Les héros de bande dessinée classique ont pour énorme avantage de ne pas vieillir. Cette plongée dans un bain de jouvence leur permet, en plus de conserver un allant propre à leur faire surmonter de nombreux obstacles, d’être présents à toutes les époques et de traverser les évènements historiques majeurs. C’est particulièrement vrai de Buck Danny. Le militaire le plus capé– et le mieux coiffé – de la BD a pu ainsi être témoin et acteur de la Guerre du Pacifique, de la Guerre de Corée ou bien encore des conflits en ex-Yougoslavie. Dans Mission Pharaon, 13èmeopus de la série dérivée Classic, on le retrouve lors de la crise de Suez.
1956. La Seconde Guerre mondiale est terminée depuis onze ans et le monde change. La décolonisation s’intensifie et les gouvernements des anciens pays colonisés, autrefois soumis aux puissances européennes, s’émancipent. C’est le cas en Égypte où le Président Nasser décide, à la grande fureur des britanniques, français et israéliens, de nationaliser le Canal de Suez, passage commercial hautement stratégique. Soucieux de calmer les tensions et d’éviter les heurts, le Président américain Eisenhower envoie le porte-avion Coral Sea, où sont présents Buck Danny et ses ailiers Tumbler et Sonny Tuckson, sur place pour inciter les anciens colons à se retirer d’Égypte et éviter que Moscou n’entre avec force dans ces évènements. Or, au même moment, des chasseurs israéliens volant dans le ciel d’Égypte sont abattus par des Mig-15 portant cocarde soviétique. Dès lors, les hommes du Coral Sea ont ordre de faire toute la lumière sur cette étrange affaire dont le mode opératoire ne ressemble pas à celui employé d’ordinaire par les communistes. Lors de cette dangereuse mission nommée « Pharaon », Buck Danny devra se méfier de tout et de tous pour comprendre qui tire les ficelles de cette crise hautement sensible pouvant entraîner une Troisième Guerre mondiale.
Un héros qui déroule ses innombrables talents
C’est donc dans la confusion planétaire de la crise de Suez que Buck Danny et ses amis sont embarqués dans ce 13ème opus des aventures « Classic » du héros américain, en totale cohérence avec l’univers de cette série dérivée. Les scénaristes Marquinet et Zumbiehl, en vieux routards de la BD, profitent une fois de plus des évènements les plus incroyables de la guerre froide pour tisser une nouvelle aventure pour l’aviateur blond. Cependant, à la lecture de Mission Pharaon, le souffle de l’épopée a du mal à se mettre en route. En effet, si Buck et ses amis sont présents en Égypte, dans un contexte de friction entre les USA et leurs alliés, sur fond de lutte structurelle contre les soviétiques, le cadre géopolitique propre à Suez n’est finalement que peu exploité. Ce décor et ces évènements ayant, à l’époque, fait craindre jusqu’à une nouvelle guerre mondiale, ne sont que la trame de fond lointaine d’une aventure qui aurait, finalement, pu avoir lieu dans un tout autre décorum, l’histoire de la guerre froide regorgeant de théâtres inflammables. À cet effet, Mission Pharaon peut être vu comme une resucée des (nombreuses) tribulations que le militaire a connu en quelques 79 ans d’existence bédéphile et apparaître comme une mission classique pour le héros valeureux qu’il est. Dans ce nouvel épisode fondé sur l’aventure pure et dure, Buck déroule comme il sait le faire, pendant que les antagonistes tissent leur plan, dans l’ombre. Aucune véritable surprise, ni impression de danger ne ressort d’un album qui reste divertissant et agréable à lire mais sans que le vrai caractère des personnages principaux ou secondaires ne soit mis en avant, et même Sonny semble un peu absent. Malgré cela, le rouquin texan procure tout de même le meilleur moment de l’album, sans que celui-ci ne paraisse être un cliché ! Mais, si ce premier tome du nouveau cycle « Danger sur Suez », s’achève sur un point d’interrogation sans réel suspense (il n’y a pas eu de troisième guerre mondiale en 1956), le lecteur fan de Buck Danny est tout de même curieux de voir comment le blond bien coiffé et ses amis vont éviter une catastrophe géopolitique.
Une série B qui attire l’œil
C’est encore une fois Le Bras qui se charge – avec talent et panache – du dessin de cette série Classic. Comme le veut son titre, le trait de l’artiste est résolument classique lui aussi, ce qui convient parfaitement à l’univers souhaité. Sans se perdre dans des détails ou dans une reconstitution pointilleuse et méticuleuse du cadre ou des décors traversés par Buck dans ce nouvel album, Le Bras sait, par son style réaliste très lisible, simple sans être simpliste, créer une atmosphère et une ambiance qui propulse du premier coup d’œil le lecteur au cœur de l’action. En feuilletant Mission Pharaon, on a un peu l’impression de regarder une de ces séries B réalisées par le ghota de Hollywood des années 50, où aventures fabuleuses et valorisation des G.I. côtoyaient les paysages (pourtant reconstitués en studios) les plus féériques. Ainsi, les paysages désertiques de Le Bras, entre dunes surchauffées et rochers d’où peuvent surgir mille embûches, sont propices à la plus folle imagination, et rappelleront sans doute aux aficionados les plus aguerris de la série le cycle des « aviateurs démobilisés ». Le dessinateur est également très à son aise pour représenter les nombreux combats aériens et les scènes d’explosion spectaculaires. Les couleurs de Caniaux sont, comme il est d’usage dans cette série dérivée, dignes elles aussi, d’une superproduction US en Technicolor. Suffisamment éclairantes pour attirer l’œil sans jamais être trop vives ou irréalistes, elles éclairent les décors, avec une mention spéciale pour les scènes se déroulant au couchant.
Mission Pharaon installe donc une nouvelle mission pour Buck Danny et ses amis. Étant l’un des héros les plus anciens de la bande dessinée, celui-ci en a connu bien d’autres et traverse les dangers en professionnel qu’il est, dans une aventure convenue, mais divertissante. Le héros restant ce qu’il représente, une valeur sure, et même un ami pour le fan de BD classique, la suite de ce nouveau cycle – Raid sur le Nil – est d’ores et déjà attendue.
Une chronique écrite par : Mathieu Depit
Informations sur l’album :
- Scénario : Frédéric Maniquet et Frédéric Zumbiehl
- Dessin : André Le Bras
- Couleurs : Nicolas Caniaux
- Éditeur : Dupuis – Zéphyr
- Date de sortie : 30/01/2026
- Pagination : 48 pages en couleurs
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