Le western n’en finit plus d’envahir les bédéthèques, pour le plus grand bonheur des fans du genre. Parmi les nombreuses parutions, Diable Pâle sort du lot avec des promesses : une couverture impressionnante avec ce personnage charismatique, sang sur les mains et le visage, un titre intrigant, et son duo d’auteurs talentueux, Vincent Brugeas et Nicolas Siner.
© Diable Pâle – Brugeas/Siner – Le Lombard, 2026
Taglito, blanc élevé chez les Apaches, manie aussi bien le colt que l’art du déguisement pour se fondre parmi les colons dans le but d’obtenir argent et armes. Grâce au braquage d’une banque, il détient assez d’argent pour acheter les armes nécessaires à la défense de ses frères natifs. La transaction doit avoir lieu dans une ville dont le shérif semble aussi perspicace que malhonnête.
© Diable Pâle – Brugeas/Siner – Le Lombard, 2026
Du sang, des larmes et de la sueur
Les premières planches plongent le lecteur directement dans l’action : la fuite de bandits après un braquage de banque, une poursuite, une fusillade à cheval… et toute une galerie de personnages. Ça va vite, très vite, trop vite car les noms des malfrats fusent, leurs relations ne sont pas claires, et il est impossible de s’attacher ou de comprendre l’un d’eux. Maladroit de la part d’un scénariste aussi chevronné et reconnu comme Vincent Brugeas ? Non, au contraire, le procédé est plutôt malin parce que dès la septième planche, une dispute suivie d’un carnage viendra à bout de tous sauf deux d’entre eux.
© Diable Pâle – Brugeas/Siner – Le Lombard, 2026
Par cette introduction à première vue brouillonne, Vincent Brugeas pose son ambiance. Le cadre du braquage de banque est tellement classique qu’il ne risque pas de perdre le lecteur et la tuerie autour du feu présente son duo de protagonistes. La création de personnages est toujours une grande force des textes du scénariste. C’est encore le cas dans Diable Pâle, avec Taglito, espèce de Jim Phelps (ou Ethan Hunt pour les plus jeunes) de Mission:impossible, se déguisant et se grimant afin de changer d’identité et d’infiltrer le « monde des blancs ». L’Apache blanc, ce diable pâle, prend des risques mais la défense de ses frères, face à la violence des colons, l’impose.
© Diable Pâle – Brugeas/Siner – Le Lombard, 2026
Aux côtés de Taglito, la jeune apache Truth est un archétype que l’on retrouve régulièrement dans le western modèle : la jeune et jolie femme d’apparence fragile mais redoutable et que la cruauté des hommes (blancs) a rendue impitoyable, un profil qui se retrouve, entre autres, dans d’excellentes séries comme La Venin ou Ladies with Guns. Présentée comme tireuse d’élite, figure assez originale pour un personnage natif américain, elle démontre rapidement un talent indéniable à magner également ses poings. Taglito et Truth forment un duo attachant et très solide qui sera bientôt rejoint par l’ancien alcoolique Jo, tout droit sorti du passé de Taglito et qui représentera le thème habituel de la rédemption. Là aussi, un trope classique pour un traitement original de la part de Vincent Brugeas qui donne une réelle profondeur au vieil homme.
© Diable Pâle – Brugeas/Siner – Le Lombard, 2026
Du neuf avec du vieux
Vincent Brugeas est un habitué des récits historiques : l’Antiquité mythologique avec Daemon, le Moyen-Âge avec Ira Dei, le Roy des Ribauds ou Tête de Chien, les grandes heures de la piraterie avec la République du Crâne, le XVIIe siècle dans Cosaques, ou encore la Seconde Guerre mondiale, et même des visions uchroniques ou de l’anticipation. Le western fait, bien sûr, aussi partie des terrains de jeu de Vincent Brugeas puisqu’on lui doit Colt and Coal (Glénat, 2024) et un des segments de Sur la Piste de Blueberry (Dargaud, 2025).
© Diable Pâle – Brugeas/Siner – Le Lombard, 2026
Dans Diable Pâle, l’auteur s’amuse à tordre les codes du western spaghetti. Ici, le point de vue est celui d’un Apache blanc, un homme qui a pris le parti de ses frères indiens. Si l’exercice n’est pas nouveau, la vision très « MAGA » de la conquête de l’Ouest ayant du plomb de Winchester dans l’aile de vautour depuis des années déjà, il reste toujours agréable de voir les colons masculinistes et suprémacistes se prendre une raclée par une jeune femme apache. Vinvent Brugeas parvient à distiller ce thème avec parcimonie. En effet, plus qu’un pamphlet politique, Diable Pâle reste avant tout une histoire profondément humaine.
© Diable Pâle – Brugeas/Siner – Le Lombard, 2026
Pour Diable Pâle, le dessinateur Nicolas Siner s’éloigne du style qu’il employait dans ses séries fantastiques Horacio et Lord Gravestone. Pour une aventure sanglante et rythmée, l’illustrateur propose un trait plus agressif qui transcrit parfaitement non seulement le dynamisme du récit mais aussi la chaleur et la crasse de l’Arizona du XIXe siècle. Ce traitement, assez classique dans le western du neuvième art dès Blueberry, gagne en efficacité ce qu’il perd en originalité. Les personnages sont charismatiques, les décors superbes et la mise en scène toujours au cœur de l’action. Les magnifiques couleurs, très organiques, parachèvent la réussite graphique de l’album en étant riches et immersives.
© Diable Pâle – Brugeas/Siner – Le Lombard, 2026
Malgré l’absence de numérotation sur la couverture ou le dos de l’album, … Et pour quelques Winchester de plus est bel et bien un premier tome. Rappelant la construction d’un épisode de la série Mission:impossible, Diable Pâle peut se développer en de nombreuses aventures. Grâce à des personnages qui dévient régulièrement de leurs archétypes, une efficacité dans le rythme et un traitement graphique pertinent, l’album de Vincent Brugeas et Nicolas Siner est une introduction captivante qui promet des lendemains qui chantent.
Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard
© Diable Pâle – Brugeas/Siner – Le Lombard, 2026
Informations sur l’album :
- Scénario : Vincent Brugeas
- Dessin : Nicolas Siner
- Couleurs : Nicolas Siner
- Éditeur : Le Lombard
- Date de sortie : 17/04/2026
- Pagination : 64 pages en couleurs
© Diable Pâle – Brugeas/Siner – Le Lombard, 2026
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