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La sorcière qui a changé le monde

Après Reagan, le crétin qui a gagné la guerre froide, la collection le « grand cirque du pouvoir » de Grand Angle s’attaque à une autre figure du néolibéralisme : la britannique Margaret Thatcher, première femme premier ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990.

©Grand Angle – La sorcière qui a changé le monde – Le Naour, Van Der Zuiden

En 1974, le parti conservateur perd une nouvelle fois les élections législatives face au parti travailliste. La jeune Margaret Thatcher se présente pour devenir la leader du mouvement face à Ted Heath. À la surprise générale, elle l’emporte et devient candidate premier ministre, poste qu’elle obtient après les élections de 1979. Elle va alors mener une série de réformes néolibérales qui vont profondément, et souvent brutalement, changer la société britannique.

©Grand Angle – La sorcière qui a changé le monde – Le Naour, Van Der Zuiden

La dame de fer

Margaret Thatcher est une personnalité qui ne laisse pas indifférent : soit vous l’adorez pour ses transformations et ses succès soit vous la détestez en raison de la brutalité avec laquelle la dame de fer a imposé ses politiques économiques et sociales. Il fallait donc évoquer ces deux aspects dans cette bande dessinée biographique.

©Grand Angle – La sorcière qui a changé le monde – Le Naour, Van Der Zuiden

Le scénariste Jean-Yves Le Naour s’en sort plutôt bien car il n’hésite pas à montrer d’où viennent les idées ultra libérales de Maggie : Milton Friedman (réduire la masse monétaire pour réduire l’inflation), Adam Smith (le marché s’autorégule, il faut le laisser faire), Friedrich Hayek (l’État-providence mène au socialisme ou au fascisme). Thatcher va donc appliquer ces recettes avec difficultés au départ, les résultats économiques seront dramatiques dans un premier temps, avec succès par la suite, l’inflation sera maîtrisée, le chômage en baisse et la croissance économique en forte hausse.

©Grand Angle – La sorcière qui a changé le monde – Le Naour, Van Der Zuiden

Mais tout cela se fait au détriment des couches les plus défavorisées de la population, chômeurs, ouvriers, mineurs, etc… La solution de miss Maggie ? Ce n’est pas à elle, ni à l’État, d’aider les gens mais à eux de travailler pour s’en sortir. Le marché s’autorégule, on vous dit !

L’album ne se veut pas une suite de reproductions exactes d’événements historiques mais plus une plongée dans les pensées d’une dame convaincue par son bon sens de fille d’épicier accro au travail. Les auteurs n’hésitent pas à utiliser des métaphores pour rendre concrètes les idées du premier ministre : elle a promis des réductions d’impôts aux riches et pour faire face aux dépenses, elle prendra plus au moins riches… Cela tombe bien, ils sont plus nombreux ! Cette idée est illustrée par un Mr Monopoly posant fièrement devant des bourses remplies de pièces d’or et un homme en tenue d’ouvrier qui montre que ses poches sont vides. Tout cela peut sembler simple et basique mais se révèle surtout efficient.

©Grand Angle – La sorcière qui a changé le monde – Le Naour, Van Der Zuiden

Battling Margaret

Comme évoqué plus haut, le réalisme historique n’est pas la priorité des auteurs et cela se ressent aussi dans le dessin d’Emilio Van Der Zuiden. Les décors sont davantage des esquisses que des reproductions fidèles des lieux de l’action. Par exemple, un conseil des ministres de Margaret Thatcher se déroule avec neuf ministres autour d’une table ronde. Ce n’est pas vraiment l’image que le public se fait du 10 Downing street (lieu de résidence et de travail du premier ministre britannique).

©Grand Angle – La sorcière qui a changé le monde – Le Naour, Van Der Zuiden

Encore une fois, cela n’est pas un souci puisque l’album se concentre sur les idées de Thatcher et les actions qui en découlent. Ajouter à cela la bichromie, réalisée par le coloriste Fabien Alquier, régulièrement utilisée dans plusieurs planches et vous obtenez un rendu d’anciens comics assez élégant

©Grand Angle – La sorcière qui a changé le monde – Le Naour, Van Der Zuiden

The bloody witch

Cette plongée au cœur des idées et pensées politiques de Margaret Thatcher, icône du néolibéralisme triomphant des années 1980, est intéressante car elle ne se contente pas de suivre le parcours chronologique de la « sorcière qui a changé le monde ». Elle évite aussi de tomber dans une déification ou une diabolisation de son sujet. De toute façon, le public a déjà une opinion sur Thatcher et il n’en changera pas. Génie politique qui a vu clair ou dame sans cœur ? Peu importe, en lisant cet album au moins, le lecteur saura qui elle était et pourquoi elle avait ses idées. C’est déjà beaucoup

Une chronique écrite par : Frédéric P.

Informations sur l’album :

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