Qu’il s’agisse de classiques, de fictions, de tranches de vie ou encore de biographies, de nombreux ouvrages gagnent à changer de format pour s’ouvrir à un nouveau public. La bande dessinée fait partie des formats retenus pour faire découvrir ces œuvres d’une manière différente, pour les rendre plus accessibles ou juste pour le plaisir de les mettre en images.
La commode aux tiroirs de couleurs, roman d’Olivia Ruiz, adapté par Véronique Grisseaux, Winoc et Amélie Causse, aux éditions Grand Angle
Olivia Ruiz use bien des arts, et le premier est le chant, grâce auquel elle s’est fait connaître, notamment grâce à ses deux titres emblématiques : La Femme chocolat et J’Traîne des Pieds. Dans ce dernier, la chanteuse explore son enfance avec une ambiance nostalgique que l’on retrouve dans son premier livre, La Commode aux Tiroirs de Couleurs. Son adaptation en BD permet à l’artiste d’explorer un nouvel art avec l’aide de Véronique Grisseaux, Amélie Causse et Winoc. Cette histoire parle de non-dits, d’immigration et de racines espagnoles par le biais de l’héritage d’une commode intrigante, d’une grand-mère à sa petite-fille. Ce meuble possède dix tiroirs remplis de souvenirs, permettant à l’artiste de retracer la vie d’Abuela Rita, forcée de quitter l’Espagne.
©Grand Angle – La commode aux tiroirs de couleurs – Véronique Grisseaux, Amélie Causse, Winoc
The Strange House, roman de Uketsu, dessiné par Kyo Ayano, aux éditions Big Kana
Face au succès rencontré par la création de vidéos originales dans lesquelles Uketsu enquête sur des images effrayantes contenant des éléments louches et d’inquiétants plans de maison, le youtubeur en fait des romans, à savoir les thrillers The Strange Picture, puis The Strange House. Par la suite, il les adapte tous les deux en film, puis en manga. Dans celui qui reprend The Strange House, le lecteur, qui commence par visualiser le plan d’une maison japonaise, est encouragé à chercher quelques détails bizarres par la phrase « n’y voyez-vous rien d’étrange ? ». Tout de suite après, un personnage fait son apparition, c’est lui qui essaiera de résoudre les particularités de cette maison, puis des suivants.
©Kana – The Strange House tome 1 – Uketsu, Kyo Ayano
Les Quatre Sœurs, série de quatre romans de Malika Ferdjoukh, dessiné par Cati Baur, aux éditions Rue de Sèvres
Chacun des quatre livres de Malika Ferdjoukh correspond à une tranche de vie s’étalant sur une saison, formant ensemble un an d’aventures. Les acteurs ? La famille Verdelaine est composée de cinq sœurs ayant perdu leurs parents. Quatre d’entre elles, les plus jeunes, ont donné leur prénom aux livres, avec la saison qui leur correspond le mieux : Enid pour l’automne chatoyant, Hortense pour le froid hivernal, Bettina pour le printemps et la saison des amours, et enfin Geneviève pour l’été. Avec la complicité de Cati Baur, l’autrice des romans met en images sa série pour combler petits et grands.
©Rue de Sèvres – Quatre soeurs tome 2 : Hortense – Cati Baur
En Attendant Bojangles, roman d’Olivier Bourdeaut, adapté par Ingrid Chabbert et Carole Maurel, aux éditions Steinkis
Dans le roman d’Olivier Bourdeaut, chaque protagoniste est un personnage qui vaut un livre à lui tout seul. Le père écrivain à l’esprit plus que poétique, la mère avec un sacré grain de folie, qui, vivant au jour le jour, s’ennuie de chaque obligation du quotidien, et le fils qui a l’air d’avoir plus les pieds sur terre que ses parents. Tous ces personnages, pétillants de vie, sont mis en dessin par Carole Maurel, dont les traits vibrants de vie se prêtent parfaitement à cette adaptation romanesque qui danse au rythme de Mr. Bojangles, chanson de Nina Simone, chanson fétiche des personnages.
©Steinkis – En attendant Bojangles – Carole Maurel, Ingrid Chabbert
La Bibliothécaire d’Auschwitz, roman d’Antonio G. Iturbe, adapté par Salvia Rubio et Loreto Aroca, aux éditions Rue de Sèvres
Nombreuses sont les biographies liées à la de la Seconde Guerre mondiale dans lesquelles les victimes du régime nazi racontent leur vécu, afin que nul n’oublie les horreurs perpétrées contre des humains. Pour toucher un public le plus large possible, beaucoup de ces récits sont adaptés en film ou en bandes dessinées. Parmi eux, La Bibliothécaire d’Auschwitz relate la détention d’Edita Adlerova, dite Dita, dans le plus grand camp de concentration du Troisième Reich. Dita vit pour les livres, et ceux-ci lui ont permis de survivre dans l’enfer.
