Arthur et Guenièvre, Viviane et Merlin, Mordred et Morgane, La Table Ronde et Excalibur… Les noms sont connus et reconnus depuis des siècles de littérature, bande dessinée, cinéma et toute autre forme d’art. Mais une fois la dépouille d’Arthur portée en Avalon, que se passe–t-il ? C’est ce que le duo Olivier Legrand et Álex Sierra va raconter dans une nouvelle série au nom évocateur : Après Arthur.
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
Arthur est mort, et avec lui le rêve d’une Bretagne unie. Lors de la bataille de Camlann, il périt en emmenant avec lui son fils bâtard et traître, Mordred. Tous les chevaliers de la Table Ronde ne sont plus, en dehors de Lancelot, exilé en Brocéliande. Seul Bedwyr a survécu à la guerre, mais désobéit à Arthur en ne jetant pas Excalibur dans le Lac des Brumes. À Camelot, le fils aîné de Mordred, Melehan se revendique nouveau Roi de Bretagne. Lorsque Excalibur se retrouve entre ses mains, il se croit tout puissant, au grand dam de son jeune frère Garran, plus sage, et de la reine veuve, Guenièvre. Sur l’île d’Avalon, Viviane observe tout cela d’un œil inquiet, d’autant plus que la fourbe Morgane lui demande exil.
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
Le roi est mort, vive le roi !
Dans Après Arthur, le lecteur croise bon nombre de figures illustres du mythe arthurien, à commencer par le roi lui-même, mourant dans les premières pages. Certains héros ont également un rôle dans l’intrigue, comme Viviane, Guenièvre, ou Bedwyr, alors que d’autres, comme Lancelot, Gauvain ou Merlin sont seulement évoqués. Si la période Camelot et Table Ronde du Roi Arthur a été maintes fois adaptée et réécrite au cours des siècles, ce qui se passe après, bizarrement, n’a que rarement été traité. Ce champ vide laisse à Olivier Legrand tout un éventail de possibilités. Finalement, c’est également le cas avec sa série Les Quatre de Baker Street dans laquelle il met sur le devant de la scène les gamins des rues qui venaient parfois en aide à Sherlock Holmes dans les œuvres de Sir Arthur Conan Doyle.
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
Aux côtés des héros et vilains éternels du cycle arthurien, Olivier Legrand invente également nombre de protagonistes. Loin d’être une trahison au mythe, cette liberté s’inscrit plutôt dans la grande tradition de sa transmission à travers les siècles : chaque auteur, depuis le Moyen-Âge, a créé de nouveaux personnages, de nouveaux événements épiques ou tragiques, de nouveaux enjeux ou apporté de nouveaux thèmes. Nieve, la fille de Viviane, Garran et Melehan, les fils de Mordred cités au détour d’une phrase dans un texte ancien, font partie des ajouts d’Olivier Legrand. Tous s’inscrivent parfaitement dans le cycle arthurien tout en étant les produits de notre époque.
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
Ainsi, Nieve est une jeune femme issue de la tradition d’Avalon, prêtresse et magicienne, gardienne des valeurs de ses aïeules, mais également désireuse d’une certaine émancipation et de la connaissance de ses origines assez trouble. Actrice de sa vie, elle fait ses propres choix, bousculant les habitudes d’Avalon. Garran suit une logique similaire, à la fois ancienne et moderne, de même que son frère, son opposé, le terrible Melhan. Ce dernier aurait totalement sa place dans un manga shonen, tant dans sa personnalité cruelle et sans limites que dans sa représentation visuelle, visage comme attitudes corporelles. Très rapidement après son introduction sur la mort d’Arthur, le scénario d’Olivier Legrand met sur le devant de la scène ce trio de jeunes personnages, cette nouvelle génération d’ennemis prêts à s’affronter.
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
L’auteur n’en oublie toutefois pas les anciens en prenant le temps de placer leurs pions. Ainsi, la narration s’oriente petit à petit vers une double opposition : tradition contre modernité, bien contre mal. De quoi promettre des tomes suivants épiques et tragiques, là aussi. D’autant que l’annonce d’un conflit avec la Cornouailles de Constantin et le retour hypothétique de Lancelot, ainsi qu’un twist final, assez prévisible mais amené à la perfection par le scénariste, vont certainement relancer les enjeux de la série.
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
La Table gronde
Ce n’est pas la première fois que l’auteur s’attaque au mythe arthurien, ayant également signé le scénario du diptyque Olwenn, fille d’Arthur. Mais, en dehors de l’illustre monarque breton, cette dernière série n’a que peu de rapport avec Après Arthur. Ce nouveau titre est, en effet, très sombre et violent. Sur fond d’apocalypse, la fin de la Chevalerie et de ses idéaux, l’album met en scène notamment la fin de la bataille de Camlann et son tapis de cadavres, mais aussi un Camelot saccagé, humilié, blasphémé par Melehan. C’est notamment tout le symbolisme de la Table Ronde qui l’illustre parfaitement, l’image même de la grandeur et de l’honneur qui devient le théâtre des danses alcoolisées des barbares avant de périr par le feu.
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
Cet aspect tragique et apocalyptique est parfaitement retranscrit par le dessin d’Álex Sierra. Le Catalan est loin d’être novice dans ce genre d’ambiance médiévale fantastique, ayant signé des tomes des Terres d’Ogon, Orcs et Gobelins et les Guerres d’Arran chez Soleil. Ce souffle épique se ressent dès les premières planches illustrant le carnage de Camlann mais aussi tout au long de l’album. Avec une mise en scène très cinématographique, des plans riches faisant la part belle à l’action et l’intensité du moment, le dessinateur suit la logique de son scénariste : mêler classicisme et modernité.
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
Les décors et paysages sont travaillés de façon très réaliste, servis par une colorisation sobre mais toujours adéquate. C’est d’autant plus important de les rendre immersifs et crédibles que nombre d’entre eux font partie aujourd’hui de l’imaginaire collectif : le château de Camelot qui se doit d’imposer le respect et la grandeur, ou bien la forêt de Brocéliande et l’île d’Avalon, symboles des mythes païens et magiques de la Bretagne. Les costumes sont détaillés, les gaufriers assez classiques, de même la logique de lecture des superbes planches d’Álex Sierra.
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
Toutefois le design des personnages emprunte beaucoup au manga, dans les traits des visages comme dans leur expressivité très poussée, assez éloignée de la retenue qu’on prête généralement aux protagonistes du cycle arthurien. La nouvelle génération illustre justement particulièrement ce choix. Ainsi, si Arthur, Bedwyr, Guenièvre ou Viviane sont traités dans un graphisme tendant plus vers le franco-belge. Garran, Melhan ou Nieve tirent vraiment vers le manga. Morgane, quant à elle, fait le pont entre les styles, entre les générations, comme un symbole.
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
Visuellement à couper le souffle, à la fois classique et moderne dans sa narration comme dans son graphisme, ce premier tome d’Après Arthur est une vraie réussite. Posant parfaitement les bases de son intrigue et ses protagonistes, tout en faisant des promesses pour la suite des événements, ce premier tome donne une furieuse envie de lire les suivants. Ce qui est le signe d’une introduction parfaitement maîtrisée.
Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard
© Après Arthur, tome 1 – Legrand / Sierra – Le Lombard, 2026
Informations sur l’album :
- Scénario : Olivier Legrand
- Dessin : Álex Sierra
- Couleurs : Álex Sierra
- Éditeur : Le Lombard
- Date de sortie : 04/09/2026
- Pagination : 80 pages en couleurs
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