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Manon Dubreuil : “À travers le dessin, à travers l’art, on transmet quelque chose”

L’album jeunesse Ce qui se cache derrière les étoiles, paru fin août aux éditions Glénat, suit les aventures de Camille, qui nourrit le rêve de devenir pilote et se retrouve au cœur d’une folle aventure de sauvetage de la Terre. L’ouvrage est signé par le duo Julien Josselin et Manon Dubreuil. À 29 ans, la dessinatrice et coloriste rentre dans le monde de la BD par la grand porte. “Sur un coup de chance”, selon ses propres mots. Interview d’une nouvelle venue qui convainc déjà par son talent et sa maîtrise des codes du design jeunesse.

Manon Dubreuil © Éditions Glénat

Les Amis de la BD : Bonjour Manon, pourrais-tu te présenter et nous parler un peu de toi et de ton parcours ?

Manon Dubreuil : Moi, c’est Manon Dubreuil, aka duma.draw sur Instagram, j’ai 29 ans, et Ce qui se cache derrière les étoiles est ma toute première BD, que j’ai réalisée avec Julien Josselin.

J’ai fait des études dans le dessin, à Nantes (France), à l’école Pivaut, pendant 5 ans. À la base, pas du tout dans la BD, plutôt dans le jeu vidéo (concept art). J’ai fait ma dernière année d’étude à Montréal (Canada), et mon projet de fin d’étude sur l’édition d’une fausse bande dessinée, ce que j’ai vraiment adoré.

J’ai aussi un background en photographie, puisque j’étais en option photo au lycée, à Tours (France). J’ai gardé cette expérience avec moi, et ça m’aide beaucoup pour la composition d’image notamment.

LABD : Dessines-tu depuis toujours ou as-tu commencé sur le tard ?

M.D. : Mon papa dessinait beaucoup, mon arrière-grand-père aussi. Il y avait beaucoup de dessins dans la famille, et ça m’intriguait. J’ai commencé à dessiner grâce au manga : je recopiais des personnages de One Piece. Au début, j’avais pour ambition de tous les dessiner, mais j’ai vite laissé tomber cette idée quand je me suis rendu compte de la multitude de personnages qu’il y avait (rire).

Par la suite, j’ai créé mes propres personnages, toujours dans un style manga. C’est resté jusqu’au lycée, puis dans mes premières années d’études, j’ai appris le dessin académique, ce qui m’a donné une structure. J’ai fini par en avoir un peu marre, cela dit, et je suis repartie vers un style plus personnel, beaucoup plus simple et épuré, inspiré d’Adventure Time et des cartoon network.

LABD : Ces influences manga et cartoon, on les retrouve dans les traits des personnages de Ce qui se cache derrière les étoiles, justement. Comment ce projet de BD est-il né ?

M.D. : C’est arrivé un peu par hasard. J’étais en fin d’études, en pleine période Covid. Malheureusement, le confinement nous a empêché de présenter nos projets et de réseauter avec des personnes du milieu, comme c’est habituellement le cas.

Pendant cette période, je passais beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, et je suis tombée sur un tweet de Julien Josselin qui cherchait des artistes encore peu connus pour un projet de BD. Je lui ai partagé mon compte Instagram sans avoir vraiment d’attentes, mais le lendemain il s’était abonné et m’avait envoyé un message !

On a commencé à travailler sur un dossier d’édition, pour un tout autre projet que Ce qui se cache derrière les étoiles. Mais on n’est pas parvenus à convaincre un éditeur avec ce dossier-là. On a quand même gardé contact et plus tard, il m’a proposé d’autres synopsis, dont celui de Ce qui se cache derrière les étoiles, qui a convaincu Glénat.

© Éditions Glénat – 2026 – Ce qui se cache derrière les étoiles – Manon Dubreuil & Julien Josselin

LABD : Aurais-tu une anecdote à nous partager sur la création de Ce qui se cache derrière les étoiles?

M.D. : À la base, le titre n’était pas celui-là. La BD devait s’appeler Le dernier pilote, mais Julien tenait à garder un personnage principal non-genré, pour que les petites filles comme les petits garçons puissent facilement s’y identifier. Il y a eu un gros travail d’écriture pour que ça reste flou. Le titre ne pouvait donc pas être au masculin.

LABD : Un premier projet BD, c’est découvrir une énergie de travail nouvelle mais aussi des premiers obstacles, des défis. Comment ça s’est passé pour toi ?

M.D. : Je me suis posé beaucoup de questions : « est-ce que j’en suis capable ? » ; « comment garder le même style graphique du début à la fin de la BD quand on travaille sur une si longue période ? » ; « comment garder la même énergie, la même motivation, tout du long ? ». Ça a été un vrai challenge.

À travers le dessin, à travers l’art, on transmet quelque chose. Donc je tenais vraiment à pouvoir le faire dans de bonnes conditions, que ça se ressente. Je voulais que tout soit bien fait, donc je me mettais un peu la pression. Mais j’étais fière de mon travail, et les retours de Julien et de notre éditeur chez Glénat étaient toujours constructifs et m’ont beaucoup aidée.

Faire de la BD, ça a aussi quelque chose d’impressionnant parce qu’on fait ça tout seul, chez nous. Il y a un côté très solitaire. C’est pour ça que c’est important de bien s’entourer et j’ai eu cette chance sur ce projet-là.

LABD : Quelles sont tes planches préférées ?

M.D. : J’aime beaucoup les grandes planches. Celle du phare, par exemple, ou celle de l’univers, au début. J’aime aussi la case où Camille ouvre sa lettre d’acceptation à l’école des pilotes.

