices et les signes des violences et interroge la manière dont la société les accepte. Il est consternant, dans le procès Pelicot, de se rendre compte à quel point la notion de consentement semble échapper à bon nombre d’accusés.
© Le procès – Julie Émile Fabre – Morgen – 2026
Le dessin comme exutoire
Julie Émile Fabre pratique le dessin depuis toujours et a de multiples cordes à son arc, étant artiste, agrégée, docteur en arts plastiques, chercheuse, critique d’art et commissaire d’exposition indépendante. Pour Le procès, qui est son premier livre, elle alterne les croquis judiciaires avec des dessins plus personnels qui transcrivent ses émotions. En dessinant les différentes parties prenantes de l’audience, elle confronte le lecteur à leurs images, forçant ainsi à regarder en face ce que chacun, individuellement et collectivement, n’a pas réussi à empêcher. Elle s’attache à retranscrire les expressions corporelles et l’atmosphère de ce procès, en captant, dans l’urgence, la fugacité d’un regard ou d’un silence. Les traits sont bruts, comme fébriles, reflétant sûrement l’état de l’autrice dans cette salle d’audience. Mêlant les styles – du graphisme crayonné à l’aquarelle et du noir et blanc à la couleur -, les dessins agissent comme le prolongement des propos. Julie Émile Fabre dessine ce qu’elle voit mais surtout ce qu’elle sent dans ses tripes. Le dessin ne cherche pas à séduire mais bien à « faire ressentir » et le résultat est saisissant.
© Le procès – Julie Émile Fabre – Morgen – 2026
Un ouvrage d’une grande puissance grâce à l’implication personnelle de l’autrice, qui regarde, droit dans les yeux et sans artifice, le viol et toutes les formes de violence. Un récit « choc » et nécessaire que l’on traverse en apnée !
Pour public averti
Une chronique écrite par : Claire
Informations sur l’album :
- Scénario : Julie Émile Fabre
- Dessin : Julie Émile Fabre
- Couleurs : Julie Émile Fabre
- Éditeur : Morgen BD
- Date de sortie : 04/03/2026
- Pagination : 200 pages
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