©Rue de Sèvre – La Bibliothécaire d’Auschwitz – Salva Rubio, Loreto Aroca
Le Paris des Merveilles, roman de Pierre Pevel, dessiné par Etienne Willem, puis Capia, aux éditions Drakoo
Écrire un roman de fantasy et manier les mots pour donner vie à un univers est un art complexe. Pierre Pevel a eu la chance de prolonger cette expérience en donnant une dimension visuelle à son histoire : en collaborant avec le talentueux Etienne Willem, puis avec l’aide de Capia, le créateur du Paris des Merveilles a pu mettre en image celui-ci. Ainsi, les lecteurs font la connaissance de Louis Denizart Hippolyte Griffont,l’un des grands personnages de cette série steampunk, dans un Paris des années 1900 qui a un petit quelque chose de féerique.
©Drakoo – Le Paris des Merveilles, Les Enchantements d’Ambremer tome 2 – Pevel & Willem
Il existe beaucoup d’autres romans ayant donné vie à des bande dessinées, comme les classiques. Par exemple, ceux repris par les frères Brizzi, dont un collègue des Amis de la BD qualifie leur travail d’art. Ils adaptent en effet des œuvres d’art de la littérature comme Le Horla ou Macbeth dans un style réaliste qui colle parfaitement avec l’ouvrage d’origine. Dans un tout autre registre, Oscar et la Dame Rose, de Valérie Vernay offre plus qu’une adaptation : l’autrice donne un nouveau point de vue sur le livre d’Éric-Emmanuel Schmitt. Quant à Orgueil et Préjugés, ce classique de la littérature anglaise a eu droit à plusieurs reprises en BD. Notons encore les différentes adaptations de l’Iliade, l’Odyssée et autres histoires liées à la mythologie grecque.
©Albin Michel – Oscar et la Dame Rose – Vincent Zabus, Valérie Vernay
Il ne faut pas oublier non plus les œuvres de divertissement de fiction. Parmi celles-ci, de nombreuses histoires animalières, comme Cabot-Caboche, merveilleusement mis en images par Panaccione, ou, pour rester dans le thème canin, Son Odeur Après la Pluie, dessiné cette fois-ci par Munuera. D’autres romans animaliers ont aussi suivi ce chemin, comme Watership Down, qui parle du point de vue de lapins sur la déforestation, ou son homologue félin : La guerre des Clans et ses groupes de chats sauvages, ou encore l’Histoire de la Mouette et du Chat qui lui Appris à Voler. Mais il existe aussi évidemment des récit moins bestiaux qui ont eu le droit a un changement d’art. En effet, 20, Allée de la Danse, est passé de roman jeunesses à BD jeunesse, et La Passe Miroir, roman de fantasy à la fois élégant et mystérieux se trouve maintenant dans les deux formats.
©Delcourt – Cabot-Caboche – Grégory Panaccione
De nombreux sujets traités par romans sont tabou ou difficiles à évoquer, et pour les rendre plus accessibles à un public plus large, ils sont adaptés en roman graphique, comme c’est le cas de Le chœur des femmes, qui parle de gynécologie, où Les Moments Doux (titre du roman : Et Que ne Durent que les Moments Doux), qui traite de plusieurs cas de naissances prématurées. Des romans mêlent aussi différence au sens large et fiction avec des images permettant de donner une nouvelle dimension aux propos. Ainsi, Zebraska parle de hauts potentiels dans un monde légèrement futuriste en deux tomes et Nos cœurs Tordus et Le Cœur en Braille racontent comment de jeunes gens s’accrochent à leurs rêves malgré leurs handicaps.
©Dargaud – Le cœur en braille – Joris Chamblain, Anne-Lise Nalin
Des romans d’enquête ont aussi été adaptés. Par exemple, Sherlock Holmes a inspiré une BD éponyme, sans forcément reprendre les histoires originales, et qui donnent aussi à d’autres personnages de Conan Doyle leur moment de gloire grâce au neuvième art, comme les Quatre de Baker Street ou M.O.R.I.A.R.T.Y. Les romans d’Agatha Christie ou de Simenon, après avoir donné des séries télé, sont devenus des albums de BD. Dans un style totalement différent, le roman japonais de Natsu Hyuga n’a pas donné une adaptation, mais deux : comme lors du passage du roman à la BD, des informations et détails se perdent souvent, Les Carnets de l’Apothicaire : Enquête à la Cour s’occupe des détails omis par Les Carnets de l’Apothicaire.
©Vents d’Ouest – Les Quatre de Baker Street tome 5 : La succession Moriarty – Djian, Olivier Legrand, David Etien
Les adaptations de romans en BD ont encore bien des choses à dire, mais toutes les bonnes choses ont une fin. Qui sait ? Peut-être un jour naîtra un second volet de cette sélection ? Ou bien une autre sélection similaire, comme les dessins animés adaptés en BD ou les BD tirées de film. Car si la bande dessinée peut s’inspirer d’autres arts, le contraire est tout aussi vrai.
©La Boîte à Bulles, Les Moments Doux – Vincent Henry, Valeria Guffanti, Virginie Grimaldi
Sélection écrite par Séréna MORCIANO
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©Dupuis, Zebraska T1, page 14

