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Le livre qui ne tenait qu’à un fil

Le livre qui ne tenait qu’à un fil, second tome de la série “La bibliothèque enchantée”, est une invitation à plonger, de nouveau, dans le quotidien mouvementé d’Alice. La trame narrative de cette œuvre s’appuie sur l’imaginaire de Jocelyn Boisvert, auteur dont la réputation s’est solidifiée avec sa série de romans “Les héros de ma classe”. Le récit met en scène la lectrice intrépide qui, cette fois, voit son aventure prendre une tournure inattendue lorsqu’elle tire sur une étrange corde dépassant d’un ouvrage ancien.

Le livre qui ne tenait qu’à un fil©Éditions Michel Quintin – Jocelyn Boisvert

L’immersion se manifeste par une gémellité entre l’objet physique manipulé par le lecteur et celui d’Alice. Grâce à ses pages de garde marbrées, typiques des ouvrages précieux et anciens, l’aspect du livre révèle tout de suite son caractère spécial, comme ceux qui se trouvent sur la tablette de la bibliothèque d’Alice. Les livres de la collection bibliothèque enchantée invitent ainsi à se glisser à l’intérieur de l’histoire, aux côtés de la fillette.

L’objet-livre comme espace d’exploration

Dans ce nouvel opus, le changement d’illustrateur apporte une dynamique particulière. Julie Rocheleau, dont le talent s’est notamment illustré dans Globe trotteuse (2025 ; Dargaud), insuffle une énergie graphique singulière. La structure même de la bande dessinée devient un terrain de jeu : alors que la réalité, à l’extérieur du livre, se déploie en couleurs dans un gaufrier très classique, le récit bascule, dès l’entrée dans l’histoire, dans un noir et blanc nuancé de gris qui s’affranchit de cette rigidité.

Hors du livre : une réalité codifiée et colorée©Le livre qui ne tenait qu’à un fil – Éditions Michel Quintin – Jocelyn Boisvert

Dans l’histoire : immersion et liberté graphique en noir et blanc©Le livre qui ne tenait qu’à un fil – Éditions Michel Quintin – Jocelyn Boisvert

Pour parfaire cette sensation d’immersion totale, l’aventure s’étale sur des doubles pages, plongeant pleinement le lecteur dans l’univers exploré par Alice. Les bulles, loin d’être de simples contenants de texte, deviennent alors des éléments moteurs de la composition, occupant l’espace pour créer une lecture fluide et hautement dynamique.

Doubles pages et bulles dictent le mouvement©Le livre qui ne tenait qu’à un fil – Éditions Michel Quintin – Jocelyn Boisvert

Quand le récit se fait marionnettiste

Le scénario, fidèle à l’esprit du premier tome, “Le livre aspirateur”, joue brillamment sur la mise en abyme. Alice, en tombant dans ce nouveau livre, assomme le héros. Ce dernier, loin du grand aventurier attendu, se révèle être un personnage sans ennemi, désœuvré et oisif, utilisant le fil narratif de son histoire pour faire sécher son linge. Ce détournement du fil conducteur en simple corde à linge est jubilatoire : il transforme une intrigue désespérément plate en une situation absurde. Cela permet à Alice de ne pas simplement subir le récit, mais de tirer littéralement sur ce fil pour dynamiser l’histoire.

Chute dans le livre: quand l’héroïne bouscule une intrigue plate©Le livre qui ne tenait qu’à un fil – Éditions Michel Quintin – Jocelyn Boisvert

Cette invitation à manipuler le livre se prolonge dans l’expérience de lecture : le plaisir de scruter les moindres recoins de chaque planche devient une évidence. L’ouvrage est parsemé de clins d’œil malicieux, de situations cocasses et de jeux de mots bien sentis. L’une de ces trouvailles fait preuve d’une audace rare : elle devient littéralement palpable et force l’arrêt du lecteur, le sourire aux lèvres. La nature exacte de cet élément restera ici secrète, car le ravissement tient tout entier dans la surprise de cette rencontre qui, dans un autre contexte, aurait pu sembler banale.

Bien que le désir de prolonger l’aventure soit manifeste, cette envie de rouvrir l’album immédiatement témoigne de sa grande richesse. C’est là toute la force de cette série de livres : elle invite à s’y attarder, encore et encore, pour en apprécier toutes les subtilités.

Le livre qui ne tenait qu’à un fil©Éditions Michel Quintin – Jocelyn Boisvert

Avec ce second tome, Jocelyn Boisvert et Julie Rocheleau réussissent le pari de rendre le livre-objet vivant, transformant chaque double page en un espace de découverte riche et savoureux. Une lecture qui se referme avec une seule envie : attendre avec impatience le prochain ouvrage de cette bibliothèque enchantée!

Chronique écrite par : Charlotte Claeys

Informations sur l’album :

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