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Invisible

Pour le premier tome d’Invisible, Stephen Desberg et Henri Reculé reforment leur binôme pour nous plonger au cœur des intrigues royales du XVIIIe siècle, dans un univers mêlant espionnage, alchimie, capes et épées.

© Invisible – Stephen Desberg et Henri Reculé – Glénat – 2026

En 1756, à Calcutta, les compagnies françaises et anglaises se combattent pour asseoir leur domination sur les Indes. Les négociations impliquent gouverneurs, espions et les représentants du Bengale. Un homme masqué, Aymond de Terre-Noire, officiellement botaniste, participe, dans l’ombre, à ces échanges. Il est l’un des meilleurs agents du Secret du Roi, le premier service de renseignement français. Au cours de cet album, le Roi va l’envoyer en mission aux quatre coins du monde où il va rencontrer d’autres espions, tous au service des rois ou empereurs européens. Bienvenue dans un monde de tractations, de conspirations et de combats !

Des espions, encore des espions…

Quoi de plus pratique pour un espion que de pouvoir être invisible quand il le désire ? C’est l’atout d’Aymond qui, après avoir acquis un traité d’alchimie rare mais incomplet et en avoir testé les effets sur lui-même, peut disparaître sans laisser de traces quand il le souhaite. Cela s’avère très utile pour les missions délicates. Le reste du temps, il parait masqué, d’un masque noir qui en impose, impressionne et déstabilise ses interlocuteurs. Aymond vit, pourtant, cette invisibilité comme une malédiction car sa vie antérieure disparaît, lui qui ne peut plus interagir comme avant avec les siens. Ce premier tome s’articule autour des voyages « professionnels » d’Aymond de Terre-Noire – dont la soif de reconnaissance est insatiable – mais aussi de ses tourments, de ses fantasmes et de son désir de retrouver son passé. Ces différentes quêtes constituent le moteur de cet album mené sur plusieurs années et dans le monde entier (Calcutta, Paris, Londres, Constantinople, Hanovre, Québec…). L’intrigue est à la fois lente à se mettre en place – ce qui permet d’en savourer chaque chapitre -, mais également foisonnante, voire déroutante avec beaucoup de protagonistes et de lieux. La compréhension et l’appréhension de tous les enjeux de ces missions royales peuvent se révéler compliquées pour le lecteur. 

© Invisible – Stephen Desberg et Henri Reculé – Glénat – 2026

Le ballet des espions se développe au cœur de la Grande Histoire, celle qui conduira à la guerre de Sept Ans. Les personnalités des espions sont bien tranchées, un peu manichéennes peut-être avec, par exemple, un espion prussien dépeint comme une brute sanguinaire manquant un peu de nuances. La figure d’Aymond est bien travaillée et se distingue par son pouvoir mais surtout par son besoin, à tout prix, de retrouver sa vie d’avant.

Un univers semi-réaliste et coloré

L’univers imaginé par Stephen Desberg colle à la période du milieu du XVIIIe siècle, les grandes puissances s’affrontent en faisant œuvre d’influence avant de passer à la guerre ouverte. Tous les codes de l’époque s’y retrouvent et sont assez fidèles. La touche d’alchimie autour de l’invisibilité d’Aymond vient joliment contrebalancer la dureté des combats et des meurtres commandés. La superbe couverture, en tons violet, noir et doré, joue avec les codes de l’invisibilité. Chaque lettre du titre apparaît tronquée de moitié et une partie du visage d’Aymond permet de voir l’arrière-plan, en transparence.

© Invisible – Stephen Desberg et Henri Reculé – Glénat – 2026

L’ambiance générale paraît plutôt sombre. Le style graphique reste assez épuré et les décors demeurent souvent absents comme pour mieux se concentrer sur les personnages et les dialogues. Aymond de Terre-Noire porte une tenue entièrement noire, clin d’œil à son patronyme et à sa mission secrète. La couleur, tout en aplats uniformes, accompagne efficacement le propos, tantôt en tons froids, du bleu au noir, tantôt en tons très chauds, du jaune au rouge. L’usage des ombres, très développé par Henri Reculé, renforce l’intrigue.

Malgré une narration un peu alambiquée, ce premier tome du diptyque se révèle prometteur, mêlant duels d’espions au milieu de la Grande Histoire du monde et les failles intérieures d’un homme. Aymond de Terre-Noire, l’espion sans visage, parviendra-t-il à être vu et reconnu par ceux qui comptent ?

© Invisible – Stephen Desberg et Henri Reculé – Glénat – 2026

Une chronique écrite par : Claire

Informations sur l’album :

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