J’adore les décors, la végétation, les bâtiments en ruine. Je dessine beaucoup de nature, et je suis contente d’avoir pu apporter cette touche dans une histoire de vaisseaux spatiaux et d’espace. Je trouve que la combinaison des deux fonctionne bien.

© Éditions Glénat – 2026 – Ce qui se cache derrière les étoiles – Manon Dubreuil & Julien Josselin

LABD : Les couleurs sont très vives, c’est aussi quelque chose qui caractérise ton style ?

M.D. : Oui, j’ai toujours eu cette palette de couleur orangée, jaune, rose. La mise en couleur est d’ailleurs venue assez naturellement pour Ce qui se cache derrière les étoiles. C’est un apprentissage par lequel on passe aussi en école d’art : la couleur, la peinture, les mélanges de couleurs, les ombres, la lumière, etc.

Par la suite, je me suis imprégnée d’œuvres et j’ai trouvé ma palette personnelle, à laquelle je reviens toujours même quand je m’en éloigne un peu. Je teste des choses, je regarde ce que ça donne, je fonctionne beaucoup à l’instinct.

LABD : Es-tu initialement une grande lectrice de BD ?

M.D. : Oui, complètement. Comme pour le dessin, j’ai d’abord commencé avec le manga. J’avais une fameuse collection quand j’étais plus jeune. J’adore Princesse Mononoké, par exemple. Puis, je me suis intéressée à la BD, notamment à la saga Les Légendaires dont j’étais une grande fan, ainsi qu’au travail de Jérôme Gillet, alias Gijé, sur sa série La boîte à musique.

J’ai fait un stage avec lui, à Paris, où il m’a encouragée à persévérer dans mon style. Avant de le rencontrer, j’avais une idée de la BD franco-belge très classique. Mon père avait tous les Tintin, les Astérix, etc. Et ce style-là ne m’attirait pas plus que ça.

C’est en découvrant l’évolution et la diversité de la BD contemporaine, notamment en jeunesse, que je m’y suis vraiment intéressée. J’ai acheté beaucoup de livres, j’ai découvert de nombreux artistes. J’ai notamment adoré Géante, et La louve boréale. J’ai compris qu’on pouvait vraiment s’amuser, partir dans le style qu’on voulait.

LABD : Comment tu le décrirais, ton style à toi ?

M.D. : Je dirais que c’est un style assez simple, enfantin, rond, avec beaucoup de couleurs et de la lumière. Mais je pense qu’il va être amené à évoluer. Entre le début et la fin de Ce qui se cache derrière les étoiles, on voit d’ailleurs que mon style graphique a déjà bougé, surtout au niveau des lignes et du tracé.

Je me laisse porter par ce que j’ai envie de faire, ce qui me fait du bien. Pour mon prochain projet, j’aimerais bien revenir à un tracé un peu plus crayonné, avec plus de texture et plus détaillé.

© Éditions Glénat – 2026 – Ce qui se cache derrière les étoiles – Manon Dubreuil & Julien Josselin

LABD : Justement, quel est ce nouveau projet ?

M.D. : Pour le moment, je ne peux pas en dire beaucoup plus, car il en est encore au stade d’écriture et de proposition pour un futur dossier d’édition, mais je suis très motivée et j’espère qu’il va se concrétiser.

Je serais aussi intéressée de faire du travail de coloriste. J’adore la mise en couleurs, c’est une de mes parties préférées de la BD. Donc pourquoi pas partir dans cette voie-là.

LABD : Ce qui se cache derrière les étoiles se termine sur une fin qui reste ouverte. Vous avez prévu un tome 2 ?

M.D. : Le projet a été prévu pour être un one-shot. Après, on s’est toujours dit que si la BD devait beaucoup plaire et qu’il y avait une demande pour une suite, on pourrait l’envisager.

LABD : C’est difficile de se faire une place dans le milieu de la BD ?

M.D. : Je suis rentrée dans ce monde sur un coup de chance. J’ai déjà le sentiment d’avoir accompli un rêve d’enfant. De voir cet ouvrage, ce bébé entre mes mains, ça parait fou. Il faut savoir que pendant les trois-quarts de sa réalisation, je travaillais à côté en tant que Game Master dans un escape game, pour gagner ma vie. C’est un job plutôt sympa, mais je faisais du 6 jours sur 7, c’était fatiguant et stressant.

Heureusement, ça ne m’a pas du tout dégoûtée du métier de la BD, au contraire. J’ai envie de continuer, de partager mes dessins. Plus ils plaisent, plus ça me rend heureuse. J’ai aussi envie de faire des rencontres, pour casser cet aspect très solitaire du dessinateur de BD. J’ai hâte d’aller en festival, en dédicace, de rencontrer des lecteurs, des collègues.

Bien sûr, c’est assez aléatoire comme secteur. Avec l’arrivée de l’IA, c’est aussi décourageant. Pour se projeter dans le futur, ce n’est pas forcément évident, et ça peut être angoissant. Mais j’ai de l’énergie et j’ai envie de continuer. On va voir où tout cela va me mener.

LABD : Y a-t-il d’autres genres de scénarios sur lesquels tu te verrais travailler à l’avenir ?

M.D. : Pourquoi pas aller vers de la BD plus adulte quand j’aurai un peu plus d’expérience. J’adorerais faire une BD d’horreur, par exemple.

© Éditions Glénat – 2026 – Ce qui se cache derrière les étoiles – Manon Dubreuil & Julien Josselin

Retrouvez Manon Dubreuil en dédicace lors de ces événements :

Lisez aussi notre chronique de l’album Ce qui se cache derrière les étoiles

Propos recueillis par : Emmeline

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