Maria Reiche est une mathématicienne allemande qui se cherchait une vocation. Une rencontre impromptue la mène sur le site archéologique de Nazca qui détient un secret millénaire. Nicolas Delestret met en lumière une femme qui est l’égale d’un Théodore Monod.
Fin du XXe siècle, un journaliste du Monde traverse la province de Nazca, au Pérou. Il a pour objectif de rencontrer Maria Reiche, une expatriée allemande qui a consacré sa vie à l’étude de mystérieuses lignes tracées sur le sol et représentant des animaux et formes humaines stylisées. La vieille dame vit à l’année dans ce lieu hostile, dans une voiture de modèle Coccinelle hors d’âge simplement équipée d’un auvent pour se protéger des morsures du soleil.
Voici déjà 40 ans que Maria Reiche étudie ce site historique qu’elle a contribué à protéger d’hommes d’affaires peu scrupuleux qui envisageaient de détruire ce patrimoine de la culture péruvienne en le transformant en champs de coton. Originaire de Dresde, en Allemagne, elle revient sur son parcours qui l’a conduite à s’expatrier au Pérou pour donner un sens à sa vie. Lesbienne affirmée, elle s’installe avec Amy, tenancière d’un café littéraire qui accueille des intellectuels de tout pays. Malgré tout, Maria s’ennuie, ne se sent pas à sa place. Une rencontre fortuite avec l’archéologue Paul Kosok, qui l’engage comme traductrice, l’entraîne dans une aventure qui devient la quête d’une vie : percer le secret des Lignes de Nazca.
Un sens à sa vie
L’histoire de Maria Reiche, très vite surnommée Lady Nazca, n’est pas une fiction. Nicolas Delestret s’est librement inspiré du long métrage de Damien Dorsaz qui retrace le parcours de cette femme visionnaire qui, à l’image de de nombreux exploratrices et scientifiques, ne s’était pas simplement confrontés au mystère du sujet de son étude. Il y a l’environnement difficile du désert, l’immobilisme des hommes politiques, le cynisme d’hommes d’affaires prêts à tout pour faire de l’argent et la perplexité de ses confrères sur l’importance à donner aux Lignes de Nazca.
Pourtant, envers et contre tout, la mathématicienne persiste dans sa quête. Elle qui n’était que peu considérée par sa mère, sa fille etant « une bonne à rien » selon cette dernière, a trouvé un sens à sa vie, bien aidée par son esprit cartésien. Au-delà de la recherche scientifique, Nicolas Delestret raconte l’histoire d’une femme passionnée qui a voué sa vie à ce mystère qu’elle a, en partie résolu. Certaines de ses conclusions étant encore sujettes à polémique.
Au patrimoine mondial de l’Unesco
Les jolies couleurs pastel de l’album apportent une certaine forme de douceur et de poésie à l’histoire et aux paysages traversés. Certaines cases s’imposent sur les trois quarts d’une page pour souligner l’immensité du défi qui s’impose à Maria Reiche. Entre espoir et souffrance, on est plongé dans l’état d’esprit de la scientifique dont la persévérance et l’endurance rappellent celui de l’explorateur Théodore Monod qui arpenta le désert saharien quasiment jusqu’à son décès, à 98 ans. Lady Nazca, elle aussi, s’attachera à étudier, recenser et protéger ses précieuses lignes jusqu’à la fin de sa vie. Grâce à son inlassable travail, les figures de Nazca seront inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco.
La vie de Maria Reiche est résolument passionnante. La valorisation de son travail par un long métrage et une bande dessinée n’est que justice. Sans cette femme admirable, c’est un pan entier de la civilisation Incas qui aurait disparu dans l’indifférence la plus totale. Par ses couleurs, son trait et son sens du découpage, Nicolas Delestret élève le travail de l’aventurière au rang de quête poétique inspirante. À l’heure où certains veulent acquérir des territoires pour en tirer un profit financier et stratégique, il est de bon ton de souligner qu’il existe sur notre planète des hommes et des femmes qui s’engagent contre cette logique en vue de préserver une trace de ces anciennes civilisations qui sont un héritage commun qui appartient à l’ensemble de notre humanité.
Une chronique écrite par : Bruce Rennes
Informations sur l’album
- Scénario : Nicolas Delestret
- Dessin : Nicolas Delestret
- Couleur : Nicolas Delestret
- Éditeur : Grand Angle
- Date de sortie : 07/01/2026
- Pagination : 112 pages en couleurs
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