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Frankenwood

Humphrey Bogart, Marylin Monroe, Clark Gable, Lauren Bacall, Jack Nicholson, Boris Karloff… Un casting de rêve qu’aucun film de l’âge d’or de Hollywood n’a réuni. Et pourtant ces noms ne sont qu’une partie des grandes étoiles qui se croisent dans ce Frankenwood au nom aussi original que bien trouvé. Aux commandes, le duo croate Darko Macan et Igor Kordey, à qui l’on doit notamment l’excellente série western Marshal Bass chez Delcourt.

© Frankenwood – Macan/Kordey – Dupuis, 2026

Lorsque George Reeves, l’iconique interprète de Superman, est retrouvé mort, son amie Marilyn Monroe demande au détective Bogie de lui venir en aide pour élucider le meurtre. Bogie, en proie à la confusion quant à son propre nom, découvre rapidement une clinique qui ressuscite les acteurs morts. Y compris lui-même.

© Frankenwood – Macan/Kordey – Dupuis, 2026

Hollywood Vampires

La première partie de Frankenwood peine à convaincre, le côté parodique ne fonctionnant pas vraiment. Les ficelles de la parodie sont grosses : après être « revenu », Bogart confond la réalité et la fiction et se prend pour un de ses personnage de détectives privés, comme ceux de Sam Spade (le Faucon Maltais, John Houston, 1941) et Philip Marlowe (le Grand Sommeil, Howard Hawks, 1946). Le procédé, bien que très sympathique en apparence atteint vite ses limites. Heureusement, le scénariste Darko Macan le sait, et lorsque le mystère prend le pas sur l’absurde, le ton devient plus sérieux, les scènes plus touchantes et l’intrigue des plus captivantes.

© Frankenwood – Macan/Kordey – Dupuis, 2026

Ce jeu parodique devient rapidement un enjeu dramatique. Alors que certaines grandes figures hollywoodiennes touchent au pathétique très émouvant en sombrant dans une forme de folie et de confusion entre fiction et réalité, d’autres ont compris que leurs résurrections ne servent que les intérêts de studios décidés à essorer leur image jusqu’à la dernière goutte de champagne avant de les jeter sous un train lorsqu’elles sont passées de mode.

© Frankenwood – Macan/Kordey – Dupuis, 2026

Diamonds Are Forever

Difficile de ne pas voir ici un parallèle avec la démarche des grands studios actuels qui font tourner en boucle les mêmes licences, les mêmes visages, les mêmes tropes, évitant de prendre des risques narratifs ou visuels. Difficile également d’ignorer l’allusion à l’émergence de l’intelligence artificielle générative et ses dérives. Ressusciter un acteur mort est désormais possible et ne se heurte pour le moment qu’au bon vouloir de ses ayants droits. Les icônes sont éternelles par leurs œuvres passées mais risquent de le devenir réellement, pour le pire et sans doute pas le meilleur.

© Frankenwood – Macan/Kordey – Dupuis, 2026

L’humour ne disparaît pas pour autant, mais il apparaît plus discret, plus fin et beaucoup plus efficace. Les auteurs l’utilisent pour rendre un vibrant hommage à ce cinéma du passé, sans en oublier les côtés sombres, comme la misogynie, mais aussi à ce qu’il a encore de beau aujourd’hui. Au dessin, Igor Kordley croque à la perfection ces acteurs, que ce soit dans leur plastique que dans leurs émotions, et s’amuse même à détourner des vieilles affiches culte en y changeant les premiers rôles. Le métier de scénariste, souvent dans l’ombre de celui de réalisateur, est également, d’une certaine façon, mis à l’honneur dans Frankenwood.

© Frankenwood – Macan/Kordey – Dupuis, 2026

Malgré des premières pages quelque peu laborieuses, Frankenwood prend rapidement de l’ampleur et de l’intérêt au fur et à mesure que son intrigue gagne en profondeur. Entre hommage à l’âge d’or hollywoodien et satire absurde des dérives liées à l’intelligence artificielle, l’album de Darko Macan et Igor Kordey n’en reste pas moins un captivant polar noir à l’ancienne qu’illuminent des stars éternelles parfaitement racontées et dessinées.

Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© Frankenwood – Macan/Kordey – Dupuis, 2026

Informations sur l’album :

© Frankenwood – Macan/Kordey – Dupuis, 2026

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