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Entretien avec Thierry Soufflard, co-scénariste de L’oubliée du radeau de la Méduse

À l’occasion de la sortie de l’album L’oubliée du radeau de la Méduse et d’une exposition qui lui est consacrée avec des archive d’époque, Thierry Soufflard a accepté de nous accorder un  entretien par mail sur sa BD réalisée avec Gilles Cazaux.

©Thierry Soufflard – Les Forts en Bulles –
Service Historique de la Défense Rochefort (17)

Les Amis de la Bande Dessinée : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ? 

Thierry Soufflard : Journaliste et écrivain-voyageur, j’ai publié des récits d’aventures tels que Insolents Voyageurs (Arthaud) ou le livre photos Road trip – permis de rêver chez Hachette. Je suis également l’auteur du livre Où s’embrasser à Paris – The best place to kiss in Paris (aux éditions Parigramme), Où se bécoter à Montréal (Quebec-Amérique), Où s’embrasser en France (Dakota éditions). J’ai aussi écrit quelques épisodes de dessins animés.  

Les Amis de la Bande Dessinée : À quand remonte votre appétence pour la bande dessinée ? 

Thierry Soufflard : Depuis ma plus tendre enfance. 

Les Amis de la Bande Dessinée : 20 ans se sont écoulés depuis votre première BD, « Le grand large », pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour la seconde ? 

Thierry Soufflard : J’ai consacré ces vingt dernières années à barouder avec ma petite famille un peu partout dans le monde. Pour mes récits de voyages ! Notre moteur était de se faire inviter avec notre petite tribu dans des univers qui nous intriguaient ou nous inspiraient. Nous avons vécu par exemple chez des Mangakas au Japon, dans des familles amish en Pennsylvanie, dans différentes communautés en Alaska, en Patagonie, dans des cabanes de bergers de haute montagne ou encore dans treize cirques en Italie. Et chez des Gitans. Au total, nous avons traversé plus de 40 pays.  

Les Amis de la Bande Dessinée : « Le grand Large » tu l’as également réalisé avec Gilles Cazaux, il est le seul à pouvoir vous faire faire de la BD ? 

Thierry Soufflard : À vrai dire, ce sont des projets qu’on a naturellement eus ensemble. Ça s’est présenté comme ça. Et j’aime beaucoup son trait. Sa sincérité et sa force !  Mais je reste ouvert à toute autre proposition avec d’autres auteurs. 

©L’oubliée du radeau de la Méduse – Thierry Soufflard – Gilles Cazaux – Marabulles

Les Amis de la Bande Dessinée : Comment est née l’idée de s’intéresser à l’histoire de la Méduse et plus spécifiquement à celle du radeau et ses naufragés ? 

Thierry Soufflard : Gilles avait envie depuis longtemps de créer une œuvre graphique autour du tableau de Géricault. De dépeindre un huis clos en pleine mer, celui d’une microsociété en perdition. J’ai trouvé l’idée poignante et actuelle. C’était le début d’un beau terrain de jeu.  

Les Amis de la Bande Dessinée : Est-il envisagé que l’histoire également mouvementée de ceux embarqués sur les chaloupes puisse faire l’objet d’un autre album ? 

Thierry Soufflard : Pour le moment, non. Nous avons choisi un one shot de 110 pages. En revanche, la façon dont l’histoire est découpée, d’une façon très cinéma, pourra peut-être déboucher sur une adaptation en film. Du moins, on l’espère.  

©L’oubliée du radeau de la Méduse – Thierry Soufflard – Les Forts en Bulles –
Service Historique de la Défense Rochefort (17) – Marabulles

Les Amis de la Bande Dessinée : Pourquoi avoir choisi une approche féminine pour ce récit et de faire d’une femme le personnage principal au contraire de ce qui ressort dans l’Histoire ? 

Thierry Soufflard : Au départ, nous n’étions pas partis forcément pour donner un coup de projecteur sur ce personnage féminin. Mais au fil des recherches, la présence d’une femme apparaissait dans les archives. Seule parmi 150 hommes. Et nous avions très peu d’éléments sur elle. L’occasion était donc trop belle pour nous laisser la liberté d’une fiction tout en respectant le déroulé des faits réels. Avec précision. Restait à lui forger un caractère (bien trempé de préférence), de lui tisser une personnalité dans un cadre historique bien établi, de lui créer un passé, des rêves, etc.  

Les Amis de la Bande Dessinée : Avec Blanche j’ai cru reconnaître en plusieurs points l’épouse du sergent Prasty que Corréard se plaisait à nommer « la cantinière » dans ses témoignages ? vous vous êtes inspirés d’elle ? et si non de qui s’agit-il et pourquoi ce choix ? 

