Les légendes les plus fameuses ont toujours leur face sombre et l’Amérique ne fait pas exception à cette règle. Si les USA sont souvent synonymes de réussite, de progrès et une acmé de bien-être, ils n’en conservent pas moins de forts traumatismes liés à des évènements graves, violents et dramatiques. C’est ce côté des « States » qui est exploré dans la série American Parano, dont le tome 4, Burn, Hollywood, Burn ! est publié aux éditions Dupuis.
Hollywood, 1969. Le cinéma et la musique américaines sont à leur firmament et sous le chaud soleil californien, rien ne semble pouvoir entraver le bonheur. Et pourtant… Kim Tyler, démissionnaire de la police et désormais maman célibataire, travaille dans une chaîne de fast-food et se lie d’amitié avec sa collègue Susan. Celle-ci, jolie et instable, est membre de la « famille » hippie dirigée par Charles Wilcox, gourou charismatique et bizarre, artiste raté pourtant convaincu de son génie. Alors que Kim est approchée par le FBI pour enquêter sur le financement des Black Panthers dans une université, Susan meurt d’une overdose. Délaissant la mission des « Federals », l’ex-flic décide d’infiltrer la secte de Wilcox, afin d’en savoir plus sur la mort de son amie. Dès lors, Kim s’est-elle jetée dans la gueule d’un bien étrange et inquiétant loup ? Quels projets et sinistres plans fomentent les membres de la communauté ? Kim va encore une fois devoir jouer serré dans une Amérique qui est davantage « Blood and Tears » que « Peace and Love ».
La réalité scénarisée
Pour cette quatrième histoire de American Parano, le scénariste Hervé Bourhis continue d’explorer les noirs tourments de la fin des années 60 dans une Amérique peu apaisée. Après avoir repris l’histoire des Kennedy dans le tome précédent, il s’attaque cette fois-ci à la sanglante épopée de la « Famille » de Charles Manson, ce psychopathe leader d’une communauté hippie ayant défrayé la chronique avec l’horrible meurtre de Sharon Tate Polanski. Le scénariste adapte au plus près les actions de ce dangereux criminel dont le personnage Charles Wilcox est un double quasi parfait tant il partage les caractéristiques de Manson : un passé obscur, la certitude d’être un musicien incroyable, un charme et une aura permettant d’attirer une dizaine de disciples et un désir de vengeance sur une société qui ne sait pas reconnaître ses talents supposés. L’atmosphère lourde est décrite avec brio par Bourhis qui fait connaître les affres de la secte Wilcox au lecteur à travers l’infiltration de Kim, qui va vivre un voyage aux enfers aux côtés des membres de la communauté, dont l’apparente entraide cache une jalousie et de bien sombres desseins, emprunts de violence et de cruauté. De fait, Kim, personnage principale de la série, est presque, face à des personnages aussi forts que Wilcox et sa clique, reléguée à un second rôle dans ce quatrième tome d’une collection dont le lecteur aurait pu penser qu’elle allait raconter l’histoire de cette femme flic forte, avec ses secrets et faiblesses. Par ailleurs, si l’ambiance est bien posée, si, comme dans les trois tomes précédents, le découpage est intelligemment fait avec des « pauses radio » parfaitement placées, le scénario étant complètement calqué sur la réalité sordide de la funeste aventure de Manson, la fin de cet opus est prévisible et sans réelle surprise. Mais, à l’image du film Once upon a time in Hollywood, revisiter via la fiction cette bien étrange période provoque tout de même un bon moment, même si elle est ultra connue, vue et revue.
L’histoire montrée telle qu’elle est
Ce quatrième opus de American Parano se passant à Hollywood, il est logique qu’il soit très visuel, et le dessinateur Lucas Varela poursuit le travail des trois précédents tomes, à savoir installer, via ses pinceaux, un climat lourd, pesant, presque malsain, pour faire ressentir au lecteur l’impression de danger, voire de folie. Par son style simple mais expressif, l’absence de décorum pour se focaliser uniquement sur les premiers plans, Varela nous plonge dans une sorte de bulle, celle du délire d’une communauté complètement cinglée, droguée et à l’écart du monde, celle de Wilcox. C’est à travers l’expression des personnages que le dessinateur montre la dangerosité de « la famille » et ainsi, les risques énormes que prend Kim en l’ayant infiltré. Les membres de la secte sont, en apparence, très rassurants, voire attirants. Les femmes sont toutes jolies, ouvertes, aidantes et Wilcox lui-même est bel homme, souriant et il dégage une aura fascinante. Mais les sourires s’effacent vite et il faut peu de temps à un regard pour passer d’une expression heureuse à une vision démoniaque. C’est sur cette ambiguïté que Varela joue avec brio pour déstabiliser le lecteur et installer une ambiance où on attend que le drame arrive, car on sait que le pire est à venir. Les couleurs, réalisées elles aussi par Varela renforcent cette impression d’alerte et de dôme de danger dans un monde qu’on pense être celui de la liberté et du bonheur. Par sa palette aux couleurs tantôt ocres, pour les scènes en journées et très sombres, d’un noir de jais, pour les scènes de nuit, Varela crée une atmosphère bizarre, parfaitement en accord avec le scénario, qui plonge le lecteur dans une sorte de monde à la fois fascinant et repoussant, à l’image d’un songe manquant de sérénité, parabole de la communauté que Wilcox veut créer et dans laquelle Kim entre comme on se jette dans l’antre du Diable.
La vie de Kim Tyler se poursuit dans ce 4e opus d’American Parano qui est à l’image des précédents. En s’appuyant de façon très ferme et même calquée sur l’Histoire, Bourhis et Varela font rencontrer à leur héroïne tous les fléaux d’une Amérique déglinguée, quitte à laisser un peu de côté le destin du personnage principal. Un album dur, violent et inquiétant qui ne laissera pas le lecteur indifférent.
Une chronique écrite par : Mathieu Depit
Informations sur l’album :
- Scénario : Hervé Bourhis
- Dessin : Lucas Varela
- Couleurs : Lucas Varela
- Éditeur : Dupuis
- Date de sortie : 28/08/2026
- Pagination : 64 pages en couleurs
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