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Kariba

Avec Kariba, les deux frères sud-africains Daniel et James Clarke proposent un voyage dépaysant sur les rives du Zambèze. Entre légende et combat écologique, le récit s’inspire de faits réels qui servent de prétexte à une aventure extraordinaire.

Kariba ©Vents d’Ouest 2026 – Daniel Clarke et James Clarke

Le long du fleuve Zambèze, des pirates, Tongai et Rock sont à la recherche d’un lieu mystérieux qui abriterait un trésor. Les deux hommes touchent au but. Ils franchissent une cascade et arrivent à Rhutapa, le royaume caché. L’endroit est très étrange, presque menaçant et comme protégé par une divinité. Alertés par des pleurs, ils découvrent un bébé caché au milieu des roseaux. À peine Tongai le prend-il dans ses bras que les deux hommes sont surpris par le cours d’eau qui devient subitement colérique.

Onze ans plus tard, Sika, une jeune fille aux magnifiques yeux verts, attend le retour de son père. Ce dernier travaille sur le barrage de Kariba : un chantier pharaonique censé apporter le progrès dans la région. L’adolescente, elle, semble avoir d’étranges capacités. Elle nage sous l’eau aussi longtemps qu’un poisson et de drôles de visions lui confèrent un pouvoir qu’elle peine à maîtriser, tel que celui de dévier le Zambèze pour contrecarrer la charge agressive d’un énorme pachyderme.

Kariba ©Vents d’Ouest 2026 – Daniel Clarke et James Clarke

Les hommes Vs Nyami Nyami

Selon Wikipédia, le barrage de Kariba « est un barrage hydroélectrique situé dans les gorges de Kariba du bassin du Zambèze à la frontière entre la Zambie. » Entre le début de sa construction et sa mise en service, cinq années se sont écoulées. Un tel projet a eu un impact considérable sur l’environnement et sur les populations qui ont été déplacées. Pour la conception de cette BD, James et Daniel Clarke ont travaillé leur histoire en collaboration avec Daniel Snaddon coréalisateur d’un court métrage éponyme. Le récit avait été pensé pour sensibiliser la jeunesse aux conséquences sur la nature et les populations de la construction de cette infrastructure.

Ce scénario basé sur des faits réels bascule dans le fantastique et la mythologie africaine… Ou quand l’appétit des hommes pour le progrès et la civilisation forcée se heurte à Nyami Nyami, une divinité fluviale du peuple Tonga, habitant le fleuve Zambèze. Tenter de s’emparer du territoire d’un être surnaturel n’est pas la meilleure des idées. La légende initiale prétend que les crues de 1957 et de 1958 sont attribuées à son courroux. Nyami Nyami n’a pas apprécié la présence de ce mur qui le sépare de sa femme.

Kariba ©Vents d’Ouest 2026 – Daniel Clarke et James Clarke

Un petit piège à eau

Kariba est un récit de fiction aux multiples rebondissements qui ne laisse guère le temps de s’ennuyer. Entre deux scènes d’action, on s’immerge dans la culture locale. Les lectrices et les lecteurs vont y découvrir la mythologie du peuple Tonga.

Le trait semi-réaliste de Daniel Clarke offre une jolie dynamique à l’ensemble du récit. Il permet de varier les expressions des différents protagonistes de l’histoire sans pour autant céder un pouce à la facilité lorsqu’il s’agit de dessiner les décors dans lesquels évolue sa jeune héroïne : fluviaux bien évidemment puisque le Zambèze est l’un des principaux protagonistes de l’histoire, mais également dans l’écosystème forestier zambien. De fait, la palette de couleurs est assez retreinte, alternant régulièrement entre le vert et le bleu.

Kariba ©Vents d’Ouest 2026 – Daniel Clarke et James Clarke

On le sait. Le barrage a été construit. Son nom est un dérivé de Kariva – un petit piège à eau. Toutefois, au-delà de la retenue aquatique, il semble que ce soient surtout les peuples qui vivaient aux abords du fleuve qui ont été trompés. Ainsi, Kariba est une bande dessinée qui invite à réfléchir sur la notion de progrès, plus particulièrement lorsque celui-ci est imposé. Mais c’est également un récit optimiste qui incite à croire en l’espoir et aux solutions coconstruites qui préservenr, de manière durable et respectable, l’avenir des populations indigènes.

Une chronique écrite par : Bruce Rennes

Informations sur l’album :

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