Thierry Soufflard : Non. L’inspiration est venue en fonction des situations et des choix que Blanche devait prendre sur le radeau. Et en fonction de nos sensibilités. 

Les Amis de la Bande Dessinée : Pourquoi avoir choisi le prénom Blanche car je n’en ai trouvé aucune dans la liste des passagers ?  

Thierry Soufflard : Ce prénom est venu rapidement dans nos esprits. Et l’ironie du sort veut qu’on a découvert, bien plus tard, que son mari, en vrai, s’appelait Monsieur Blanc. Taquin, le hasard fait bien les choses.  

©L’oubliée du radeau de la Méduse – Thierry Soufflard – Les Forts en Bulles –
Service Historique de la Défense Rochefort (17) – Marabulles

Les Amis de la Bande Dessinée : Le récit comme les dessins sont très réalistes en de nombreux points, pourtant dans de rares instants j’ai cru remarquer (peut-être que je me trompe) que vous aviez modifié certains faits comme par exemple Léon qui meurt dans les bras de Blanche à la place de ceux de Savigny, ou cette scène de danse sur le radeau avec la mort de l’époux de Blanche qui remplace je pense le sacrifice des blessés jetés à l’eau ? Pourquoi ces petits changements si c’est le cas ? 

Thierry Soufflard : Comme au cinéma, nous avons fait en sorte que certaines scènes qui ont véritablement existé puissent se mettre au service de notre histoire. Tout en s’attachant le plus possible aux faits réels.   

Les Amis de la Bande Dessinée : Une telle recherche et immersion dans l’horreur a du nécessité un gros travail. Comment avez-vous investigué et comment vis t-on cette immersion ? 

Thierry Soufflard : Oui. Je ne compte plus les heures passées dans les bibliothèques à la recherche des moindres détails. Et quelque part, c’était très excitant de pouvoir recouper différents témoignages pour faire vivre Blanche et lui donner de l’air.  

©Service Historique de la Défense Rochefort (17)

Les Amis de la Bande Dessinée : Du début du projet à la publication il s’est écoulé combien de temps ? 

Thierry Soufflard : Une bonne dizaine d’années. 

Les Amis de la Bande Dessinée : Comment a été accueillie la BD par le public, vous revenez de Quai des Bulles je crois ? Vous avez des premiers retours ? 

Thierry Soufflard : Les nombreux retours qu’on reçoit sur l’album sont très encourageants. Ça nous fait très plaisir car on y a mis toutes nos tripes. On nous dit très souvent que les lecteurs, et surtout les lectrices, aiment la sensibilité de deux hommes qui décrivent le quotidien d’une femme, ses batailles, ses victoires, ses faiblesses, ses convictions. C’était un peu le but, pour nous. Ceux qui ont lu l’album aiment beaucoup aussi son rythme.  

Les Amis de la Bande Dessinée : Quel est votre prochain projet ? une BD dans moins de 20 ans ? une toute autre actualité ? 

Thierry Soufflard : Pour le moment, on va déjà accompagner Blanche pour sa sortie au grand jour et la rencontre avec le public. Il faut la faire vivre !!! Et puis après, on verra selon l’inspiration. 

Les Amis de la Bande Dessinée : Que lisez-vous en ce moment ? 

Thierry Soufflard : J’ai des tonnes de bouquins en attente au pied de mon lit. Je lis vraiment de tout. C’est très hétéroclite.  

Les Amis de la Bande Dessinée : Un message à passer à vos lecteurs et que dire aux autres pour leur donner envie de lire la BD ? 

Thierry Soufflard : C’est un coup de projecteur sur cette femme toujours restée dans l’ombre. Au caractère très trempé ! Comme on aime.

Les Amis de la Bande Dessinée : Merci beaucoup Thierry.

Thierry Soufflard : Merci à vous

Propos recueillis par : Xavier

Pour ceux qui le souhaitent, la visite de l’exposition consacrée à L’oubliée du radeau de la Méduse est possible au Service Historique de la défense de Rochefort (17) jusqu’au 19 décembre 2025 les lundis de 13h30 à 17h00, du mardi au jeudi de 8h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h00 et le vendredi de 08h30 à 12h30 et de 13h30 à 16H30. L’entrée est libre et gratuite 4, rue du Port à Rochefort sur présentation d’une pièce d’identité. Réservation conseillée au 05.46.87.74.90 (touche 6).

©L’oubliée du radeau de la Méduse – Thierry Soufflard – Gilles Cazaux – Marabulles

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