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Dans la tête de Sherlock Holmes – le cauchemar du Loch Leathan 1/2

Bien que natif d’Écosse, Sir Arthur Conan Doyle n’y avait jamais envoyé son plus célèbre personnage : Sherlock Holmes.Presque cent ans après la mort de l’écrivain, Cyril Liéron et Benoît Dahan envoient l’enquêteur et son fidèle Watson sur les terres ancestrales de leur créateur afin d’y confronter son éternel pragmatisme aux légendes locales. Après un premier diptyque londonien, le duo d’auteurs ne change pas seulement les paysages mais aussi le ton du récit, avec une plongée dans le folklore écossais.

Arrive à Baker Street un mystérieux courrier, à l’écriture tremblante, aux mots maladroits et aux idées désordonnées. L’expéditeur évoque une grande menace planant sur un village de l’île de Skye, poussant Sherlock Holmes à embarquer le docteur Watson pour un long périple vers l’Écosse. Ils y découvrent des paysages sublimes mais des habitants effrayés par des cris dans la nuit. Des cris qui pourraient être ceux du Kelpie, créature équine mythique. Les morts s’additionnent alors que le duo entame son enquête.

© Dans la tête de Sherlock Holmes – Liéron / Dahan – Ankama, 2025

Holmes upon a time

Les adaptations et réinterprétations de Sherlock Holmes sont légion, et ce depuis 1900 au cinéma et 1912 dans le neuvième art*. En 2025, on compte plus de deux-cent-cinquante films et séries et une multitude de romans mettant en scène le célèbre enquêteur dans des aventures aux quatre coins du monde. La bande dessinée ne fait bien sûr pas exception, avec pas loin de trois cents œuvres recensées prenant place dans l’univers, ou s’en inspirant, du célèbre enquêteur, avec des styles narratifs et graphiques très différents. Dans toutes ces publications, il en est une qui a su largement se démarquer.

Paru en 2019, le premier tome de Dans la Tête de Sherlock Holmes proposait une histoire inédite née de l’imagination de Cyril Liéron et Benoît Dahan, dessinée avec la pâte inimitable de ce dernier. Ces deux grands amateurs, et connaisseurs, de l’œuvre de Sir Conan Doyle, trouvaient alors l’équilibre parfait entre respect total pour le matériau originel et narration pleine de surprises, avec un travail graphique tout particulier sur le « grenier » de Sherlock, comme il appelait son cerveau. Ainsi, le lecteur pouvait entrer dans la tête de l’enquêteur via un fil rouge qui parcourait les planches pour suivre le cheminement de l’enquête.

© Dans la tête de Sherlock Holmes – Liéron / Dahan – Ankama, 2025

Scotland calling

Après ce premier dytique, l’Affaire du ticket scandaleux, le duo remet le célèbre couvre-chef « deerstalker », rallume la pipe, pour retrouver le duo Holmes et Watson au début d’une nouvelle enquête inédite. Si l’enquête précédente se concentrait sur Londres, théâtre de nombreuses histoires de Doyle, ce nouveau tome se place comme un héritier du Chien des Baskerville, l’un des romans holmésiens les plus célèbres. Les deux amis s’éloignent, en effet, de la City pour se rendre dans un coin reculé de la Grande Bretagne rempli de superstitions – ici sur l’île de Skye, au nord de l’Écosse – afin d’y percer le mystère d’une créature fantastique : le Kelpie, cheval aquatique à crocs, tenant le rôle du molosse du roman de Doyle.

L’affiliation est évidente avec le roman, ainsi que l’amour que Cyril Liéron et Benoît Dahan ont pour lui, notamment en conviant à leur intrigue des thèmes chers à la littérature anglaise victorienne : la superstition et l’occultisme. En plaçant leur récit dans un petit village loin de tout, les auteurs ont à leur disposition toute une galerie de personnages secondaires et de figurants qui n’ont pas eu accès à l’éducation et donc malléables et manipulables par les notaires et nobliaux locaux. Et surtout facilement impressionnables par des apparitions monstrueuses issues de leurs légendes les plus effrayantes.

© Dans la tête de Sherlock Holmes – Liéron / Dahan – Ankama, 2025

Skye is over

Ce serait un tort de croire que ce premier tome du diptyque n’est qu’une simple relecture du Chien des Baskerville. Dans le roman de Doyle, les apparitions du « monstre » avaient pour but d’effrayer un riche noble alors que dans la bande dessinée de Liéron et Dahan, c’est bien le peuple qui est victimes du Kelpie, la créature chevaline qui multiplie les morts sur son passage. Doyle donnait une réponse très rationnelle du mystère, Liéron et Dahan laissent encore planer le doute dans ce début d’intrigue mais sèment déjà quelques graines occultes absentes des romans originels mais aussi et surtout de leur première enquête. S’il y a un indéniable renouveau contextuel dans Le Cauchemar du Loch Leathan, le lecteur retrouvera avec un grand plaisir toute la beauté et l’originalité des planches qui faisaient une grande partie du charme de l’Affaire du ticket scandaleux.

Sont, ainsi, de nouveau conviés les personnages aux traits si particuliers, très anguleux, les décors très riches, les couleurs aux ambiances parfaites, mélange d’ancien et de moderne, et, surtout, les gaufriers représentant l’intérieur de la tête de Holmes ou le lieu de la scène. Ainsi, l’introduction dans le train s’illustre dans un découpage en forme de locomotive. Lorsque les protagonistes évoquent une mort, alors la page se transforme en croix de cimetière. L’ensemble des planches suit cette cette logique, apportant une réelle plus-value à la lecture de l’album. Sont également de retour les petits indices qui s’accumulent avant de trouver leur utilité dans la tête de l’enquêteur, mais aussi quelques passages où le lecteur sera invité à regarder en transparence une page ou à en plier légèrement les bords. Il devient alors plus qu’un spectateur mais un enquêteur convié à percer le mystère de l’intrigue.

© Dans la tête de Sherlock Holmes – Liéron / Dahan – Ankama, 2025

Sir Arthur Conan Doyle avait cassé ses propres codes et marqué les esprits avec le Chien des Baskerville. Cyril Liéron et Benoît Dahan franchissent le cap de l’occulte dès leur seconde enquête. De nouveau, le fond et la forme ne font qu’un pour proposer une intrigue alambiquée, tout au long du fil rouge des pensées de Holmes qui guide le sens de lecture. Ce jeu avec le regard du lecteur, ainsi que les nombreux détails qui fourmillent dans les sublimes planches de l’album, rendent la lecture exigeante. Toute l’attention est conviée pour savourer, comprendre et entrer pleinement dans un récit passionnant, riche et qui promet une conclusion captivante. Une nouvelle grande réussite indéniable.

Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

* Der Hund von Baskerville, dans le magazine Knirps, dont le nom de l’auteur a été depuis oublié. Notons que, dès 1902, des histoires illustrées, ancêtres de la BD, adaptées des romans de Conan Doyle, paraissaient dans la presse française.

© Dans la tête de Sherlock Holmes – Liéron / Dahan – Ankama, 2025

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